inception-toupie-christopher-nolan

Inception, Christopher Nolan

Véritable phénomène de l’année, Inception prend par la main le spectateur et l’entraîne pendant deux heures et demie qui semblent passer en quelques secondes dans un monde totalement nouveau. Christopher Nolan frappe fort, très fort, avec ce blockbuster estival qui cache bien son jeu. Loin de n’être qu’un divertissement décérébré, c’est un film puissant et intelligent sur le réel et l’imaginaire. À la fois immédiatement accessible et incroyablement complexe, Inception fait l’effet d’une claque, comme on en connaît rarement au cinéma. Inutile de dire que s’il n’y avait qu’un film à voir cet été, ce serait Inception. À ne rater sous aucun prétexte !

inception-nolan.jpg
ATTENTION : parler d’Inception sans parler de l’histoire m’est impossible. Inutile de lire quoi que ce soit avant de voir Inception, je préconise même de le voir sans rien avoir lu sur le film. Donc courrez le voir, et revenez lire ce qui suit après.

Inception est au départ une idée très simple. Et si on pouvait entrer dans la conscience des êtres en construisant un rêve ? L’univers du film le permet : des personnes ont appris à créer de toutes pièces des rêves dans lesquels une conscience est injectée. Un architecte conçoit les décors et le sujet remplit ces décors de son subconscient. Ce procédé miraculeux sert en fait au héros, Dom Cobb à voler des informations du subconscient d’une personne, sur commande d’une autre personne. En général, il va voler des secrets industriels pour aider un autre groupe. L’opération est illégale, mais relativement simple à réaliser et peut rapporter gros, ce qui explique que notre héros ne manque pas d’emplois, mais aussi qu’il s’est fait beaucoup d’ennemis. Outre le fait que de nombreuses entreprises lui en veuillent beaucoup, il ne peut retourner aux États-Unis pour retrouver sa famille, ses deux enfants notamment qui lui manquent terriblement. Quand le film commence, les raisons de cet impossible retour nous sont cachées, mais on comprend qu’en échange d’une nouvelle mission très risquée, il pourra les revoir. Cette mission est l’inception, soit le contraire de l’extraction d’information que Dom réalise habituellement. Il s’agit d’enfouir dans le subconscient d’une personne une idée : en l’occurrence d’enfouir dans le subconscient d’un jeune homme qui a hérité de son père un empire industriel la volonté de démanteler cet empire pour aider le client de Dom, un concurrent industriel.

Le film se concentre, comme son nom l’indique, sur cette inception. Une mission complexe puisqu’elle nécessite de créer non pas un rêve, mais trois. Les rêves peuvent en effet s’imbriquer les uns dans les autres pour créer des montages très complexes. L’idée doit sembler provenir de l’esprit du jeune homme, pour qu’elle soit naturelle et l’inception efficace. Les bandits de l’esprit vont donc constituer un premier rêve, puis à l’intérieur de ce rêve un second, et enfin à l’intérieur de ce second rêve, un troisième. Au sein de ce rêve, il faudra convaincre le jeune homme en se basant en partie sur les deux autres rêves. Inception fait ainsi figure de poupées russes géantes en imbriquant trois et même finalement quatre univers les uns dans les autres, avec toujours comme question centrale celle de la réalité. Quand on peut créer entièrement un univers logique et qui semble réel par la seule force de l’esprit, qui nous dit que le monde que l’on croit réel l’est vraiment ? Voilà une question vieille comme la science-fiction (on pense à Matrix évidemment, mais c’est loin d’être le seul, ni même le premier), mais qui est ici présentée avec brio.

di-caprio-inception.jpg

Indéniablement, Inception est un film complexe. Ce n’est pas tant de la complexité conceptuelle ou métaphysique, mais plutôt une complexité structurelle. Le film commence in medias res, au cœur d’une extraction : on est donc dans un rêve, mais le réveil révèle que l’on est toujours dans un rêve, un autre rêve. Quand on sort de ce rêve là, on a déjà parcouru trois dimensions. Christopher Nolan s’est cependant contenté de titiller notre curiosité et de nous mettre en appétit avec cette introduction, avant le plat de résistance que constitue bien évidemment l’inception. Le montage est alors beaucoup plus complexe : le premier rêve se forme dans un avion vers les États-Unis et se déroule aux États-Unis aussi, sous la pluie. La cible de l’opération est enlevée par Dom et ses acolytes qui sont alors pris par les tirs d’une armée de soldats venus sauver le jeune homme, ce qui est la traduction d’une lutte par la pensée. Alors qu’ils fuient en voiture, les ravisseurs organisent un deuxième rêve qui les mène dans un hôtel. Cette phase consiste à convaincre la cible qu’on essaie de manipuler son subconscient pour en fait y entrer, ce qui se fait finalement depuis une chambre de l’hôtel. Le troisième rêve se déroule dans un lieu indéterminé, en montagne en hiver et l’opération nécessitera un quatrième et dernier niveau dans un univers créé de toutes pièces par Dom et son ancienne femme.

Tout cela peut paraître bien complexe, mais le génie d’Inception est de ne jamais, à aucun moment, perdre les spectateurs (un tant soit peu attentifs, évidemment). L’idée très forte est de maintenir en permanence les liens entre les rêves imbriqués, comme un château de cartes à l’équilibre précaire. Si le premier niveau a un problème, c’est l’ensemble de la chaîne qui est impacté. C’est rendu de manière concrète et très efficace par le film : le premier rêve se situe dans une voiture et si celle-ci a un choc, le choc se répercute dans tous les niveaux inférieurs (un tremblement de terre dans l’hôtel, une avalanche dans la montagne). Ça n’a peut-être l’air de rien, dit comme cela, mais tout change alors. Parmi les scènes les plus époustouflantes du film qui en compte un bon paquet, je retiens les combats dans l’hôtel (niveau 2), alors que la voiture (niveau 1) a eu un accident et fait des tonneaux : l’hôtel tourne en même temps et oblige les combattants à changer constamment de référentiel. C’est à la fois beau à voir, et très malin sur le plan technique. De la même manière, si un acteur du rêve est aspergé d’eau, il sera inondé dans le rêve selon le principe qu’un rêve amplifie toujours la réalité. Un rêve amplifie aussi le temps qui passe : 5 min dans une réalité équivaut à une heure dans un rêve. Quand un rêve est imbriqué dans un rêve, le temps se démultiplie encore si bien que l’on peut passer des semaines, voire des années, dans un rêve et cinq minutes seulement dans la réalité. C’est ce principe qui est utilisé brillamment par Inception qui se termine pendant qu’un véhicule tombe d’un pont, une fraction de seconde dans la réalité, plusieurs dizaines de minutes au niveau 3 des rêves imbriqués.

inception-christopher-nolan.jpg

Toutes ces idées et astuces scénaristiques autour des rêves fonctionnent très bien dans Inception. Christopher Nolan a su créer un univers original, mais à la logique interne sans faille. Le film déroule ainsi cet univers de manière étonnamment fluide pour un sujet si complexe, tandis que le réalisateur se permet les rêves les plus fous, comme de plier une ville entière (Paris en l’occurrence) ou de jouer avec les lois de la gravité. Ces rêves créés de toutes pièces pour les extractions ou les inceptions sont évidemment des métaphores du cinéma, et ses concepteurs sont autant de métaphores du réalisateur. Là encore, c’est un principe ultra-classique au cinéma, mais rarement aussi bien utilisé dans un film grand public. Ici c’est à la fois ludique — la possibilité de créer autant de mini-univers répondant à des logiques internes différentes est assez jouissive — et permet une réflexion plus poussée sur le cinéma, sur ce que cela veut dire de réaliser un film et aussi sur Inception proprement dit. Si l’on part du principe que la création d’un rêve est une métaphore du travail du cinéaste, alors le film tout entier n’est qu’un rêve… C’est d’ailleurs ce que semble indiquer le twist final et cette toupie qui ne veut pas tomber. Nolan, très malin, s’amuse à couper brutalement l’image, comme s’il ne voulait pas donner de réponse définitive et laisser les spectateurs douter. Bien vu, mais pour moi c’est évident que tout le réel du film constitue encore un niveau de rêve. À partir de là, le doute est permis : la réalité existe-t-elle seulement ou n’est-ce qu’une réalité relative ?

On le voit, la trame d’Inception est déjà complexe. Et pourtant, un sujet central du film n’a encore jamais été abordé alors qu’il ajoute un autre niveau encore. Inception n’est pas seulement un film ludique et malin à base de rêves imbriqués, c’est aussi un film sur l’amour et la culpabilité. Dom Cobb est en effet rongé par la culpabilité après la mort de sa femme, quelque temps avant le début du film. On ne sait rien au départ, ni leur histoire d’amour, ni la mort de sa femme. On apprend rapidement que Dom ne peut retourner aux États-Unis où il a été condamné pour avoir poussé sa femme au suicide et Inception reconstitue peu à peu, par bribes, les souvenirs du héros et donc son histoire d’amour tragique. La culpabilité qui le ronge depuis sa mort explose à l’écran quand on apprend enfin la vérité, que sa femme fut la première à subir une inception et que c’est cette inception trop bien réussie qui l’a tuée. Cette culpabilité terrible s’accompagne en même temps de la satisfaction d’avoir vécu une longue histoire d’amour, certes dans un rêve. Outre les thèmes traditionnels sur le réel et le rêve, Inception se permet donc de mordre sur le terrain de la psychologie en proposant une relecture en images de la culpabilité et du remords. Ce n’est pas l’aspect du film que je retiens en premier, mais c’est un élément de plus qui contribue à sa richesse.

di-caprio-cotillard-inception.jpg

Christopher Nolan avait prouvé avec The Dark Knight qu’il sait faire des blockbusters très efficaces. Il confirme cette tendance avec ce nouveau film, sorti deux ans après le précédent, un temps court quand on pense au travail réalisé sur Inception. J’ai été frappé, pendant la projection, par la fluidité générale du film qui ne fait jamais forcé, mais au contraire semble en permanence aller de soi. C’est sans aucun doute la marque incontestable de son succès sur le plan de la réalisation. Efficace, mais subtil, tels semblent être les maîtres mots qui ont conduit Nolan. Étonnamment, la bande-originale composée par l’incontournable Hans Zimmer fait également preuve de grande efficacité, mais aussi de temps en temps de subtilité, preuve qu’il n’est pas juste bon à faire de la musique martiale. Même la touche française supposée romantique de Piaf, chanson qui permet de sortir du rêve, m’a bien plu. Tout comme la présence de Cotillard ne m’a pas gêné, un exploit en soi qui s’explique autant par ma bonne humeur que par sa faible présence à l’écran. Quant à Di Caprio, il n’y a rien à dire, si ce n’est qu’il semble toujours et encore s’améliorer et que dans le genre torturé, il est vraiment très bon.

Puisque l’on parle technique, un mot de l’IMAX que j’avais encensé à propos de Shrek 4 : j’étais curieux de voir comment un film en version large s’adapterait à l’écran plus carré des IMAX et j’ai été déçu de constater que cela se faisait en déformant l’image. La déformation est légère, certes, mais bien sensible notamment sur les personnages qui sont légèrement plus larges que de raison. Alors que la technique est par ailleurs parfaite, notamment la partie son qui est brillante et donne l’impression que les cinémas traditionnels sont repassés en stéréo, je trouve qu’il est dommage de nuire ainsi à la qualité de l’image. Seuls ceux qui sont sensibles à ces aspects verront sans doute cette déformation, mais voilà qui remet en cause, à mes yeux, l’intérêt de l’IMAX, au moins pour des films traditionnels. Ne boudons pas notre plaisir cela dit, on en prend plein les yeux et l’écran énorme de ces salles (27 mètres de diagonale paraît-il) fait des miracles.

christopher-nolan-inception.jpg

Inception est, pour moi, l’exemple parfait du bon blockbuster. Celui qui est accessible auprès du grand public, mais qui ne prend pas ce dernier pour un imbécile et lui propose une expérience radicalement nouvelle et forte. J’aime la façon qu’à Nolan de ne pas tout dire explicitement, de laisser des zones d’ombre et de faire confiance à ses spectateurs pour compléter comme ils l’entendent le puzzle. La coupe brusque qui intervient à la fin du film est significative de cet état d’esprit. Inception est pour moi la première claque de 2010, un film à la fois passionnant et très efficace. Christopher Nolan m’a donné envie de revoir une seconde fois un film en salles, c’est suffisamment rare pour que je le souligne. Le film de l’été, sans aucun doute, et certainement un des plus grands films de cette année !

Concert de louanges depuis la blogopshère. Alexandre parle très justement de ce film qui permet à Nolan de se surpasser : « personne n’aurait pu imaginer qu’il [Nolan] aille encore plus loin. La légende est en marche ?« , de même que Nicolas encense à raison le film pour les mêmes raisons que moi, y voyant aussi « le modèle du blockbuster parfait. » Certains semblent regretter une certaine complexité, ce que j’ai du mal à comprendre. Rob Gordon de son côté regrette la partie amoureuse et sentimentale qui empêche le film d’être aussi bon qu’il aurait pu être. Je pense aussi que c’est l’élément le plus faible d’Inception, mais cela ne m’a pas gêné outre mesure, le film étant suffisamment riche par ailleurs.

MAJ (19/07/10) : Quelques blogueurs ont eu la chance de rencontrer une partie de l’équipe pour discuter du film, de Christopher Nolan et même de cinéma français… On y apprend quelques éléments intéressants au passage, au détour des auto-congratulations attendues, notamment sur les conditions de tournage. À regarder ici : http://myscreens.fr/2010/cinema/inception-la-rencontre/

MAJ (22/07/10) : depuis que le film est sorti, les critiques « officielles » (encartées) sont sorties et j’ai été frappé par certains avis négatifs au milieu de critiques positives. Manifestement, il y a eu comme un malentendu : Inception n’est pas le chef d’œuvre du siècle, il en est même loin. J’ai évoqué un blockbuster parfait et je maintiens cet avis en soulignant encore le mot « blockbuster » : il veut bien dire ce qu’il veut dire, Inception est un film grand public qui s’accorde parfaitement avec les multiplexes des banlieues et les seaux de pop-corn. C’est du grand spectacle censé détendre ses spectateurs, ce n’est pas une réflexion sérieuse sur les rêves. Le côté jeu vidéo du film, sa mécanique relativement simple pour créer le rêve ou imbriquer le rêve dans un rêve sont autant de prétextes à proposer du fun à haute dose, de l’action renouvelée par de nouvelles contraintes (cf l’époustouflant combat dans l’hôtel)… Il est donc normal que le dernier film de Christopher Nolan soit moins complexe qu’un David Lynch comme le regrette Télérama. Oublier qu’Inception est d’abord et avant tout un blockbuster chargé de divertir, c’est immanquablement s’exposer à la déception.

À l’inverse, les Inrockuptibles sont plus justes il me semble en reconnaissant dans Inception un spectacle bluffant et maîtrisé de bout en bout par le réalisateur, « imposant au spectateur un état de sidération constant, et repoussant loin, très loin, les limites du film d’action contemporain. » C’est un film d’action, mais c’est un excellent film d’action.

  1. À propos de la publicité… []

34 commentaires

  1. Mathilde

    Soyons clairs, je n’ai pas détesté ce film. Je suis parfaitement d’accord avec toi, Nicolas, il est extrêmement efficace et fluide, et je n’ai rien à redire à cela.

    J’ai aussi trouvé le casting plus que satisfaisant, hormis Marion Cotillard qui est aussi mauvaise qu’à son habitude ; mais pour le rôle qu’elle a à jouer, à savoir une projection, une ombre comme lui dit DiCaprio à la fin, ça a assez peu d’importance, même si on se demande ce qu’il a bien pu lui trouver.

    Sur les points forts, d’abord : DiCaprio est vraiment très bon dans le rôle de cet homme qui a manifestement passé une vie – littéralement – dans un univers inventé. Un mot sur ce décor, d’ailleurs : voilà un rêve qui me semble particulièrement déprimant, et ce monde étincelant où ils sont seuls est pour ma part la pire des conditions. Pas étonnant qu’il perde la boule.
    Les autres acteurs sont très largement à la hauteur du standard posé par Léo, avec une mention spéciale à Ellen Page, qui a un rôle particulièrement subtil et intelligent auquel elle fait vraiment honneur. Contrairement au non-personnage que Cotillard passe son temps à jouer de film en film et qui est particulièrement marqué dans celui-ci, il n’y a pas photo.

    Je n’ajouterai rien sur la réalisation et les effets spéciaux, magnifiques à voir, très intrigants.

    Je reviendrai par contre sur ce qui a fait la principale faiblesse de ce film, à savoir son scénario. J’ai trouvé que le film visait bien trop haut, et échouait à tenir ses promesses. Il est vrai que cet univers de rêves encastrés les uns dans les autres est d’abord surprenant, et on s’attend à des mind-tricks. Mais la ligne du film est finalement très prévisible, et il ne reste finalement plus qu’à apprécier la beauté visuelle et le jeu (ce qui est déjà bien, on est d’accord).

    Personnellement, je n’ai pas trouvé la ligne de réflexion sur la réalité/l’imaginaire particulièrement intéressante ; c’est vraiment un pont-aux-ânes du cinéma, qui est d’ailleurs voué à l’échec : je ne pense pas que le cinéma soit à même d’y répondre, pour la bonne raison que malgré ce que l’on pourrait croire, la vidéo n’a rien de similaire à un rêve, qui est bien moins composé d’images que de sensations, d’impressions qui ont valeur de vérité. Par ailleurs, les images d’un rêve sont bien différentes d’une image filmée dans le sens où elles sont trompeuses, et où elles n’ont pas le statut de représentation, de repères. Anyway, je ne vais pas disserter sur le statut des rêves, mais je pense que baser tout un film là-dessus était d’ores et déjà une gageure difficile à tenir.

    Rendons à César ce qui appartient à César, Nolan fait vraiment de son mieux sur ce point, et pendant un temps on a en effet pas trop de mal à se laisser convaincre qu’on est dans un rêve. Mais pas pour l’ensemble du film. A partir du moment où l’on rentre dans les rêves dans les rêves, de façon complètement mécanique, j’ai arrêté d’y croire, d’autant que le scénario a recours à des techniques narratives assez cheap de type deus ex machina (passons sur l’existence première de la machine à rêve, sur le fait qu’elles sont souvent en contact avec de l’eau et devraient arrêter de fonctionner, la mimésis fonctione bien. Mais au bout d’un moment, les rebondissements du style « oh, j’ai inventé un sédatif qui permet de ne pas altérer le sens de l’équilibre! » deviennent un peu lassants).

    Par ailleurs, certaines trouvailles vraiment intéressantes ne sont pas assez exploitées et expliquées, comme le principe d’un subconscient qui rejette les altérations extérieures, ou un subconscient entraîné à résister à l’inception. On ne sait pas d’où ça sort, on en cause cinq minutes, ça donne lieu à deux bagarres et on n’en parle plus. Vraiment dommage.

    L’ensemble de ces faiblesses ont fait que j’ai trouvé l’histoire trop facile à suivre ; elle promettait beaucoup, mais accouche finalement d’une souris, avec une fin complètement décevante qui essaye de faire croire à un mind-trick. Je ne trouve pas que couper avant que la toupie ne tombe soit intelligent, il suffit de revenir un peu en arrière. Leo n’a jamais reçu de kick pour sortir du rêve, on est donc encore dans un rêve, ce qui me paraît évident compte tenu de la présence de son père (ok, les avions existent, mais tout de même) et du fait que ses enfants ont toujours le même âge.

    Bref, je trouve qu’il nous prend un peu pour des cons là-dessus, en essayant de faire croire à un puzzle insolvable, ou à une fin ouverte.
    Enfin, sur le fait qu’il s’agit toujours d’un rêve… bonjour la déception. C’est vraiment du niveau d’une rédaction de sixième « mais tout cela n’était qu’un rêve ». Ce n’est pas l’idée que DiCaprio soit bloqué dans son rêve qui me dérange, mais le fait que rien ne soit expliqué. Il est littéralement devenu dingue, mais Nolan nous le montre en train d’agir parfaitement normalement, ce qui est une négation de la réalité des rêves, d’un côté, et de la logique de son propre film, de l’autre! SOuvenons-nous de ce qu’il nous explique sur le fait de rester bloqué dans les limbes. On avait matière à montrer la folie à l’oeuvre, un homme en train de perdre contact avec la réalité, mais Nolan laisse tomber tout cela pour s’enfermer dans son idée des rêves mécaniquement liés à une machine.

    C’est pour cela que j’ai vraiment été déçue par le film, j’espère avoir été claire, j’ai écrit cela d’un jet.

  2. Merci pour ton long commentaire ! :)

    Son rêve est effectivement assez déprimant, ce n’est pas pour rien qu’il a l’air si dérangé pendant le film, quand même. On peut en effet facilement en devenir fou.

    Tu as raison d’évoquer Ellen Page, elle est effectivement très bien dans le film et je l’ai oubliée.

    Ta critique du scénario est, je dois dire, fort convaincante. Vu comme ça, le film semble bien léger en effet. Il est vrai que Nolan explique peu de choses, d’ailleurs on ne sait jamais ce que fait cette machine, comment elle marche. Tout au plus comprend-on qu’elle contient un produit pour t’endormir, le reste semble venir de l’imagination des personnes… J’aime bien ce doute qui est aussi temporel : on est clairement dans le domaine de la science-fiction, plutôt côté fiction que science d’ailleurs. Le film commence directement dans l’action (dans un rêve) et Nolan impose d’emblée un univers avec ses logiques propres qu’il ne cherche jamais à expliquer. J’aime beaucoup ce genre d’histoires, surtout en SF, parce qu’elles rendent l’univers beaucoup plus réalistes alors que les personnages qui s’expliquent entre eux tous les détails d’un univers rendent celui-ci immanquablement moins crédible. L’utilisation technqiue des rêves est déjà de l’histoire ancienne quand le film commence, on suppose que son père en est l’inventeur, mais au fond on n’en sait rien.

    Sur le côté mécanique du rêve dans le rêve, ce n’est pas faux, mais après tout pourquoi pas ? Les rêves sont quand même, par définition, le domaine de tous les possibles… Tu me diras que c’est un peu léger aussi comme argument, c’est vrai, mais cela ne m’a pas gêné pendant le film. J’étais dans un état où on pouvait sortir n’importe quoi (après tout, on a affaire à un univers ou Paris peut se replier comme une vulgaire feuille de papier) sans que cela me perturbe.

    Tu as encore raison sur les techniques un peu grossières du scénario pour faire avancer l’action et l’exemple du sédatif est bien choisi. Bon, ça c’est le côté blockbuster grand public je suppose. Le film aurait pu être bien plus complexe, on est d’accord, mais Inception reste un blockbuster hollywoodien « pop-corn compliant », ne l’oublions pas. Je trouve que c’est un blockbuster intelligent, ce qui n’en fait pas un 2001 ou un Bergman.

    De façon plus générale, j’ai été happé par le côté fun du film, que ce soit par les univers inventés de toute pièce, ou même l’interaction entre « réalité » (fût-elle d’un rêve) et rêve. Cela donne des idées jamais vues encore dans un film, comme la bataille dans l’hôtel. J’ai vraiment été bluffé (la claque vient de là) par toutes ces idées nouvelles, si bien que j’ai complètement occulté l’histoire d’amour qui me paraissait bien moins intéressante, et je n’ai jamais vu les limites que tu soulignes.

    Peut-être que si je le regardais à nouveau, je serais déçu, c’est possible. En attendant, j’ai passé un sacré bon moment dans une salle de cinéma, cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. ;)

  3. Camtukiiie

    si ca t’interesse j’ai trouvé une super interview de Leonardo DiCaprio … http://bit.ly/4Amqgm !

  4. Grande critique pour un grand film

    nuff’ said

  5. Ta critique est très complète et très intéressante !
    L’avertissement aux spoilers m’a incité à lire, mais je n’ai malheureusement pas trouvé toutes les réponses que j’attendais :)
    Si tu passes sur mon blog j’y ai laissé quelques questions ouvertes, comme par exemple concernant la scène finale de cette fameuse toupie qui ne tombe pas (pour moi elle ne tombera jamais car sinon elle devrait vaciller!) et je serais curieux de connaitre les explications que tu peux donner.

    • Merci pour les compliments. :)

      J’ai vu tes questions… mais je m’interroge : à quoi bon répondre à toutes les interrogations ? Garder une part de mystère est une chose très bien aussi, je trouve. Perso je ne cherche pas à tout expliquer et donc pas forcément à tout expliquer non plus, donc je n’ai pas forcément les réponses à tes questions.

  6. C’est vrai qu’il ne faut pas chercher une explication à tout. Mais c’est quand même bien d’avoir son idée, même si ce n’est pas la seule possible :)
    D’ailleurs certaines questions relèvent de choses que je n’avais pas compris dans le film, et j’ai bien l’intention de revoir Inception !

    • Le revoir ne fera pas de mal je pense… ;)

      Concernant la fin, je ne pense pas qu’il y ait tellement d’ambiguïté en fait. Cf le premier commentaire, même s’il est très critique, il donne quand même des éléments explicatifs.

  7. oG

    Vu. Excellent.

    Il est vrai que Nolan nous montre son film et le déroule sans coup de théâtre ou rebondissement inattendu, ce que j’ai fortement apprécié finalement. Mais en plus de nous guider subtilement et progressivement, il nous immerge complètement dans les univers qu’il crée. Et ça c’est ce qui manque à beaucoup de films.
    J’ai adoré Inception pour son efficacité (nan mais cette scène de l’hôtel !!), sa beauté et son intelligence. Je me suis demandé à plusieurs reprises si le film respectait sa propre logique (genre, comment une machine irréelle dans un rêve pourrait faire rentrer une personne dans une rêve de degré supérieur ?) mais en fait je m’en foutais, j’ai simplement trouvé tout ça fichtrement beau.

    En fait, je crois que Nolan n’a pas cherché à plus complexifier le scénario pour plus se concentrer sur l’essence et les images du film. Mais il avait bien la matière pour nous faire une saga en trois volets. Encore une fois, j’applaudis l’intelligence du réalisateur.

    PS : j’ai pensé à plein plein d’œuvres qui traitent du même sujet (j’ai pensé à Lost d’ailleurs), de l’Illusion Comique à un certain épisode (magnifique) des 4400 où l’idée des amants qui préféreraient vivre dans une fausse dimension plutôt que revenir à la réalité apparaissait ; en passant par Le Montreur D’Ombres d’Arthur Robison (film muet que je te conseille) …

    • Je suis d’accord avec toi, c’est un film très efficace qui maîtrise son sujet de bout en bout. Alors du coup, c’est sans doute moins fou et donc réaliste (le film évoquant les rêves) qu’un film de David Lynch comme Télérama le lui reproche, mais il me semble qu’ils ont oublié qu’Inception est un blockbuster qui cherche d’abord et avant tout à divertir. Mission réussie pour moi.

      Tu as raison, le sujet même d’Inception n’est pas si original que cela. Bien vu pour Corneille, fallait y penser. ;) Et je note pour le muet, je ne connaissais pas.

  8. Full

    Et bien détrompe toi ce fut plus que plaisant de te lire. Sans doute parce que je pense exactement comme toi, sur tout ce que tu as dit! Sauf que moi c’est dans ma tête et jamais j’aurais pu l’interpréter, alors la bravo!!!

    Il y a juste un point ou je ne suis pas d’accord du moins je ne l’ais pas interprété pareil! (Ce qui lise mon commentaire et qui n’ont pas vu le film arrêtez-vous là).
    Pour ce qui est du twist final je ne pense pas que ce que l’on peut appelé la « première base » n’est pas la réalité ou que la fin est encore un niveau successif à effet poupée russe (j’ai aimé la métaphore, c’est ce qui m’est venu en salle^^). Dès qu’on comprends un peu l’inception le public est poussé à se dire que la fin que donnera Nolan sera celle du piège de la réalité qui est donc: la réalité est encore un niveau (c’est ainsi que j’ai réfléchis car pour ma part je veux être sur de garder de l’avance et réfléchir sur ce que peut donner le final). Or je pense que comme toute fin ambigüe donné par ce genre de film on ne peut pas deviner la fin à l’avance et donc pour moi le scénariste nous manipule tout le long jusqu’à réussir le twist final qui serait donc que Dom n’a pas pu sortir du 4 ème niveau et qu’il est perdu dans les limbes.

    Bref je sais pas si tu m’a suivi mais j’ai pas la même facilité que toi à me faire comprendre ^^

    • Si si, j’ai bien compris, pas de soucis… :)

      C’est en effet l’autre hypothèse possible. Quoiqu’il en soit, tu penses aussi qu’il reste dans le rêve et qu’il ne retourne pas à la réalité… c’est certainement l’hypothèse la plus crédible en effet.

  9. J’aimerais juste revenir sur un point qui m’intrigue : vous pensez donc que Cobb est dans un rêve à la fin du film ? Pour moi, ce n’est absolument pas le cas ! Cobb revient des limbes par un kick (en l’occurrence grâce au flingue de Saito, et le sédatif était de toute façon parvenu à sa fin, ce qui est indiqué par l’âge que Saito a dans les limbes. Les enfants sont interprétés par des acteurs différents dans les scènes où ils ne se retournent pas que dans la scène de fin. La différence d’âge est peu importante, mais après tout qui dit que cela fait longtemps que Cobb a perdu sa femme ? Si l’image est coupée avant que la toupie tombe (et elle va tomber, elle vacille même légèrement), c’est parce que c’est un clin d’oeil de Nolan, un « Are you watching closely ? » final qui nous invite à repenser tout le film, à être sûr de tout ce qu’on a vu… ou pas.

    Je suis assez frappée également par le fait que l’on s’empresse de dire qu’Inception reste un blockbuster. Il faudrait savoir accepter que les blockbusters peuvent être des chef d’oeuvres, et je pense qu’à terme Inception sera reconnu comme tel même par les critiques amers. Les deus ex machina sont peu nombreux et très crédibles, et rien qu’en cela c’est un véritable prodige. L’univers est complet, cohérent, complexe, et en même temps tout cela est d’une fluidité incomparable : on aurait bien tort de le critiquer pour cela ! Il faut au contraire reconnaître qu’aucun scénariste n’a été capable d’accomplir cet exploi depuis bien longtemps. Inception repose essentiellement sur de l’action, mais l’histoire d’amour est très loin d’être anecdotique : elle sous-tend tout le film et est d’une beauté et d’une tristesse exceptionnels. Et bien sûr que le film permet une réflexion sur la réalité/l’imaginaire, puisqu’on discute encore deux semaines après de savoir qu’est-ce qui était réalité et rêve ! En ce qui concerne l’onirisme du film, il est moins « explicite », moins forcé que dans un Lynch, ou dans un Gondry par exemple, parce que c’est justement ce parti pris qui sert tout le propos du film ! Mais ça n’en reste pas moins onirique (« something was actually strange ! »). Et je pense qu’un morceau de bravoure comme la scène de l’hôtel fera date dans l’histoire du cinéma comme la fameuse scène de 2001 l’a fait en son temps ^^.

  10. juste pour répondre à Mathilde en 2 lignes,
    il faut éviter d’en demander trop à un simple film. Quand je vois les demande d’explications et de précisions (selon tes demandes, le film deviendrait horriblement didactique et rendrait le spectateur trop passif d’explications subalternes) je ne vois pas autrement que de faire 4 film de 5h. ON est pas dans un traité par la fiction de la création des rêves et sut les structures du subconscients et de l’inconscience. Freud lui même a mis des années à fixer un schéma simplifié de cela. Nolan se sert simplement des ressentis en terme de rêve. Par exemple, la sensation de chute qui te réveille, là ça devient un élément central, tout comme l’eau qui vient dans le rêve (si tu t’es déjà endormi au bord de l’eau je te jure que ça le fait).
    plus généralement, je ne suis pas d’accord avec cette idée que le cinéma ne peut rendre compte du rêve ou du cauchemar. Bien sur qu’il ne le recréera pas mais comme tout objet d’art, il diffuse par le beau des sensations et de la réflexion. En peinture, il y a eu Dali, en musique, les troubadours chantaient les rêveries bourgeoises, en poésie, Baudelaire explorait le subconscient des fantasmes. Au cinéma, Lynch ou Gondry s’amuse à créer des univers aux visuels personnels. reste que chez Nolan, ça passe par une froideur. Pour la simple et bonne raison que ces rêves ne sont pas les tiens mais l’objet d’un architecte extérieur.
    ps : le premier qui bouffe du pop corn pendant les moments de suspense, j’intègre son rêve érotique et je remplace la jolie Samantha par le gros Marcel. Heureusemen que ça ne devait faire que 2 lignes…

  11. ah et il y a une théorie intéressante d’un magazine US qui pense que c’est une métaphore de la construction au cinéma. Di Caprio serait le metteur en scène et Cilian Murphy le spectateur. A méditer.

    • Pas que dans ce magazine je dirais… ;) « Ces rêves créés de toutes pièces pour les extractions ou les inceptions sont évidemment des métaphores du cinéma, et ses concepteurs sont autant de métaphores du réalisateur. »

      C’est vrai que pour Murphy, c’est bien vu, je n’y avais pas pensé.

  12. Mathilde

    Pas le temps de répondre au dernier commentaire entièrement, mais tous les indices prouvent au contraire qu’on est dans un rêve.

    Cobb dit bien dans le film que le fait qu’il construise une réalité alternative avec la machine à rêve prend beaucoup de temps -tellement de temps que ses rêves font intrusion dans d’autres ; cela fait donc un certain temps que sa femme est morte et qu’il a vu ses enfants.
    On le compte même en nombre d’années, ce qu’il explique à son père quand il revient à Paris. Cela explique bien pourquoi il accepte ce job très risqué pour revoir ses enfants : parce que c’est sa dernière chance. On apprend bien au début du film que les enfants se souviennent à peine de lui.
    Par ailleurs, les enfants n’ont pas grandi du tout (le fait qu’il s’agisse d’acteurs différents ne joue en rien, puisque c’est monnaie courante que d’employer différents enfants pour jouer le même rôle dans le cinéma, législation oblige).

    Par ailleurs, ce n’est pas Léo qui fait tourner la toupie dans la dernière scène, mais son père, qui ne devrait pas connaître son existence, n’est-ce pas? Nous sommes donc encore dans un rêve.

    Enfin, je ne suis pas du tout d’accord sur le kick : pendant près d’une demie-heure (temps réel), démultiplié en temps de rêve, il y a eu des coups de pistolets, des explosions etc… à tire-larigot, et c’est ce dernier là qui l’aurait réveillé? Dans un rêve? Alors qu’on nous a bien expliqué que pour se réveiller d’un rêve, même qui n’est pas sous sédatif, il faut se faire tuer. Un bruit ne suffira pas, et il n’y aucune raison pour que le coup de fusil produise un kick pour faire sortir Léo de son rêve. Seulement une chute le permettrait, ce qui ne lui arrive pas. Et même en admettant que le sédatif ne fonctionne plus, ce qui n’est en rien précisé, il faudrait qu’il se fasse tuer dans le rêve, ce qui n’est pas le cas.

    Je ne discuterai pas de l’histoire d’amour, puisque j’ai trouvé qu’il y en avait un seul d’amoureux là-dedans, et c’était Léonardo DiCaprio, absolument excellent dans son personnage de veuf. C’est dû à la fois au jeu déplorable de Marion Cotillard et de son rôle qui est finalement celui d’une poupée de cire (poupée de son), une ombre, dans la reconstruction imaginaire d’une éternité parfaite (voilà un autre point sur lequel j’ai eu un peu de mal : on ne contrôle PAS ses rêves, or le film part du principe qu’on le peut. C’est même sur cette capacité à recréer comme on le souhaite un autre monde que le film est basé. A nouveau un grand potentiel à réflexion qui n’a pas été utilisé.).
    Leur histoire est complètement plate, on ne saisit pas très bien comment ces deux personnes ont pu passer des années ensembles, livrés à eux-mêmes. Ils n’ont aucune raison de s’aimer, à part le fait que le scénario le dit…

    Je le redis, si je peux paraître outrageusement critique, c’est d’abord parce que le film est BON, mais qu’il a été cheap, ou trop rapide sur certains points, gâchant le potentiel qu’il avait, en en faisant ainsi un blockbuster sympa, mais qui ne fera pas histoire.

  13. Mathilde

    Mon dernier commentaire s’adresse à Galathys.

  14. Mathilde

    Alexandre Mathis > Une explication n’est pas nécessairement didactique. Ce que je voulais dire par là, c’est que le film évacuait la complexité qu’il proposait lui-même (par exemple sur son concept de subconscient armé, ou qui repousse les attaques extérieures, sur l’idée que l’on peut contrôler ses rêves) pour préférer des batailles qui sont finalement complètement similaires à celles de « la vraie vie ». Le scénario préfère la facilité sur bien des points, refusant de s’attaquer aux subtilités que l’univers même de Nolan évoque.

    Quant à… « il ne f

  15. Mathilde :

    C’est bien Cobb qui actionne la toupie à la fin du film, non pas son père (ou est-ce le père de Mall ? je ne suis pas sûre). Les enfants sont en bas âge, après recherche ils sont même crédités comme ayant, pour la fille, 3 puis 5 ans; pour le fils 20 mois puis 3 ans. D’où le fait qu’ils ne se souviennent pas de leur père. Quand au pistolet, je ne parlais bien sûr pas d’un quelconque bruit, mais bien du fait que pour se sortir des limbes, arrivés au terme du sédatif, Saito et Cobb se suicident. La séquence n’est pas montrée mais vu la présence du pistolet, ça parait évident (bien que Nolan cherche à entretenir le doute, bien sûr…).

    Je ne discuterai pas de l’histoire d’amour, c’est ta perception des choses et je la respecte, je l’ai quant à moi vécue totalement différemment.

  16. Mathilde

    faut pas trop en demander d’un simple film », je trouve cette réflexion complètement à côté de la plaque : pourquoi un film devrait-il nécessairement être simple? Pourquoi abandonner les exigences que l’on a pour les autres formes de narration au profit de deux heures d’entertainment? Ca n’est pas rendre service au cinéma que de réfléchir ainsi.

    Quant à sa capacité de rendre compte du rêve, je ne vais pas rentrer là-dedans maintenant, mais toutes les formes d’art ne sont pas capables de la même chose -cela n’induit en aucun cas une hiérarchie. Une peinture de Chagall, malgré le fait qu’il s’agisse d’une image, a bien plus de chances d’évoquer un univers onirique sincère qu’une vidéo, pour la bonne raison qu’au cinéma, le spectateur ABSORBE les images, et ne peut créer autour de l’oeuvre d’autres sensations que celles qui lui sont proposées ; ce qu’on rajoute au film, c’est la réflexion, qui n’est pas du tout un matériel onirique, au contraire. Ceci n’est pas du tout le cas avec la littérature ou la peinture, qui, dans leurs plus grandes oeuvres, parviennent parfois à évoquer en chacun de nous une résonance suffisante pour nous rappeler un monde de rêve, car nous projetons dans l’oeuvre au moins autant que ce que nous recevons (d’où l’importance des impressions, fondamentales dans un rêve).

    Quant à la théorie méta-filmographique, c’est vraiment du réchauffé.

  17. Mathilde

    Galathys > Oui, je peux très bien comprendre que l’histoire d’amour ait pu paraître désespérée, et elle l’était, du côté de Cobb, mais j’ai vraiment eu le sentiment qu’elle allait dans un seul sens, ce qui m’a personnellement dérangée. Cela dit, je n’en fait pas vraiment un point faible du film, c’est purement personnel.

    Pour la toupie, je n’étais plus sûre si c’était son père qui la tournait, mais je suis quasiment certaine que ce n’est pas Léo, on le voit en arrière-plan s’avancer vers ses enfants.
    Quant au coup de pistolet, je ne l’avais pas du tout compris comme un suicide de Cobb.

    En plus, il y a un autre truc auquel je pense (dernier, et dodo)… c’est que Cobb dit bien plusieurs fois que tout le monde est persuadé qu’il est responsable de la mort de la mère de ses enfants. POurquoi le réaccueilleraient-ils à bras ouverts d’un coup, dans une maison inchangée (et des enfants qui portent les mêmes vêtements d’ailleurs, ce qui n’est certes pas un argument très fort, mais qui est tout de même bizarre… :) )?

  18. « pour la bonne raison qu’au cinéma, le spectateur ABSORBE les images, et ne peut créer autour de l’oeuvre d’autres sensations que celles qui lui sont proposées ; ce qu’on rajoute au film, c’est la réflexion »

    Cette phrase me choque énormément ! On projette beaucoup de sensations sur un film, bien plus que celles qui nous sont proposées !! On met derrière le film énormément de choses, on se projette dans un personnage, on imagine le background de tel autre, on a notre propre interprétation d’un événement, une comédie nous rend triste à cause d’un détail que personne d’autre n’a vu… On ajoute autant à un film qu’on ajoute à un livre, ne nous y trompons pas ! Le fait qu’il y ait des images animées n’a aucune incidence sur le fait que l’on y projette des sensations !

  19. Mathilde

    Je ne voulais pas dire qu’il n’y avait pas de vécu, et dans ce cas tu as parfaitement raison. Ce que je voulais dire, c’est que la sensation onirique est particulièrement difficile (voire impossible) à rendre au cinéma, car le cinéma est constitué d’images linéaires, et il doit s’appuyer sur certains piliers pour être compréhensible.
    Par exemple, dans Inception, ils partent du principe qu’imiter les attitudes de l’homme de main du jeune héritier sera suffisant pour que celui-ci croie qu’il s’agit vraiment de l’homme imité. Ca n’est pas stupide, mais premièrement il n’y a jamais aucune faille dans leur plan : on substitue le vieux garde du corps à l’ami de Cobb et voilà. Or, dans un rêve, il est en effet fréquent de voir des personnes dans d’autres personnes : combien de fois, en racontant un rêve, avons-nous dit « Ce n’était pas toi, mais je savais que c’était toi », ou la même chose pour les lieux / objets, dont l’identité se fixe sur des objets / lieux / personnes d’apparence différente sans que, dans la réalité du rêve en tout cas, on ne questionne cette identité.
    Le cinéma est incapable de rendre cette impression onirique par excellence, pour la bonne raison qu’il est là pour MONTRER ce qui est. Si une vidéo nous montre DiCaprio, et bien c’est DiCaprio et pas Matt Damon, ou quelqu’un d’autre ; si nous sommes à Paris, nous sommes à Paris. L’état d’esprit très particulier que nous avons dans nos rêves est impossible à avoir lorsque nous sommes conscients.
    Nous ne pouvons être spectateurs d’un film de la même façon que nous le sommes de nos rêves. Le fait que la littérature ou la peinture ne sont pas affligées de cette linéarité les rend plus aptes à reconquérir les sensations des rêves.

  20. je n’ai pas le temps de répondre à ses trop nombreuses explications, argumentations et débats ô combien passionnant. Je suggère juste la lecture des œuvres la lecture de Philip K. Dick (l’auteur de Blade Runner, Minority Report ou Total Recall ) qui explore ça est mis en image par de bons cinéastes (quoi que Spielberg) et qui prouvent que le cinéma n’est pas qu’histoire de reçu passif. Et qui explique beaucoup sur la conception des rêves de Nolan, qui angle plus ça sur l’action. Bon je dois y aller, désolé, c’est pas très développé.

    • Spielberg est un excellent réalisateur, et Inception doit tout autant à Blade Runner qu’à l’excellent Minority Report de ce dernier. un immense cinéaste, je comprnds pas ton « quoi que Spielberg », ça reste encore à prouver que Spielberg est un des meilleurs réals actuels ?

  21. Mathilde

    OK, j’irai voir ça! :D
    Merci pour les références.

    Cela dit, je ne voulais pas dire que le cinéma, en général, faisait du spectateur une éponge passive, mais que dans le cas particulier des rêves, l’apport nécessaire du spectateur qui s’approprie le rêve devant une toile de Chagall, Dali ou autre est largement minimisé.

    Anyway, j’irai lire tout ça.

  22. Patrick

    Euh, définitivement retour au réel à la fin.
    Mais tous les arguments sont bons à condition de ne pas modifier, subtilement ou pas, les indices…
    De toute façon le suspens et l’interprétation sont clairement voulus par Nolan.
    M’est avis que ce film va être vu, revu et commenté re-commenté dans ses détails pendant fort longtemps
    (un peu à la Mulholland Drive).
    Rendez-vous dans 20 ans pour voir s’il tient la route.
    Pas de suite par pitié !

    • Il y a des arguments en effet, notamment les vêtements des enfants qui semblent ne jamais changer d’un bout à l’autre du film. Leur âge aussi alors que l’on peut comprendre qu’il s’est passé pas mal de temps depuis la mort de sa femme.

      Je n’imaginais même pas qu’une suite soit possible… :o

  23. Bravo pour ta critique, elle est parfaite :)
    J’espère pouvoir en faire autant d’ici quelques années !

  24. kevin C

    Suis-je en train de rêver ?
    Moi je pense que la réalité (niveau 0) c’est avant que le film commence et lorsqu’il finit et que l’inception est pratiquée sur nous en tant que spectateurs manipulés, embarqués dans les différents niveaux de rêves pour nous détourner l’attention. Le réalisateur a-t’il voulu faire germer une idée précise dans nos cerveaux et si oui la quelle. Peut etre “le doute du réel” ou quelque chose de plus précis. En tout cas il veut nous faire partager son sentiment de doute sur la réalité et l’idée que rien ne prouve que l’on est pas en train de rêver en ce moment et constament. Son fim tout comme nos rêves (la nuit ou le jour) ne seraient que des niveaux plus ou moins profonds de rêves (ou mondes parralelles). La scène du début se répète pour bien nous faire prendre conscience qu’il s’agit d’une boucle et que tout le film est en quelque sorte notre rêve à nous spectateur. Une sorte de rêve en groupe, un rêve construit et dirigé par le seul véritable architecte c’est à dire le réalisateur lui meme qui pratique son inception sur nous. Ceux qui ont déjà fait ce genre de rêve embriqués en niveaux savent qu’une fois vraimment reveillé quelques doutes persistent tout au long de la journée. la toupie à la fin qui tombe ou pa est là pour donner cette sensation de doute à la fin du fim ou du rêve. Le film devient presque un rêve artificiel, un film qui s’accroche à notre subconscient plus qu’un autre.
    l’idée ou la graine que veut nous implanter dans notre subconscient le réalisateur en détournant notre attention est tout simplement « une idée très simple » , c’est le principe de l’inception lui même. Il veut pénétrer notre subconscient et nous transmetre  » l’inception » par le mécanisme de l’inception lui même. En résumé, il ne fait pas que nous expliquer le mécanisme de l’inception, il la pratique sur nous en faisant germer sa graine dans notre subconscient, il intègre l’idée d’inception au plus profond de nous même. Il nous prouve ainsi que l’inception (le fait de faire germer une idée dans le subconscient d’autrui) est possible en la pratiquant directement sur le spectateur. Le suicide de Mall nous met en garde sur les dangers de l’inception si elle est pratiquée entre de mauvaises main. L’inception nous rapelle l’hypnose, la psychanalyse, Freud ou même encore les images subliminales.

  25. Et ben moi je dis que j’ai a-do-ré ce film, qu’il est putain de génial, et à la fin, c’est bien la réalité (la toupie qui tourne, c’est le totem de son épouse, pas le sien, le sien ça serait son alliance, qu’il ne porte d’ailleurs pas durant les scènes de rêve. Enfin il paraît, j’ai jamais été à regarder plan par plan si c’était vrai). Et j’adore la BO. Voilà.

Laisser un commentaire

Votre adresse mail ne sera pas publiée.
Les champs obligatoires sont marqués :*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>