Dear White People, Justin Simien (Netflix)

En 2014, Justin Simien proposait au cinéma un film qui avait fait polémique en mettant en scène des étudiants noirs en prise avec le racisme dans une université américaine qui se disait pourtant ouverte et mixe. Ce long-métrage revient, mais sous la forme d’une série télévisée qui porte le même nom. Dear White People sur Netflix est en partie une suite, un petit peu un remake du travail original du cinéaste. C’est une première saison assez courte — 10 épisodes de 30 minutes —, mais elle permet déjà de créer des personnages riches et d’aborder la question du racisme avec beaucoup de justesses et aussi d’humour. Justin Simien n’a pas créé cette série après avoir réalisé le film sans raison, c’est un sujet qui lui tient à cœur et qui l’a probablement touché personnellement. C’est sans doute la clé du succès pour Dear White People, une série incisive à ne pas rater.

La série se déroule sur le campus d’une université américaine fictive, mais on pourrait être dans n’importe quelle Ivy League de la côte est. Le nom, Winchester, évoque l’héritage britannique et dans cette grande institution, l’écrasante majorité des étudiants est blanche. L’université mène toutefois une politique de discrimination positive, si bien qu’elle compte une partie d’étudiants noirs, tous rassemblés dans le même bâtiment, et plus ou moins bien intégrés avec le reste des élèves. Dear White People commence sur un incident raciste, un de plus dans ce que l’on imagine doit être une longue série de petits affronts quotidiens. Un journal satirique tenu uniquement par des étudiants blancs organise une soirée où il faut venir déguisé… en noir. L’affront est trop gros et il éveille les consciences endormies dans l’université, notamment par l’action de Sam. Cette étudiante tient une émission à la radio universitaire où elle dénonce régulièrement les traitements différents et le racisme ambiant. Justin Simien suit d’abord ses pas dans la journée qui suit les fêtes et ensuite, épisode après épisode, se concentre sur un autre personnage. Cette structure originale permet à Dear White People d’accorder suffisamment de place à chaque personnage, alors même qu’elle est très courte.

On découvre ainsi les personnalités, non seulement de Sam, mais aussi de ses amies, Joelle et l’ambitieuse Coco, mais encore des autres personnes qui gravitent autour d’elle. Il y a Troy, fils du doyen et représentant de l’université qui a parfois tendance à n’être qu’un pantin du pouvoir. Il y a Reggie qui est toujours en colère et encore Lionel, jeune journaliste et gay qui n’ose pas encore s’affirmer. Ils ont tous droit aux lumières, l’un après l’autre, et les scénaristes s’en servent tantôt à éclairer une même scène avec différents points de vue, tantôt à faire avancer l’intrigue tout en laissant une place à tout le monde. Au total, la première saison couvre une période de temps réduite et un nombre de personnages assez important, mais elle laisse tout le temps nécessaire pour apprendre à les connaître et pour bien prendre conscience du lieu et des enjeux. Le racisme est présenté de manière frontale et sous tous ses aspects, souvent avec beaucoup d’humour. Justin Simien n’oublie pas de faire rire, mais il sait aussi être sérieux quand il dénonce tout un système qui, souvent, ne se rend même plus compte de son racisme et des préjugés véhiculés. C’est un exercice d’équilibre difficile, d’autant que l’amour a inévitablement sa place sur ce campus, mais brillamment maintenu par cette première saison.

Dear White People passe vite, trop vite peut-être, même si on n’a jamais le sentiment qu’un personnage ou un événement soit oublié. Il y aurait encore de quoi faire dans ce campus en tout cas et la première saison pose des bases intéressantes pour aller plus loin ensuite. Est-ce que Justin Simien parviendra à tenir sur la distance ? Espérons que Netflix lui en laisse l’opportunité, ces dix premiers épisodes sont drôles et importants à la fois. Une vraie réussite !