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César et Oscars 2012 : l’heure est à l’hommage

Intense week-end pour le cinéma avec deux cérémonies qui se sont succédées : les César français vendredi soir, avant les Oscars américains tard dans la nuit de dimanche à lundi. Je ne reviendrai pas ici sur les palmarès complets du premier comme du second, mais plutôt sur mes impressions générales concernant en particulier les deux films récompensés majoritairement cette année.

Oscars cesar 2012

Comme le cinéma français avant lui, le cinéma américain a célébré The Artist avec cinq Oscars, dont ceux de meilleur film et meilleur réalisateur. Un énorme succès pour un film français par les acteurs, l’équipe et les financements, mais un film si américain par son sujet et sa forme. Michel Hazanavicius… rend hommage au cinéma hollywoodien des années 1920 dans son film, aux dernières années du cinéma muet et à l’émergence du parlant. Un thème classique que l’on a déjà vu de nombreuses fois au cinéma, mais qui s’avère il est vrai plutôt efficace. Dans The Artist, l’hommage tourne en fait au pastiche, un genre difficile à réussir, mais qui s’avère payant quand il est bien réalisé. J’avais pu être déçu à sa sortie par le fait qu’il ne s’agisse que d’un pastiche, mais il faut avouer qu’il est réussi. La plongée dans le cinéma américain des années 1930 est un véritable succès à tel point que l’on croirait presque que le film a 80 ans.

Le cinéma hollywoodien a toujours fait rêver la France et son cinéma si particulier : les César ont également mis en avant le film de Michel Hazanavicius, avec pas moins de six récompenses. Meilleur film, meilleur réalisateur, mais pas meilleur acteur : le monde du cinéma français a préféré mettre en avance Bérénice Béjo, partenaire trop souvent oubliée de Jean Dujardin dans The Artist. La récompense est revenue en conséquence à Omar Sy pour son rôle dans Intouchables, un prix mérité je trouve. Meilleurs film et réalisateur ont en revanche été pour le film muet, précédant là le palmarès des Oscars.

The artist hazanavicius

Le deuxième film qui s’est fait remarquer aux Oscars est également un film en hommage. Martin Scrosese remonte encore plus loin que Michel Hazanavicius dans Hugo Cabret en évoquant le cinéma de George Méliès. Ce réalisateur français a été le premier à ajouter des effets spéciaux dans ses films, il en est même en quelque sorte l’inventeur. Une sacrée responsabilité et un hommage logique à l’heure où le cinéma dépend toujours plus des effets spéciaux. Le film est imparfait, il n’a d’ailleurs été récompensé que par des prix techniques, mais sa place aux Oscars était indiscutablement justifiée. Hugo Cabret a été mal vendu comme un film pour enfants, alors que c’est bien plus que cela et son hommage à Méliès reste fascinant, malgré ses défauts.

Étonnant paradoxe : un film français qui rend un hommage à l’Hollywood des années 1930, alors qu’un film américain se penche sur le cinéma des origines et en l’occurrence un cinéma français. En France, les César n’ont pas récompensé Hugo Cabret, un film américain qui n’avait pas lieu d’être présent, si ce n’est éventuellement par le biais du meilleur film étranger. Quoi qu’il en soit, comme avec The Artist, la tendance était à l’hommage pour les Oscars. Une année très nostalgique, tant pour les gagnants que pour les nominés. La présence de Cheval de Guerre parmi les meilleurs films est significative : cette fresque historique est extrêmement classique dans la forme et rappelle les grands classiques hollywoodiens plutôt que les blockbusters modernes. Espérons que 2012 sera placé sous le signe de l’actualité à nouveau, mais ce ne sont pas les retours en salles de Star Wars, Épisode I : La Menace fantôme avant Titanic en avril qui vont dans ce sens.

Scorsese hugo cabret

Mis à part The Artist et Hugo Cabret, les deux cérémonies ont célébré de concert Une Séparation, excellent film iranien qui mérite tout à fait cette consécration. Fidèles à leur habitude, les Oscars ont aussi récompensé la performance d’acteur pour un biopic, en l’occurrence celle de Meryl Strip qui interprétait Margaret Thatcher dans La Dame de Fer qui, à ma grande surprise, ne m’avait pas déplu. Bonne nouvelle aussi pour Rango, film d’animation décalé qui mérite, à mon avis, cette reconnaissance.

Pour le reste, il manque évidemment beaucoup de grands films dans ces palmarès, mais on sait que ni les César, ni les Oscars ne récompensent toujours les plus grands cinéastes et les plus grands films. Les dix-huit films que j’avais retenus pour 2011 auraient, à mon avis, mérité une présence dans ces classements, tout particulièrement Drive et La Guerre est déclarée, dans deux genres radicalement différents.

6 commentaires

  1. Arty Pointbaré

    Je ne comprends pas cette « ferveur » pour Intouchables. Ce film n’a rien d’extraordinaire, puis il y a plein de truc « dérangeants », du genre un noir de la banlieue qui vient travailler pour un riche blanc, ou dirait de l’esclavagisme. Sans parler que le bourg’ sous prétexte de son handicap peut se permettre tout et n’importe quoi, faisons-le rêver, emmenons-le aux putes pourquoi pas !? Et je ne reviendrai pas sous la « bien-pensance » sous-jacente de ce nanar digne d’une comédie dramatique télévisuelle… M’ouais… Autant je comprends TOUT, autant je suis d’accord avec la plupart de vos critiques, même quand vous critiquez de gros poisons, des triples A, blockbusters, etc., autant ce film non je capte pas ce qu’on lui trouve… Enfin après le succès Ch’tis, faut pas chercher des explications rationnelles, des arguments qualitatifs… Sinon bon article, merci pour ce partage de passion ;¬)

    • Intouchable n’a peut être rien d’extraordinaire, mais j’avais beaucoup apprécié cette comédie classique, mais efficace. Je trouve la remarque sur l’esclavage déplacée : l’opposition est un ressort comique extrêmement utilisé, depuis toujours. Quand c’est bien fait, cela ne me gêne pas du tout.

      Cela dit, le film est imparfait, je le reconnais. Je n’ai pas tellement aimé les scènes en banlieue par exemple, je les ai trouvé de trop. Pour le reste, j’ai vraiment bien aimé et j’ai trouvé Omar Sy très bien, voilà pourquoi j’étais content pour lui.

      Merci en tout cas pour votre commentaire et votre fidélité. :)

      • Arty Pointbaré

        Ma remarque se voulait intentionnellement provocatrice ! Disons que, je suis un « vieux réac’ » qui adore fustiger les proies faciles — pour le coup l’asservisseur c’est moi ( notez que j’aurais pu me nommer le négrier, mais ça aurait été trop cocasse avec un tel casting de film ). Disons que les élections approchent à grand pas et que c’est bien pour l’intelligentsia française que de nous donner, à nous « prolétariat », un bon film bobo gauchiste, à tendance caviar.

        Ah Olivier Nakache, s’il n’était point né en ’73 je l’appellerais soixante-huitard… Du rouge sang au porté le drapeau à l’exaltation du métissage, tout un programme — hum.

        Non franchement, je cherche la petite bête, mais mon raz le bol c’est que j’en ai marre que les bons sentiments fassent les succès commerciaux !

        Combattre la différence, combattre les disparités sociales et économiques, combattre le regard face à l’handicap, combat combat combat, etc., quand je vois un film je veux du 7ième Art pas un « discours idéologisant », on n’est ni en campagne ni en train de faire la moral, de poser des valeurs, de faire son Éthique à la Spinoza, etc., NON, un film = 7ième Art. Après qu’il y en ait du divertissement, je ne suis pas contre, je ne vais pas mentir, j’attends Avengers comme un prépubère à la sortie d’une nouvelle console ! Mais s’il vous plaît Français, Françaises, arrêtez avec votre bien-pensance !!!

        Sinon, je terminerai sur une note plus joyeuse : quand un blog est de qualité, il s’en va difficilement de mes signets et de mon historique. Amicalement.

        • On peut aussi tout simplement apprécier la comédie et ne pas s’arrêter à ce genre de questions… Je trouve justement que le film évite le côté bons sentiments avec un ton assez libre sur le handicap. J’imaginais vraiment que ce serait pire avant de voir le film, donc pour ma part j’ai été plutôt agréablement surpris.

          Et puis tout film n’est pas supposé révolutionner systématiquement le septième art, comme vous le dites. Et ce aux États-Unis, certes, mais aussi en France.

  2. MARTIN Michel

    Bonjour cher ami cinéphile
    J’aime beaucoup votre blog,c’est un des meilleurs que j’ai trouvé (jusqu’à présent) sur le net,sans oublier évidemment le remarquable site Dvd Classik.Il figure en très bonne place sur mon Symbaloo.
    Je vous écris juste pour vous dire humblement que votre obstination à trouver Hugo Cabret imparfait me chagrine un peu.
    Je suis ressorti de la séance de ce film en larmes,sous le coup de l’émotion,tellement je l’ai trouvé beau (le fond et la forme),intelligent et riche.Et j’ai été happé dès la séquence d’ouverture.A tel point que je suis retourné le voir avec ma fille quelques jours après…
    Bien que j’ai également beaucoup apprécié The Artist et que par conséquent tous les prix qu’il a reçu m’ont fait plaisir (et puis bon,il y a bien aussi et c’est normal une petite part de fierté chauvine,même si -comme vous le dites à juste titre- ce film est très « américain »),je pense en toute honnêteté que Hugo Cabret aurait davantage mérité les Oscars du meilleur réalisateur et du meilleur film.
    Mais bon,l’essentiel est que ces deux films existent,que nous les ayons aimés et qu’ils nous tiendront compagnie longtemps encore…

    • Merci pour les compliments… :)

      Je trouve Hugo Cabret imparfait, mais j’aime bien le film. Je le trouve simplement un peu trop pour les enfants, ou trop adulte selon les points de vue, mais tout ce qui concerne Méliès m’a vraiment emballé. J’aurais simplement en voir plus.

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