Family Business, Igor Gotesman (Netflix)

Pour sa quatrième série originale française, Netflix change complètement de genre avec une série humoristique au format court. Six épisodes de trente minutes seulement pour la première saison de Family Business, c’est court, mais ce n’est pas une sitcom pour autant. La série créée par Igor Gotesman trace sa propre voie, avec un humour bien français, mais une mise en scène ambitieuse qui rappelle ce qui se fait outre-Atlantique. Le résultat est mitigé, avec un humour basé parfois trop souvent sur des clichés éculés qui peinent à amuser, mais aussi quelques très bonnes idées et de bons acteurs. Family Business a le mérite de rester courte et plaisante.

La famille Hazan possède une boucherie dans le cœur du Paris historique depuis des générations, mais après la mort de sa femme, Gérard a baissé les bras. Les affaires ne sont pas bonnes, il n’a plus le cœur de faire bien, et ses deux enfants ne veulent plus entendre parler de la boucherie. Son fils, Joseph, multiplie les mauvaises idées pour trouver la bonne qui lui permettra de vivre et sa fille, Aure, veut partir au Japon retrouver la femme qu’elle aime. Quand Joseph apprend que le cannabis va être légalisé en France, il saute sur l’opportunité et veut convaincre son père de convertir la boucherie en « beucherie » et se placer sur le marché en premier. Une famille normale qui entre dans le business de la drogue, voilà le point de départ de Family Business et à défaut de gagner la palme de l’originalité, c’est une idée riche de possibilités. De fait, le scénario explore de nombreuses voies en l’espace de six épisodes, quitte à en faire trop parfois. L’inspiration de Breaking Bad, qui reposait sur le même concept de base, se voit peut-être un petit peu trop dans l’enchaînement de péripéties à la limite du vraisemblable. On aurait préféré qu’Igor Gotesman se concentre sur une situation moins complexe et creuse davantage ses personnages. En l’état, c’est l’un des points faibles de la série, on a des personnages très caricaturaux qui peinent à être crédibles. C’est surtout vrai pour Joseph et ses amis, Olivier et Ali, bloqués dans un langage de cité qui sonne constamment faux. C’est mieux pour les personnages secondaires, notamment Gérard Darmon qui compose un père plus intéressant et fin que la moyenne. On s’attendait au pire dans le traitement d’Aure, personnage homosexuel, mais c’est un point fort de la série et Camille Cottin Julia Piaton est très bien dans ce rôle. La meilleure surprise du casting toutefois, c’est bien Louise Coldefy qui n’a qu’un rôle secondaire, mais on ne voit qu’elle à chaque fois qu’elle est à l’écran et elle parvient à rendre son personnage de cinglée réaliste et attachant, ce qui n’était pas gagné.

Cette première saison reste courte et plaisante, et on est curieux de voir ce qui arrivera aux Hazan. Netflix a d’ores et déjà renouvelé Family Business pour une deuxième saison et on verra ce que cela donne, en espérant qu’Igor Gotesman ne répète pas les mêmes erreurs. La série a grand besoin de personnages mieux écrits et plus riches, pas de rebondissements à base de mafia de la drogue. Il y aurait alors de quoi faire une très bonne série…


Family Business, saison 2

(25 septembre 2020)

Après une première saison mitigée, Family Business embraye sur une suite toujours aussi courte et six nouveaux épisodes de trente minutes. Les Hazan s’étaient mis dans de beau drap en se faisant remarquer par une baronne de la drogue néerlandaise et la nouvelle saison continue d’abattre une pluie diluvienne d’emmerdes sur eux. Cette deuxième saison enchaîne les péripéties et multiplie les rebondissements, jusqu’au final à nouveau surprenant et prometteur. Mais la vraie surprise, c’est que ce qui ne fonctionnait pas dans la première saison trouve presque miraculeusement son sens dans cette suite. La série originale de Netflix redresse le niveau et cette suite est bien meilleure, et même carrément bonne par moments.

On critiquait l’enchaînement de péripéties toujours plus folles, mais il s’avère finalement que ce n’était le problème. Au contraire même, en multipliant les idées encore plus folles, Family Business offre de grands moments de n’importe quoi, qui font que cette suite est nettement plus drôle. Ce qui manquait auparavant, c’est la légèreté, un scénario qui se prend moins au sérieux et des acteurs qui peuvent s’en donner à cœur joie dans cet univers délirant. Igor Gotesman a aussi réduit la dose de clichés, en particulier sur le langage de plusieurs personnages, si bien que la saison gagne en « réalisme », même l’histoire ne l’est absolument pas. Il leur arrive toujours le pire et la famille Hazan s’en sort pourtant constamment, avec des idées encore pires. Mais ça marche, car ces personnages ont tous une sorte d’innocence qui permet d’y croire et en tout cas qui évite le piège de la confrontation trop sérieuse des deux mondes. C’est impensable qu’ils puissent s’en tirer en perdant des corps sur la route ou en utilisant un masque de cinéma pour remplacer la mamie devenue gaga, mais les scénaristes trouvent le ton juste pour que l’on y croit suffisamment pour rire.

Cette saison est plus amusante, les personnages sont plus crédibles et le final explosif donne envie d’y revenir. En un mot comme en cent, c’est une très belle surprise et on ne s’y attendait pas après une première saison aussi moyenne. Espérons maintenant que le créateur de Family Business tienne bon sur cette nouvelle voie, mais quoi qu’il en soit, cette deuxième saison compense amplement les débuts pas géniaux.