Dix pour cent, Fanny Herrero (France 2)

‌Dix pour cent plonge dans le système méconnu des agents d’acteurs pour composer une comédie dramatique vraiment drôle, et aussi touchante par moments. Portée par France 2, la série créée par Fanny Herrero en est à sa troisième saison, actuellement en cours de diffusion, et c’est une véritable réussite. Les scénaristes ont trouvé le ton juste, entre drame et comédie, les personnages sont bien écrits et bien interprétés en général. Il y a quelques facilités ici ou là, mais ne boudons pas notre plaisir : les bonnes séries françaises, surtout issues du service public, sont rares et ‌Dix pour cent appartient clairement à cette catégorie. À ne pas rater.

Le rôle principal de la série de Fanny Herrero n’est pas tant l’un de ses personnages que l’agence où l’essentiel de l’action se déroule. ASK, une agence parisienne d’agents d’acteurs, est secouée à la fin du pilote par une mort, celle de son fondateur. Toute l’intrigue de ‌Dix pour cent se construit à partir de ce drame, avec des questions assez classiques autour de l’héritage, dans tous les sens du terme. C’était le créateur et surtout l’actionnaire majoritaire et il part sans laisser de testament. Tout revient à sa femme qui n’a qu’une envie, se débarrasser de cette agence qui est synonyme pour elle de tromperies et de mensonges, son mari ayant souvent couché avec ses actrices. Autant dire que l’équilibre qui existait auparavant explose en plein vol et que la survie de l’agence devient le motif principal de l’intrigue. Les quatre agents qui restent en place sont les associés minoritaires et ils essaient de tout faire pour sauver ASK et garder leurs acteurs, ce qui n’est pas si simple, comme on peut s’en douter. La création de France 2 suit constamment cette piste et à la fin de la deuxième saison, la question n’est toujours pas réglée, l’agence n’est toujours pas tout à fait tirée d’affaire, en tout cas pas de manière satisfaisante. Outre cette trame narrative, Dix pour cent suit les pas de Camille, une jeune femme qui vient chercher Matthias, son père caché et aussi l’un des agents de l’agence. Elle trouve un travail à la place et devient l’assistante d’Andréa, une autre agent, et le secret qui entoure son père est l’occasion de quelques occasions de créer un suspense supplémentaire, on s’en doute bien. Rien de très original en somme, mais ces différents éléments se combinent harmonieusement et la série intéresse et maintient l’intérêt d’un bout à l’autre. On peut regretter quelques facilités, comme cette grossesse qui sort un petit peu de nulle part dans la saison 2, mais dans l’ensemble, c’est d’un bon niveau.

C’est la même chose du côté du casting, avec une bonne base et une excellente idée pour pimenter chaque épisode. La base, c’est une dizaine d’acteurs d’horizons divers qui jouent les agents de l’agence ou leurs assistants. Les jeux ne sont pas toujours tous naturels dès le départ, mais ils trouvent tous le ton et le rythme nécessaires. Thibault de Montalembert, qui interprète Matthias, parvient à émouvoir dans la deuxième saison alors que son personnage est assez froid et un poil caricatural au départ. Nicolas Maury ne s’éloigne jamais vraiment de la caricature avec Hervé, assistant gay maniéré, mais il ne vient pas déséquilibrer le reste du casting. Et puis ‌Dix pour cent doit énormément à Camille Cottin, qui incarne Andréa et qui est exceptionnelle dans ce rôle. L’actrice garde des traces de son personnage de connasse qui l’a fait connaître, mais elle ne reste bloquée à ce stade, elle fait évoluer sa palette d’émotions et elle offre une prestation aussi drôle que touchante. Sans elle, la série serait bien fade et elle apporte beaucoup à la création de France 2, c’est sans aucun doute son plus gros point fort. On apprécie aussi l’idée d’avoir une « vraie » star ou deux dans chaque épisode. Le premier est associé à Cécile de France, puis passent Line Renaud, Nathalie Baye, Gilles Lelouche, Julie Gayet, François Berléand, Guy Marchand, Juliette Binoche, Joey Starr, Julien Doré ou même Norman Thavaud (oui, celui-ci) et bien d’autres. À chaque fois, ces acteurs jouent leur propre rôle, parfois avec une auto-dérision bienvenue. Dans ces cas-là, leur place dans la série est toute trouvée et c’est délicieux. Pour certains, c’est plus compliqué, mais Fanny Herrero a le bon sens de ne jamais oublier ses personnages principaux et la trame générale de sa série, si bien que ce n’est pas gênant.

À l’heure des bilans, difficile de ne pas s’enthousiasmer pour cette série bien écrite, bien interprétée, intéressante, drôle, bref, cette série très plaisante à suivre. On avale les épisodes sans difficulté et Dix pour cent trouve ainsi tout naturellement sa place sur Netflix. Certains choix de la deuxième saison pourraient tirer la série dans une mauvaise direction, mais quoi qu’il en soit, on a hâte de voir la suite et de retrouver tous ces personnages.


Dix pour cent, saison 3

(25 décembre 2018)

La troisième saison de Dix pour cent ne bouleverse pas une formule qui a bien fonctionné jusque-là. Six nouveaux épisodes donc, six nouvelles stars et toujours les problèmes de l’agence ASK et de chaque agent. Pour ne pas tourner en rond, les scénaristes imaginent de nouveaux problèmes, avec un Hicham toujours plus insupportable à tel point qu’il pousse Andréa et Gabriel à aller voir ailleurs. La grossesse d’Andréa et bientôt la naissance de sa fille amènent d’autres soucis, alors que le père biologique essaie de garder une place malgré ses promesses. Et puis le sort de l’agence est encore une fois menacé, cette fois par un contrat signé par les producteurs américains d’un film et qu’Isabelle Huppert n’a pas respecté. Tout cela suffit à entretenir l’intérêt pendant ces six épisodes et la série de Fanny Herrero est toujours aussi plaisante à regarder, même si les facilités sont un petit peu trop fréquentes et lassent parfois.

Dans la deuxième saison, on sentait bien que la grossesse d’Andréa allait servir de moteur à la suite et c’est bien le cas. Dix pour cent gère très bien la question de l’homoparentalité et l’histoire se termine sur une note pleine d’émotion très bien vue, mais cette grossesse reste un petit peu facile pour créer des tensions entre personnages. Ce n’est rien toutefois en comparaison d’autres choix de scénario, comme cet accident entre femme et maîtresse qui est vraiment grossier. Ou encore l’appel sur le mauvais numéro, qui tombe comme par hasard sur le patron de l’agence qui ne devait rien savoir. À trop accumuler ces facilités, la série se perd un petit peu de son intérêt et c’est dommage, d’autant qu’elle est très courte. On a le sentiment que les scénaristes se sentent obligés de constamment relancer l’intrigue avec une nouvelle idée. Ils devraient faire davantage confiance en leurs personnages, ils sont suffisamment riches et intéressants pour maintenir l’intérêt. Même Hervé, qui n’était guère plus qu’une caricature, gagne légèrement épaisseur dans cette saison, même si on est loin de la finesse du personnage d’Andréa.

Fort heureusement, il y a suffisamment de bons points par ailleurs pour compenser et dans l’ensemble, cette création France 2 est toujours sympathique. À l’issue de cette troisième saison, on a bien envie d’en voir plus, d’autant qu’elle se termine sur un gros bouleversement dans l’agence, ce qui pourrait être intéressant pour la suite. Espérons simplement que le scénario gagne en légèreté et évite ces ficelles trop grossières…