Baby Driver, Edgar Wright

Surtout connu pour la fameuse trilogie « Blood and Ice Cream », Edgar Wright n’est pas qu’un cinéaste parodique et il le prouve avec son nouveau long-métrage. Baby Driver n’est pas une parodie d’un film de genre, même s’il s’agit d’un film de casse assez classique dans les grandes lignes. En plaçant la musique au cœur de l’expérience, le réalisateur modifie toutefois le genre et lui donne un nouveau souffle, à la limite de la comédie musicale. Porté par une playlist éclectique très plaisante, Baby Driver est un film d’action old-school qui a la bonne idée de ne se prendre pas trop au sérieux. Un divertissement nerveux et rythmé, idéal pour une sortie estivale !
Comme souvent dans ce genre de films, Baby Driver commence sur une séquence parfaite, un casse mené de main de maître qui montre les talents du personnage principal, Baby, un jeune pilote hors-pair. Avec trois compères, il se gare en face d’une banque et lance de la musique sur son iPod. Il attend quelques minutes que les trois autres fassent leur affaire, puis il lance sa voiture à toute allure pour une course-poursuite impressionnante dans les rues de la ville. Edgar Wright démontre déjà ses talents en le matière et cette première scène d’action est bluffante. Ce n’est pas tant la course en elle-même qui impressionne, c’est devenu difficile de toute manière depuis la saga Fast and Furious, non la vraie réussite de cette première scène est à chercher du côté de la musique. Ou plutôt, de la synchronisation parfaite entre « Bellbottoms », le morceau de Jon Spencer Blues Explosion utilisé pour ce premier vol, et l’action. Les coups de feu sont synchronisés, les mouvements de la voiture également et la scène ressemble davantage à un ballet parfaitement organisé qu’à un film d’action traditionnel. Cette idée de synchroniser la musique avec ce qui se passe à l’écran traverse tout le long-métrage. Juste après le casse, Baby va chercher des cafés le temps d’un long plan-séquence dans la rue où le personnage danse avec le mobilier urbain et les piétons pour former à nouveau une chorégraphie bluffante. Plus tard, les éclairs et les mouvements du pare-brise sont calés sur le morceau du moment. Edgar Wright ne laisse pas vraiment de minute de silence pendant près de deux heures, ce qui fait de Baby Driver une sorte de comédie musicale. Les personnes ne chantent pas, ils ne dansent jamais vraiment, mais on retrouve cette idée de la musique comme moteur de l’action. Et d’ailleurs, l’idée même du projet vient de ce premier morceau de Jon Spencer Blues Explosion que le cinéaste rêvait d’utiliser pour une scène de course-poursuite. Quant à la bande-originale composée de trente morceaux différents, elle était composée avant même que les acteurs n’aient été choisis…
Baby Driver ne se distingue pas par son scénario, en tout pas dans les grandes lignes. L’idée du dernier coup qui tourne mal est un cliché du genre et c’est à peu près le destin qui attend Baby. On apprend au fil du long-métrage qu’il vole des voitures depuis qu’il a une dizaine d’années et qu’il a volé un jour celle de « Doc », un mafieux d’Atlanta. Cette erreur lui a coûté sa liberté : pour rembourser l’argent présent dans la voiture, il doit travailler pour lui, comme pilote. Il se contente de conduire, mais les coups s’enchaînent rapidement et même si Baby essaie de se convaincre qu’il n’est qu’un pilote, les crimes de ses passagers lui pèsent. Alors qu’il trouve l’amour avec Debora, nouvelle serveuse du café où il a ses habitudes, il essaie de sortir de cet univers de mafieux, mais naturellement, ce n’est pas aussi simple. En théorie, il n’a qu’un dernier casse à faire, on sait bien toutefois que les choses ne se passeront pas comme il faut. Voilà pour les grandes lignes, Edgar Wright n’a pas cherché à compliquer les choses, l’histoire est assez directe. Ce n’est pas un problème toutefois, Baby Driver compense largement par ses personnages très bien écrits et interprétés. Le plus intéressant reste le principal, incarné par un Ansel Elgort au visage de poupon parfaitement accordé avec le nom de son personnage. Le jeune acteur est excellent dans ce rôle souvent mutique, mais qui laisse aussi passer des émotions quand l’histoire d’amour survient. Son goût pour la musique et le souvenir contant de sa mère rapprochent le personnage de Peter dans Les Gardiens de la Galaxie, mais l’analogie s’arrête là et le cinéaste a réussi à lui offrir un caractère spécifique. Les mafieux qui l’entourent sont plus conventionnels, néanmoins Kevin Spacey dans le rôle de Doc est toujours aussi plaisant à regarder. Le casting est à la hauteur du reste : juste et surtout fun. Edgar Wright n’oublie pas sa mission première et il divertit de bout en bout, avec un film mené à tambour battant et qui n’ennuie jamais.
Pari réussi pour ce Baby Driver, extrêmement plaisant à suivre, porté par une bande-originale rétro bien dans l’air du temps et par un casting accrocheur, cadre de quelques séquences d’action impressionnantes. Il n’y a rien d’exceptionnel dans le dernier film d’Edgar Wright, c’est vrai, mais tout est ajusté précisément comme il faut pour composer un divertissement réussi. On pourrait critiquer un manque d’ambition, mais ce serait oublier un peu vite les toutes les séquences tournées en rythme comme des ballets et puis oublier aussi que divertir est un objectif essentiel au cinéma. À cet égard, Baby Driver est une réussite et il mérite amplement d’être vu.