La Famille Addams, Barry Sonnenfeld

Adapté d’une série TV culte des années 1960, La Famille Addams version cinéma est elle aussi devenue culte. Alors que Tim Burton connaissait ses premiers succès, Barry Sonnenfeld réalise ses premiers pas derrière une caméra avec cette adaptation qui a réussi le difficile pari de rester sur le fil entre production familiale et humour très noir. Techniquement sans grand intérêt, le long-métrage accuse aussi le poids des années, mais il faut reconnaître que les scénaristes sont allés très loin dans l’humour macabre et surtout qu’ils s’y tiennent jusqu’au bout. La Famille Addams est beaucoup moins rythmé que les productions actuelles, les gags sont beaucoup plus subtils et parfois même absents, mais l’ensemble mérite d’être vu ou revu, ne serait-ce que pour son traitement si différent de ce qui se fait aujourd’hui.

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L’idée de base, dans le film comme dans la série originale, est l’inversion des valeurs. « Weird is relative » annonçait l’affiche à la sortie, ce que l’on pourrait traduire par « l’anormal est relatif ». La famille Addams aime plus que tout ce que tout le monde déteste : la mort, la douleur, la puanteur, le malheur, le sang, la crasse, les entrailles… Barry Sonnenfeld ouvre son film avec une séquence chargée de résumer cet état d’esprit. Le soir de Noël, une chorale fait résonner un chant comme les Américains savent le faire et le spectateur sait que l’on est censé assister à une scène de joie. La caméra bouge pour dévoiler des murs délabrés, elle monte et on aperçoit la famille réunie autour d’un chaudron fumant, prête à réserver son contenu sur les chanteurs en contrebas. C’est ça La Famille Addams et ce n’est pas une idée qui est prise à la légère par le réalisateur. Quand le père de famille demande à sa femme comment elle va le matin, il demande si elle est malheureuse. Les enfants jouent à se torturer et même à s’exécuter mutuellement, sous le regard attendri de leurs parents. Une séance de torture devient un plaisir extrême, vous avez compris l’idée… Elle n’est pas originale en soi, mais La Famille Addams est un film familial qui convient à tous les âges. C’est probablement là sa plus grande réussite : réussir à concilier un humour déjanté et très souvent macabre avec une ambition très grand public, et tenir ces deux objectifs jusqu’au bout sans renoncer. Un projet contemporain finirait probablement à inverser à nouveau les valeurs pour finir sur la norme et ainsi délivrer le message qui semble trop souvent indispensable. Barry Sonnenfeld n’en a que faire et il reste au contraire sur sa lancée jusqu’au bout.

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Dommage néanmoins d’avoir présenté cette bonne idée à travers un long-métrage pas toujours très convaincant. Le scénario tient la route et l’idée du frère usurpateur est bien trouvée, mais les acteurs en font des tonnes et ils finissent par en faire trop, à l’exception notable de Christina Ricci, excellente dans le rôle de la fille. La Famille Addams frappe aussi par son manque de rythme et sa sobriété, quelque chose qui manque souvent dans les productions modernes, mais qui est peut-être un petit peu trop présente ici. Ce n’est pas que l’on s’ennuie, mais pas loin et on rit finalement assez peu pendant le film. Barry Sonnenfeld n’est pas Tim Burton et cela se voit, si bien que le résultat est honorable, sans plus. Au total, La Famille Addams reste un film culte qui n’a pas toujours bien vieilli et une curiosité à recommander aux amateurs d’humour noir.