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Prometheus, Ridley Scott

En 1979, Ridley Scott créait l’une des sagas les plus marquantes au cinéma avec Alien, le huitième passager. Depuis, la licence a dérivé vers des horizons bien éloignés du huis clos horrifique original. Après trois suites et après quelques produits dérivés mêlés de Predators, le cinéaste revient aux commandes. Prometheus se déroule avant Alien, le huitième passager et même si Ridley Scott ne veut l’avouer qu’à mi-voix et a préféré soigneusement entretenir le doute pendant la période de promotion, il s’agit bel et bien d’une préquelle. Prometheus offre ainsi quelques explications, mais c’est aussi un film d’action très efficace qui tend parfois à l’horreur. Un excellent divertissement…

Ridley scott prometheus
Article à ne pas lire sans avoir vu la saga Alien, voire sans avoir vu Prometheus.

2089, quelque part en Écosse. Une équipe d’archéologues a découvert une cavité restée jusque-là secrète. À l’intérieur, des peintures rupestres vieilles de plusieurs dizaines de milliers d’années, mais c’est surtout un détail qui attire les scientifiques. Des figures humaines qui pointent toutes vers un ensemble de disques. Ce schéma qui représente en fait des planètes et un système solaire similaire au nôtre a été retrouvé à des dizaines de localisations sur le globe, sur des représentations d’âges variés. Les connaissances astronomiques d’alors étaient limitées et ces civilisations ne pouvaient pas communiquer : pour ces chercheurs, il est évident que ces dessins sont des invitations laissées par nos ancêtres. Suivre cette invitation, c’est revenir sur notre histoire et même plus, sur notre origine. Et si la science s’était trompée ? Et si l’homme avait été créé par des êtres venus de l’espace ? C’est cette idée un peu folle qui motive une gigantesque expédition dans l’espace vers le seul système solaire connu qui ressemble à celui des dessins. L’objectif avoué : découvrir s’il existe effectivement une civilisation extra-terrestre et le cas échéant, comprendre d’où vient l’homme…

Ridley Scott a commencé par imaginer une préquelle à l’univers de la saga Aliens qu’il a contribué à créer, avant d’indiquer à qui voulait l’entendre qu’il s’agissait finalement d’un projet à part, plus ambitieux. Pour qui a vu Alien, le huitième passager et ses successeurs, Prometheus apparaît bien comme une œuvre située juste avant et une œuvre qui éclaire de nombreux points restés obscurs. Ridley Scott avait tenu à garder le mystère dans son premier film et on ignorait tout de l’origine de ces Aliens. Il ne faut pas attendre de réponses directes ici, mais Prometheus explique beaucoup de choses. Quand l’équipage arrive sur la planète repérée préalablement, la forme de la construction près de laquelle il se pose rappelle d’emblée des souvenirs. On reconnaît sans peine le vaisseau où le premier contact entre un humain et un Alien a lieu dans le premier film de Ridley Scott. Ceci posé, Prometheus fonctionne ensuite comme un puzzle et toutes les pièces se mettent en place pour aboutir à la situation initiale d’Alien, le huitième passager. Certaines questions restent en suspens, la plus importante étant sans doute « pourquoi ? », mais on découvre d’où viennent exactement les Aliens, mais aussi ce qu’est la grande construction humanoïde qui restait une énigme dans le film de 1979.

Prometheus noomi rapace

S’il est indéniable que Prometheus fonctionne comme la préquelle de la saga Aliens, il faut reconnaître que le dernier film de Ridley Scott est aussi plus ambitieux. En introduisant les Ingénieurs et en faisant de ces grands humanoïdes pâlots les créatures de l’humanité, le film entend remettre en cause non seulement la religion, mais aussi la science moderne qui a expliqué de manière rationnelle la naissance de l’homme dérivé du singe par une lente mutation. L’idée n’est pas très originale dans la littérature, mais le cinéma ne s’était pas encore vraiment engagé sur cette voie follement ambitieuse. Faire d’une civilisation extra-terrestre l’inventeur de la vie terrestre, c’est ouvrir la possibilité de discuter avec son créateur et d’obtenir les réponses réservées traditionnellement à la religion ou la philosophie. Ce fantasme est ainsi la motivation principale du couple de scientifiques qui a permis l’expédition et Prometheus va jusqu’à la confrontation tant attendue. L’ambition de Ridley Scott sur ces sujets est louable et elle fait en grande partie l’originalité du film, donnant à ce dernier une ampleur inattendue pour un blockbuster. C’est aussi la limite et peut-être la faiblesse du long-métrage qui donne par moment le sentiment d’en faire trop, voire de faire preuve d’un peu d’orgueil. L’introduction est à cet égard intéressante : Ridley Scott filme des paysages déserts où la vie humaine n’a pas laissé de trace, avant de montrer un Ingénieur et d’expliquer, on suppose, la naissance de la vie sur Terre. La séquence rappelle assez The Tree of Life et ce n’est certainement pas la meilleure idée du film, mais Prometheus a la bonne idée de ne pas s’y attarder.

Prometheus signe le retour de Ridley Scott à la science-fiction, mais aussi son retour à l’univers d’Aliens. La réalisation est toutefois bien éloignée de celle du film qui avait ouvert la saga : le budget est ici digne des plus gros blockbusters et le film offre le grand spectacle attendu. Le cinéaste a su malgré tout conserver l’ambiance qui tend à l’horreur avec quelques scènes particulièrement prenantes dans le vaisseau spécial extra-terrestre ou dans le vaisseau humain. On n’est plus dans le huis clos, mais le nombre de décors reste limité et ils sont toujours aussi sombres et fermés. Avis aux âmes sensibles, Prometheus n’est pas particulièrement gore, mais certaines scènes sont impressionnantes et stressantes… Ridley Scott aime certains types de personnages et cela se voit dans ce nouveau film qui reprend comme personnage principal une femme, une scientifique à fort caractère qui n’est pas sans rappeler l’héroïne d’Alien, le huitième passager. C’est d’ailleurs la principale critique que l’on pourra faire au scénario de Prometheus : nonobstant l’originalité de l’univers, il reprend quasiment stricto sensu l’histoire du film de 1979. La progression est la même jusqu’à la fin troublante de similitude et Ridley Scott est allé jusqu’à reprendre des scènes de son premier film… La comparaison est dès lors inévitable et Noomi Rapace s’en sort plutôt bien pour succéder à Sigourney Weaver, même si la jeune actrice se fait éclipser par un Michael Fassbender encore très impressionnant dans son rôle de robot. Dès les premiers plans, il impose son jeu froid et mécanique qui ne laisse aucun doute sur son identité.

Prometheus fassbender

Préquelle ou pas, peu importe : Prometheus est un blockbuster très bien réalisé qui offre un spectacle de qualité et ce qu’il faut d’ambiance horrifique pour serrer fortement la main de votre voisin(e) pendant la séance. Ridley Scott s’offre en outre le luxe d’un univers beaucoup plus ambitieux qui pourrait ouvrir sur une nouvelle saga si l’on s’en tient à la très ouverte fin. En attendant, ne ratez pas Prometheus si vous aimez la science-fiction : une séance au cinéma avec lunettes 3D est alors recommandée.

  1. À propos de la publicité… []

7 commentaires

  1. Temet

    Je te trouve bien tolérant avec ce film que j’ai trouvé proche de la bouse infâme!
    [SPOILER]
    Si je trouve l’idée de début un peu moyenne, mais encore passable… si j’adhère au jolies images et au voyage, je n’adhère plus à rien de ce qui suit à : « David, tu peux parler à l’ingénieur? ».
    « Bien sûr, j’ai appris avec Google! »
    « bla bla bla bla »
    Et hop, le mec sur évolué il décalque tout le monde, on ne sait pas pourquoi.
    Non sérieux, Damon Lindelof là, faut qu’il arrête d’écrire, c’est une plaie ce mec.
    [/SPOILER]

    Bref, j’ai honnêtement détesté ce truc et l’ai vivement déconseillé à tout le monde.

    Et sinon, pourquoi on ne te voit plus sur nori? :'(

    • J’avoue avoir été surpris par la vague d’avis négatifs qui a suivi la sortie du film. J’ai vraiment bien aimé personnellement, et qu’importent les quelques incohérences du scénario. Cela étant, celle que tu soulèves ne pose pas du tout problème selon moi.

      ‘Fin bref, il y a manifestement des avis très tranchés sur le film. :)

      PS : il faut que je fasse un tour, promis !

      • Anti

        Je suis globalement de ton avis . J’ai trouvé le film sympa , même si on se retrouve avec beaucoup de chose inexplicable : pourquoi ils veulent nous tuer , pourquoi le gros balèze à été laissé sur terre avant de se tuer etc …

  2. Nesus

    Franchement à voir en 3D tellement elle est bien faire et est belle. Par contre le film en lui même est un peu plat à mon avis. Disons qu’il y a beaucoup d’incoherence scénaristiques et que c’est déjà vu. Après ça reste un bon film, manque un peu d’action peut-être, je ne regrette pas de l’avoir vu. Pas sûr d’avoir envi de le revoir.
    J’en attendais peut-être un peu trop aussi.

    • Je crois que bon nombre de déçus en attendaient beaucoup trop en effet. Je m’attendais à une préquelle d’Aliens et je n’ai pas été déçu. Le scénario comme bien avec la saga, les explications sont intéressantes…

      Cela dit, je ne nie pas qu’il y a des faiblesses sur certains points, mais pas de quoi gâcher le plaisir selon moi. Quant à la 3D, rien a redire. :)

  3. Elbez

    Hello Nico,

    moi je l’ai vu en 2D… :/ pour une fois :(

    personnellement, j’ai bien aimé le film! j’ai évité au maximum les trailers (je suis tombé sur un article du Monde où la journaliste dit à la fin, sans prévenir, que Fassbender se fait arracher la tête… « lol »), j’ai bien aimé!

    Par contre… il y a un truc qui coince chez moi, c’est la scène où un Ingénieur boit la coupe pleine d’alien (?) et qui le tue… c’est ça la naissance de l’Homme selon Ridley? :p Parce que bon… pour moi c’est plutôt le suicide d’un Ingénieur qui a « mis au point » une arme de destruction massive…

    Bref, peut être que je me trompe royalement… mais j’apprécierai qu’on m’éclaire sur ce sujet :p (oui, j’étais en manque de sommeil avant d’aller voir le film)

  4. ATTENTION SPOILERS !

    Après avoir revu Prometheus en Blu-Ray, j’ai jeté un œil aux fameuses scènes coupées ajoutées comme bonus et non intégrées directement au long-métrage. Dans le lot, il y a beaucoup de petits ajouts qui ne changent pas grand-chose, mais aussi quelques éléments intéressants.

    De manière générale, on se rend compte que Ridley Scott a supprimé plusieurs passages qui apportaient un peu de profondeur psychologique à ses personnages. La discussion plus longue entre Weyland et sa fille en est un bon exemple, tout comme la scène entre les deux scientifiques. Elles n’apportent rien de plus à l’intrigue, on comprend les sous-entendus sans difficulté, mais le choix de les retirer est intéressant.

    De même, l’Ingénieur qui s’en prend à l’héroïne à la fin du film a droit à un rôle plus complet, tant en discutant avec Weyland et les autres dans la salle de contrôle du vaisseau que lors de l’attaque proprement dite. On n’apprend là encore rien, si ce n’est que le géant est vu sous un autre jour quand, entré dans la capsule de secoue, il observe les images et le décor avec intérêt. Découvre-t-il que les humains ne sont pas si mauvais qu’il le pensait ? On ne sait pas, mais le personnage est incontestablement plus complexe ainsi.

    On a parlé de fin alternative à propos de ces scènes coupées, c’est très exagéré. Certaines scènes ne s’ajoutent pas au long-métrage, mais viennent remplacer d’autres scènes. C’est le cas notamment pendant l’attaque du géologiste qui est une attaque de zombie dans la version ciné. L’une des scènes la reprend et montre très clairement qu’il s’agit en fait d’un début d’Alien en formation. Cette version est beaucoup plus logique et on se demande bien pourquoi Ridley Scott a privilégié l’autre…

    Inutile de chercher activement ces scènes coupées, elles n’apprennent rien de plus sur la question qui reste lancinante après le film : « pourquoi ? » On ne connait toujours pas les motivations des Ingénieurs, ni à créer la vie sur Terre, ni à la supprimer. On en sait en revanche plus sur leur origine, avec la notion de « paradis » qui est présente dans les scènes coupées de la fin du film. L’idée fait un peu peur et on a hâte de voir ce que Ridley Scott en fera, mais on comprend pourquoi elle a été retirée de Prometheus. Dans ces scènes supplémentaires, l’idée tombe un petit peu comme un cheveu sur la soupe…

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