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Cloclo, Florent Emilio Siri

Claude François, une icône de la chanson française, un des plus grands chanteurs du XXe siècle incontestablement. Qu’il n’ait jamais eu droit à un biopic avant Cloclo est finalement le plus surprenant, mais c’est désormais chose faite. Derrière les caméras, Florent Emilio Siri se charge de raconter la vie du chanteur, musicien, producteur et homme d’affaires. Une vie passionnante qui rend ce riche et dense biopic plutôt intéressant, malgré des choix de scénario assez malheureux.

Cloclo siri

Claude François est né en Égypte, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Son père travaille pour la Compagnie du canal de Suez et il mène avec sa mère et sa sœur une vie tranquille de riches expatriés jusqu’au jour où la Compagnie est nationalisée. La famille François est alors forcée à l’exil et rentre en France, appauvrie. Claude a alors 17 ans et il obtient très vite un petit boulot en jouant de la batterie dans des clubs de jazz. Il a la musique dans le sang et il compte bien en faire sa carrière, mais les débuts sont difficiles. La vingtaine à peine dépassée, il propose à une maison de disque son premier morceau, mais il est totalement déphasé par rapport aux goûts de la jeunesse d’alors. Loin de se décourager, le jeune chanteur revient à la charge régulièrement jusqu’à trouver la formule qui marche. Quand le succès commence, il ne quittera plus celui qui devient l’une des plus grandes stars en France. Alors qu’il approche de la quarantaine et alors que sa carrière allait enfin quitter la France pour s’envoler outre-Atlantique — son rêve de toujours —, Claude François meurt dans un accident domestique. Un évènement tragique qui met évidemment fin à une carrière, mais fait immédiatement entrer l’homme dans la légende.

Cloclo est d’abord le portrait d’un homme pour le moins fascinant. Claude François est mort depuis plus de trente ans, mais bon nombre de ses tubes de l’époque restent aujourd’hui encore des classiques que l’on peut entendre à la télévision, dans des discothèques… Il fait indéniablement partie de ces stars entrées dans la légende et on comprend dès lors sans peine l’intérêt du cinéma pour lui. Claude François était d’abord un chanteur qui a enregistré environ 500 titres, dont un grand nombre de reprises. C’est aussi une impressionnante bête de scène et il a toujours su rester dans l’air du temps en s’adaptant en permanence aux nouveaux genres. Florent Emilio Siri montre très bien comment l’artiste se remet constamment en question et essaie d’avancer, d’inventer quelque chose de nouveau. Le départ d’Égypte pendant son enfance a été vécu comme un traumatisme et Claude François n’a jamais été tranquille par rapport à son succès. Cloclo illustre bien sa paranoïa à ce sujet : il ne peut s’empêcher de demander constamment l’intérêt du public, de s’entourer de ses innombrables fans, pour toujours se sentir aimé, se sentir dans le coup. Claude François a ainsi innové à plusieurs reprises, la nouveauté la plus frappante étant certainement ses Claudettes, des danseuses qui l’accompagnaient fortement dévêtues. Ce dispositif est aujourd’hui d’une banalité totale, mais ce spectacle diffusé sur les télévisions de l’époque a certainement choqué. Cloclo propose ainsi un portrait plutôt réussi de cet homme brillant, mais aussi cruel pour ses proches. Extrêmement jaloux, il ne supporte pas que la femme qu’il aime puisse avoir du succès et préfère la quitter brutalement. Si, tel un Justin Bieber avant l’heure, il est en permanence entouré de femmes, Claude François ne restera jamais très longtemps avec une femme et il n’y a bien que sa mère qui arrive à le supporter…

Florent emilio siri cloclo

Claude François n’était pas qu’un artiste : on le sait peut-être moins aujourd’hui, mais il était aussi un homme d’affaires. C’est d’ailleurs là que le bat blesse avec Cloclo. Le film de Florent Emilio Siri ne cache pas cet aspect de la vie de la star, on le voit fonder sa propre maison de disque, puis acheter un magazine en vogue à l’époque (Podium) ou encore créer son propre parfum et son entreprise de mannequins. On voit tout cela, mais on aimerait en savoir plus alors que le film se fait très discret sur ces éléments. On apprend à un moment qu’il doit près d’un milliard de francs, on ne sait pas comment il s’en sort. Le scénario ne donne pas assez d’éléments pour comprendre cet aspect-là de la vie de Claude François, alors que Cloclo tombe en même temps dans le travers le plus courant du genre : l’exhaustivité. Florent Emilio Siri a malheureusement tenu à tout montrer et en particulier l’enfance égyptienne du chanteur. Le début du film est ainsi constitué de sa vie en Égypte et il sert quasiment uniquement à montrer la sévérité d’Aimé François, le père donc. On voit ensuite le départ nécessairement tragique du pays et le retour forcément misérable en France : toute cette longue séquence aurait pu être évitée, puisqu’elle se termine avec une chanson de Claude François qui, justement, en donne la teneur. Si le début n’est pas la meilleure idée de Cloclo, sa fin est peut-être pire. On sait tous comment est mort Claude François, mais Florent Emilio Siri a cru bon de tourner la scène fatidique. Au lieu de clore son film avec le concert du Royal Albert Hall, il poursuit encore quelques (longues) minutes pour évoquer la tournée américaine et conclure avec une interminable scène dans la salle de bain qui évoque la saga Destination Finale… Ces deux choix sont vraiment malheureux : le film aurait été plus court (il dure près de 2h30), plus original et certainement plus intéressant.

Florent Emilio Siri suit la vie de Claude François avec une linéarité sans faille, mais ce n’est pas nécessairement une critique. Cloclo a une force incontestable, sa très grande clarté : le scénario ne dévie jamais et il offre au film tout le rythme nécessaire pour éviter que l’ennui apparaisse chez les spectateurs. Ne revenons pas sur l’ouverture et la fermeture du film, pour mieux se concentrer sur le cœur de Cloclo, quand même assez réussi. Cette réussite, le cinéaste la doit beaucoup à celui qui interprète la star. Jérémie Renier compose un Claude François vraiment bluffant, très proche physiquement, mais pas non plus dans le mimétisme total. L’acteur a réussi à copier tout en apportant la crédibilité nécessaire pour y croire : il ne se contente plus de jouer Claude François, il est Claude François dans le film. Les plus grands fans du chanteur trouveront peut-être à y redire, mais l’interprétation de Jérémie Rénier est une véritable réussite.

Cloclo florent emilio siri

Cloclo n’est pas un mauvais biopic : l’histoire de Claude François est suffisamment riche et surtout le scénario est suffisamment rythmé et tenu pour intéresser les spectateurs et retenir leur attention pendant près de deux heures et demie. Florent Emilio Siri remplit ainsi correctement son contrat, mais on peut regretter qu’il soit resté trop proche du genre du biopic. Traiter de l’enfance et de la mort de la star n’était en rien nécessaire et ces minutes alourdissent le film et empêchent de voir autre chose. On aurait aimé en savoir plus sur Claude François l’homme d’affaires, ou même voir d’autres concerts ou entendre plus de chansons. Cloclo n’est donc pas totalement réussi, mais le dernier film de Florent Emilio Siri reste intéressant et mérite d’être vu, ne serait-ce que pour la prestation de Jérémie Renier.

  1. À propos de la publicité… []

4 commentaires

  1. Je viens de le voir et j’ai d’autres reproches à lui faire. Je l’ai trouvé trop plat.
    Plat dans ses scènes trop factuelles. Les séquences s’enchainent, elles durent peu de temps, chacune raconte un passage de sa vie mais on a pas le temps d’y entrer, que l’on passe déjà à autre chose. Le seul moment où je n’ai pas ressenti ça, c’est tout le passage où il imagine Comme d’habitude et le flirt avec la femme (Kathalyn ? Je m’y suis un peu perdu ^^) qui arrive au moulin à ce moment et qui étrangement continue sur de longues minutes et de longes séquences (la poursuite en voiture et encore après) sans qu’on ne fasse de grand bond temporel.

    Alors cet enchainement de faits fait (désolé) qu’on regarde jusqu’au bout, oui. Mais si au moins le manque de profondeur avait été compensé par autre chose. Un peu d’humour ? Quand son secrétaire retrouve Claude et France Gall fricotant dans la loge par exemple. Même quelque chose de si frivole est traité avec un sérieux à toute épreuve, un peu déprimant.

    C’est d’autant plus difficile à surmonter qu’on a du passer par la longue, très longue introduction en Égypte.
    Par contre je serais moins catégorique sur la fin. Clairement la comparaison entre la salle de bain et Destination Finale est parfaite, il y a notamment ce plan où la caméra part de la porte pour passer devant l’applique, terrifiante. Je me serais presque caché derrière mon fauteuil. Et donc déplacée. Malaise (cinéphile, plus dut au côté film d’horreur) quand Siri fait un gros plan sur ses pieds au fond de la baignoire.
    Mais après j’étais happé par l’émotion de ses proches. Dès la bonne. Son réflexe de tout cacher, ses sanglots réalistes. La mère et Lederman ensuite. Enfin de l’émotion, et très forte.
    J’oublierais volontairement le dernier plan en Égypte les trips un peu cosmico-hésotériques ça me dépasse.

    • Merci pour ton long commentaire… :)

      Je suis assez d’accord, cela défile rapidement. Mais je n’ai pas été vraiment gêné bizarrement, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être que, découvrant largement la vie de Claude François, j’ai été happé par cette histoire fascinante.

      Tout ce qui suit la mort est pas trop mal, je l’aurai bien vu en ouverture en fait. Mais la scène de la salle de bain, vraiment, je n’ai pas aimé, pour les mêmes raisons que toi. J’étais finalement assez mal à l’aise, j’avais envie de crier à Siri de ne pas la faire…

      • Quand je dis que je trouve ça plat, j’ai oublié de faire une comparaison moi aussi, pourtant j’en avais une.
        C’est joué et filmé avec tant de sérieux, qu’on dirait un docu-fiction. J’imagine tout à fait toutes ces séquences, non-plus misent bout à bout, mais intercalées entre des interviews et des images d’archives avec voix-off.
        Et ça, ça me fend le cœur.

        • C’est pas faux en effet… de toute manière c’est un film qui s’oublie vite je trouve, sauf pour les chansons que j’ai toujours dans la tête (c’est d’ailleurs pénible) ! ;)

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