Un conseil très Municipal au Théâtre Mélo d’Amélie (28 août 2010)

Paris est une ville extrêmement riche en pièces de théâtre en tout genre. Si l’on parle plus souvent du « Français » ou des théâtres nationaux, la majeure partie de l’actualité théâtrale se fait en fait dans de toutes petites salles, sur de toutes petites pièces. Un Conseil très Municipal fait partie de ces petites pièces, jouées dans le Théâtre Mélo d’Amélie, salle miniature où l’on s’assied sur des coussins comme on en trouve tant dans le centre de la capitale. Une pièce créée en 1998 et qui tourne sans arrêt depuis dans le théâtre : les acteurs changent régulièrement, le rendez-vous reste, quasiment tous les soirs à 21h30. Un succès mérité pour une farce aussi légère que son affiche pouvait le laissait entendre, mais très généreuse et drôle. Voilà une bonne idée pour occuper une soirée fauchée…

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Son titre laisse peu de place aux doutes. Un conseil très Municipal représente… le conseil municipal d’une petite commune de 4000 habitants que l’on suppose en banlieue parisienne. Le conseil n’est donc pas très étendu puisqu’il comprend en tout et pour tout trois personnes, le maire et deux conseillers, l’une représentante de l’opposition, l’autre allié politique du maire. Une quatrième personne se trouve à leur côté, le secrétaire qui énonce les questions à l’ordre du jour et établit le procès-verbal du conseil municipal. La pièce ne contient aucun acte ou même scène, il s’agit d’un conseil en temps réel, de l’arrivée progressive des conseillers et l’ouverture de la séance, jusqu’à la fermeture et le départ des membres du conseil. Pendant 1h30 environ, plusieurs questions ou problèmes seront soulevés, dans des domaines variés : espaces verts, voirie, pollution d’une rivière par une usine ou encore construction d’une mosquée… Autant de sujets de société et de sujets de rire, puisque ce conseil est loin d’être aussi calme et discipliné qu’il devrait l’être.

Qu’on se le dise, Un conseil très Municipal est une pièce comique, une farce même. D’emblée, alors que le rideau se lève sur l’arrière-train du secrétaire en train de viser pour aligner parfaitement les verres d’eau sur la table, on comprend que le ton ne sera pas à la gravité tragique, mais bien plus à la bouffonnerie de la farce. Le secrétaire en est le premier support : c’est un benêt qui ne comprend rien à rien, prend tout au premier de la lettre et d’abord son sacro-saint guide législatif où toutes les réglementations sont soigneusement consignées. Mais s’il veut suivre son code à la route, il se fait souvent avoir par les politiques habitués à la langue de bois et aux tournures alambiquées qui ne veulent rien dire, même si elles sonnent très bien. Humour très premier degré donc pour ce secrétaire en permanence en arrêt maladie pour des raisons plus absurdes les unes que les autres. Face à lui, les trois politiques opèrent dans différents registres. Le conseiller ami du maire, nommé M. Claque, est un pochtron qui abuse de sa position et son pouvoir pour organiser des fêtes où l’alcool coulera à flots. C’est aussi un imbécile et le parfait représentant du beauf aux idées préconçues et le plus souvent racistes, un conseiller municipal qui profite de sa place pour favoriser ses idées ou qui est capable de concevoir un espace vert situé entre une autoroute et une voie ferrée avec une forme phallique. L’humour tourne très souvent autour du sexe et il est rarement très fin, mais il est souvent efficace. Le personnage le plus réussi est, à mon avis, celui du maire, parfait représentant du politique complètement pourri, qui présente bien en public et démagogue jusqu’au bout des ongles. Pas idiot, il est tout à fait conscient de ses actes, de sa démagogie, de ses manipulations, ce qui le rend évidemment dangereux. Il n’a par ailleurs aucune conscience politique, et aurait très bien pu être dans le camp opposé s’il avait senti le vent tourner dans ce sens.

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Un conseil très Municipal est un spectacle très simple, tant par le décor unique composé essentiellement de tables et de chaises (l’ensemble faisant d’ailleurs vieillot, on sent le poids des années), que par les acteurs, au nombre de quatre. Ces derniers alternent, je ne parlerai donc que de ceux que j’ai vus ce samedi soir. Ils étaient tous bons dans des rôles forcément connus jusqu’à la moelle, ce qui leur offre la possibilité d’être très naturel et, je suppose, de laisser une part à l’improvisation. Si la pièce reste stable dans les grandes lignes, avec toujours le même schéma (arrivée en retard du maire et de Claque, ordre des sujets à l’ordre du jour, etc.), on sent qu’elle est actualisée régulièrement en fonction de l’actualité. On a ainsi eu des références à la sexualité épanouie de DSK, à la main de Henri ou aux défaites de l’équipe de France, à la burqa ou à d’autres sujets d’actualité. C’est aussi la photo officielle de Nicolas Sarkosy qui décore la pièce et on peut ainsi penser que la pièce est réactualisée régulièrement. Ce soir-là, le maire était parfaitement incarné par un acteur qui ressemble à s’y méprendre au premier maire de Paris, Jacques Chirac bien sûr. C’est le hasard qui veut ça, mais c’est flagrant, on reconnaît ses mimiques, son sourire forcé dès qu’il s’adresse aux citoyens, son air sérieux qu’il prend dès qu’il est censé parler de sujets difficiles, mais en même temps bon vivant et totalement pourri. Comme Chirac, il compte sur ses proches politiques pour qu’ils lui servent de fusible dans les affaires et n’hésite pas à retourner sa veste si un fusible menace de le nuire. Un parfait politicien en bref qui apporte un de critique sérieuse dans cette vaste farce, même si Un conseil très Municipal n’a pas comme ambition d’être une pièce politique. L’acteur présente néanmoins la pièce à la fin comme une fiction devenue aujourd’hui documentaire.

On n’a évoqué jusque-là que quatre acteurs, et pourtant il en faut un cinquième pour obtenir Un conseil très Municipal complet. Ce cinquième acteur est le public, sollicité à plusieurs reprises par la pièce. Le conseil est censé se passer en public et tous les politiques saluent les spectateurs et s’adressent directement à eux. Selon un principe bien connu, notamment dans les one man show, certains spectateurs se voient attribués des rôles, comme le notaire qui change constamment de maîtresse pour une plus jeune, le journaliste qui rédige des papiers incendiaires sur le conseil municipal élu ou encore une petite vieille qui fait des tricots pour toute la communauté. Loin de n’être qu’un artifice un peu vain pour impliquer le public, c’est un vrai ressort qui fait avancer la pièce et apporte un peu d’inattendus. À un moment, les citoyens sont censés poser des questions et onze cartons avec des questions sont distribués dans la salle. Certains, comme ce jeune censé interpréter un rappeur, jouent le jeu et deviennent à leur tour des acteurs de la pièce. Rien de révolutionnaire donc, mais un principe bienvenu et qui apporte à la pièce un côté chaleureux1 agréable. On passe un bon moment dans ce théâtre Mélo d’Amélie.

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Un conseil très Municipal est en définitive une pièce très plaisante. Plus farce que réflexion politique poussée, son humour assez grossier il est vrai fonctionne néanmoins plutôt bien. Il y en aura pour tous les goûts, des blagues un peu lourdes ou jeux de mots pas très malins aux petites références à l’actualité. Un spectacle qui compense son manque d’originalité par une générosité permanente. On s’amuse bien le temps du spectacle, voilà bien le principal pour une telle pièce.

  1. Au sens figuré comme au sens propre. Je veux bien croire que les petites salles parisiennes soient pauvres, mais quand même, entasser autant de gens dans un si petit espace sans la moindre climatisation, ce n’est pas raisonnable. Ajoutons que si vous avez de grandes jambes, mieux vaut arriver tout au début et accéder au premier rang, ou tout à la fin et avoir droit aux places dans l’escalier. Sinon, vous allez souffrir… []