Gladiator, Ridley Scott

Qui pouvait croire que Ridley Scott allait relancer le péplum ? À la sortie de Gladiator, ce genre était largement tombé en désuétude et plus personne ne s’y intéressait. Pourtant, le long-métrage a connu un énorme succès public renforcé par plusieurs Oscars et il est vite devenu culte, ou du moins un nouveau classique du genre. Inspiré très librement de l’histoire romaine, le scénario ne fait pas preuve d’originalité, mais c’est peut-être le principal point fort du long-métrage. Ridley Scott joue la carte du classicisme jusqu’au bout, quitte à en faire un petit peu trop. Sa fresque de près de trois heures1 souffre de quelques longueurs, tandis que le récit est un petit peu prévisible et handicapé par une mise en scène et une bande-originale outrancières. Malgré tout, Gladiator est bien un péplum modernisé et quelques scènes très réussies sauvent le tout.

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« Le gladiateur qui défia l’Empire » : l’affiche ne fait pas dans la demi-mesure et annonce sans détour l’enjeu principal du film, qui se concentre essentiellement sur l’affrontement entre Maximus et Commode. Le premier est un général de l’armée romaine quand Gladiator commence, mais le favori de l’empereur Marc-Aurèle tombe en disgrâce à la mort de ce dernier et une série de péripéties malheureuses le conduisent passer de général à gladiateur. D’où le titre du projet de Ridley Scott, même si le premier tiers du long-métrage n’évoque jamais la question des gladiateurs. Car, du haut de ses trois heures, le film prend son temps pour poser ses personnages et l’intrigue est assez lente à se mettre en place. La première séquence est l’occasion d’une bataille entre légions romaines et barbares germains et c’est une scène extrêmement impressionnante et qui reste culte encore aujourd’hui, dans la même série que la scène du Débarquement d’Il faut sauver le soldat Ryan. Même si on n’a pas tout à fait la même maîtrise technique, ce combat reste très impressionnant, à défaut d’être historique (l’utilisation du feu telle qu’elle est montrée ici est anachronique). Elle n’est pas directement reliée à l’intrigue principale, mais la séquence met bien en avant les valeurs du héros, sur son cheval puis au cœur de la bataille. C’est non seulement un très bon soldat, c’est aussi un excellent meneur d’hommes et on comprend pourquoi Marc-Aurèle veut lui confier l’avenir de Rome. Ridley Scott introduit dans la foulée le grand méchant de l’histoire, Commode, fils de l’Empereur et héritier naturel. C’est aussi un lâche qui se pointe bien après la fin de la guerre, et un enfant brisé par un père qui ne l’a jamais aimé. Gladiator ne cherche pas l’originalité, mais le passage de flambeau est bien mené et convaincant : le meurtre de Marc Aurèle par son fils a été inventé par les scénaristes — dans la réalité, il meurt de la peste —, mais on voit bien pourquoi et la déchéance du héros est, elle aussi, très claire.

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À partir de là, l’intrigue change autour de Maximus qui échappe à sa condamnation à mort pour trouver sa famille tuée chez lui, puis qui est fait esclave, vendu et enfin entraîné comme gladiateur. Ridley Scott ne s’embarrasse pas avec toute cette partie, évacuée beaucoup plus rapidement, pour mieux se concentrer sur le cœur de l’intrigue : l’opposition entre Maximus et Commode. Les deux hommes se retrouvent à Rome, dans l’immense arène du Colisée où le nouvel empereur a organisé une longue série de jeux en l’honneur de son père. Maximus s’est fait un nom dans l’intervalle, tout le monde le connaît comme l’un des plus grands gladiateurs du temps, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention de Commode. La suite est assez logique et Gladiator ne cherche jamais à surprendre, et préfère au contraire déployer son intrigue méthodiquement. On s’en doute, tout mène à un duel entre les deux hommes, ce qui n’a aucune raison historique, mais qu’importe : le cinéaste ne cherche pas à la réalité à tout prix, même s’il s’est entouré d’historiens pour ajouter une touche de réalisme2. Le résultat est à une vision plus noire de la société romaine, pas autant que dans l’excellente série Rome, mais Ridley Scott avait la même intuition et c’est plutôt une bonne chose. Malheureusement, les effets visuels numériques ont plus de quinze ans et cela se voit, ce qui gâche un petit peu la fête. Et puis l’intrigue est sans doute un peu trop simple et si le réalisateur cite volontiers le Spartacus de Stanley Kubrick en guise de référence, on en reste loin en termes de profondeur scénaristique. Gladiator ne dépasse jamais l’opposition des deux hommes, ce qui est à la fois une force et une faiblesse. Le projet peut heureusement compter sur ses deux acteurs : Joaquin Phoenix est très bien dans le rôle de l’empereur Commode, mais on retient surtout la prestation de Russel Crowe. L’acteur australien s’est vraiment fait connaître avec ce long-métrage et il est excellent dans ce rôle.

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Ridley Scott prend son temps pour poser l’intrigue de Gladiator, peut-être un petit peu trop. Le projet manque de rythme et le scénario est sans doute un peu léger pour une fresque aussi longue, tandis que les effets numériques ont vraiment mal vieilli. Des défauts donc, mais le film n’a pas volé son statut culte pour autant. En osant s’emparer du péplum à une époque où le genre était tombé dans les oubliettes du Septième Art et en en faisant un blockbuster qui a connu un énorme succès, Ridley Scott a gagné son pari. Et à l’heure des bilans, Gladiator n’est pas un mauvais film, loin de là, mais il aurait sûrement gagné à être plus court et plus centré sur la phase gladiateur.


  1. Dans la version « Extended Cut » qui n’est pas tout à fait celle souhaitée par le réalisateur, mais qui est celle qui fait figure de référence aujourd’hui. La version sortie au cinéma était plus courte d’un quart d’heure environ. 
  2. Ce qui ne s’est pas tout à fait passé comme prévu manifestement. Au moins l’un des consultants embauchés sur le projet a démissionné avant la fin et il y a énormément d’erreurs. Mais une représentation globale plus sombre que la majorité des péplums classiques, et plus proche de la réalité.