Shrek 4 il était une fin, Mike Mitchell

Les séries offrent rarement de bons films, surtout après quelques épisodes et manifestement surtout en ce qui concerne les films d’animation. Avec Toy Story 3, Pixar a indéniablement trouvé l’exception qui confirme la règle. À l’inverse, Dreamworks fait une belle démonstration avec le dernier opus de la série Shrek. Le titre indique explicitement qu’il conclut la série, et on a envie de dire heureusement. Shrek 4, il était (enfin) une fin.

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Le problème est sensible dès le synopsis. Soit un Shrek devenu papa avec une femme aimante et trois adorables poupons. Sauf que l’ogre regrette le temps où il effrayait tous les villageois, où il n’avait aucune responsabilité et pouvait se prélasser toute la journée dans un bain de boue. La perspective de s’occuper de chiards aussi puants que pénibles ne l’enchante guère et il rêve plus que tout revenir à la situation avant, avant de sauver la princesse, avant de fonder une famille, avant de se caser. Et voilà que, justement, il tombe sur un magicien qui lui propose de revenir, pour 24 heures seulement, à sa vie d’avant. En échange, il doit offrir au magicien un peu louche une journée de sa vie. Il accepte, et se trouve téléporté au même endroit, mais manifestement pas à la même époque. Le magicien lui a fait signer un contrat faustien qui, pour faire court, fait que dans cette dimension parallèle il n’est jamais né, n’a donc pas pu sauver Fiona et le magicien en question a pris le pouvoir et a imposé sa tyrannie.

Un Faust dans l’univers de Shrek, l’histoire aurait pu être amusante1. Sauf que là, l’idée est de revenir en arrière, en gros à l’époque du premier Shrek. Et là, il ne peut qu’y avoir un problème puisque cette réinitialisation de l’histoire oblige à refaire plus ou moins à l’identique une histoire que l’on a déjà vue. Alors certes, l’absence de Shrek dans cet univers a changé de nombreuses choses : Fiona mène désormais un groupe d’ogres résistants contre le tyran, l’âne n’a jamais rencontré la dragonne et le chat Potté est un gros balourd qui n’a même pas le courage de chasser une souris qui vient boire de son lait. Mais enfin, on retrouve sinon l’univers que l’on avait découvert il y a presque 10 ans… la nouveauté et l’humour en moins. Soyons justes, Shrek 4 il était une fin propose quelques idées amusantes, notamment dans le groupe d’ogres résistants (j’ai beaucoup aimé la gwosse cuisinièwe à l’accent ma’qué) et certains personnages bénéficient d’une réécriture intéressante, notamment en ce qui concerne le chat Potté.

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Sauf que dans l’ensemble, Shrek 4 déçoit. Toute l’originalité des débuts, la nouveauté de cet antihéros grossier et sale a déserté l’écran. Outre que l’univers est de toute façon déjà connu, on peut aussi regretter le manque d’imagination des scénaristes qui donnent vraiment le sentiment d’avoir bricolé vaguement un scénario pour permettre à Dreamworks de profiter d’une licence profitable. Shrek retrouve, un après l’autre, les personnages des épisodes précédents et à chaque fois, il doit les convaincre qu’ils se connaissent… tout cela est lassant. À cet égard, Shrek 4 il était une fin semble être placé sur des rails : le film avance sans la moindre surprise, jusqu’au happy-end aussi évident que facile. Si encore c’était drôle… mais malheureusement ce n’est pas si souvent le cas. D’accord, j’ai rigolé à plusieurs reprises, mais le plus souvent je souriais, au mieux. Comme d’habitude, le film multiplie les références et la « touche Shrek », à savoir les reprises de musiques modernes souvent de manière décalée, est bien là. Cela fonctionnait plutôt bien dans les précédents, mais là c’était téléphoné le plus souvent. Certains gags ne feront vraiment rire que les plus jeunes, tandis que les plus grands seront frustrés par la paresse d’un film qui se contente souvent de faire varier des gags ou références déjà vus.

Au-delà de l’humour, le film multiplie les références, ou plutôt les sources d’inspiration devrait-on dire, jusqu’à l’excès. Le coup de l’univers transformé par un tyran manque sérieusement d’originalité (Le roi lion pour n’en citer qu’un), de même que l’histoire d’amour et plus largement la morale du film est téléphonée à l’excès. Ironiquement, Shrek 4 se conclut sur une histoire d’amour qui devrait être traitée au second degré, mais qui respire le premier degré. Peut-être ai-je raté un épisode, mais ce film explique en gros qu’il faut savoir être heureux avec sa femme, ses enfants et son pavillon et ne pas chercher mieux et que l’amour est le plus fort sur terre. Vous avouerez que l’on a déjà vu plus original : entre le jardin à cultiver de Voltaire et la morale gnangnan de bon nombre de comédies romantiques. Je pense que l’on pouvait attendre plus d’une série qui a commencé en détournant admirablement les codes du roman de chevalerie. Si c’était pour terminer sur une morale aussi convenue, ce n’était vraiment pas la peine ! Toy Story 3 qui sortira deux semaines après Shrek 4 est le parfait exemple d’une série qui parvient à se renouveler et qui évite les travers de la redite, tout en intégrant une véritable émotion autour de son happy-end. Dreamworks a choisi une voie beaucoup plus tranquille dans l’esprit du « Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », une voie aussi beaucoup plus décevante. Mine de rien, Pixar a prouvé une nouvelle fois que mettre des animaux parlants ne suffit pas : quelques jouets de plastiques sont ainsi bien plus vivants et touchants…

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La tentation étant sans doute trop forte, les perspectives financières trop intéressantes pour laisser la série Shrek sans quatrième épisode. Mais les studios Dreamworks auraient bien fait de s’arrêter au troisième (en fait, au second plutôt) car ce Shrek 4 il était une fin n’est franchement pas glorieux. Manquant autant d’originalité que d’humour, il conclut (du moins l’espère-t-on) de manière vraiment peu honorable l’ensemble. Avait-on vraiment besoin de vivre une réinitialisation complète de l’univers ? Fallait-il faire cet épisode à la fois très guerrier et arlequin avec cette histoire d’amour trop sérieuse pour n’être que du second degré ? Même techniquement, l’intérêt reste limité : certes, l’animation est à la hauteur de ce que l’on peut attendre aujourd’hui, mais on reste encore dans le domaine bien balisé du connu et déjà vu. Par contre, si vous en avez l’occasion, je recommande la vision IMAX qui est assez bluffante2, même s’il faut alors subir la traditionnelle et inutile 3D. On oubliera donc bien vite ce Shrek 4 assez inutile, surtout que Toy Story 3 sort très bientôt…

Sans surprise, je suis en accord complet avec Critikat qui évoque aussi l’ennui poli, voire « l’indigestion » qui saisit le spectateur face au film (en critiquant à leur tour la 3D totalement gadget). Même esprit chez Alexandre qui regrette comme moi l’abandon du second degré et rappelle l’évidence : « tout était déjà dit ». Savoir s’arrêter tant qu’il en est encore temps, c’est un art précieux.


  1. Je me souviens, dans le même genre héroïc décalé, de Eric de Terry Pratchett qui transposait avec beaucoup de succès l’histoire de Faust sur le Disque-Monde. 
  2. Au moins au Pathé Ivry où nous avons vu le film. D’après la nouvelle directrice du complexe, cette salle est toute neuve. Le son était particulièrement bon, avec des caissons de basse sous les sièges pour que l’on vibre bien. L’image numérique était aussi très bonne. Bref, le ciné est vraiment mal placé et les Pathé ont la mauvaise idée de ne pas accepter les cartes UGC illimitées, mais sinon c’est un ciné sympa.