Le plaisir de chanter

Incapable de résister aux avis positifs de Télérama et des Inrockuptibles, je suivis leur conseil ce soir en allant voir Le plaisir de chanter. Eh bien force est de constater que je suis toujours d’accord avec ces deux journaux : ce film est en effet très bien, mais alors, je suis bien ennuyé pour en parler.

La seule certitude que l’on a en sortant de la salle, c’est la nationalité du film. Film français donc, avec des acteurs français étonnamment divers (rien que le trio sur l’affiche, Marina Foïs, Lorant Deutsch et Jeanne Balibar, c’est étonnant) mais un réalisateur d’origine israélienne et que je ne connaissais pas. Une fois que l’on n’a dit ça, on n’a rien dit, mais il est difficile d’aller plus loin. Disons-le, ce film est un OCNI (Objet Cinématographique Non Identitifé).

L’affiche proclame qu’il s’agit d’une « comédie d’espionnage » et effectivement, on rigole souvent et il est vaguement question d’espionnage. Je dis vaguement car le scénario, reprise directe des Barbouzes (un tas d’espions qui convoitent tous ce qu’une veuve possède…), est franchement pas le plus important dans le film. Comme le dit justement Télérama, contrairement aux films d’espionnages traditionnels qui glissent par moment un peu d’histoires personnelles pour les acteurs, Le plaisir de chanter glisse parfois une allusion à l’intrigue d’espionnage. Mais les personnages du film les premiers semblent ne pas s’y intéresser sérieusement : ainsi, Marina Foïs, la héroïne, est bien trop préoccupée par ses problèmes de désirs maternels pour s’occuper sérieusement de l’affaire. De son côté, Lorant Deutsch fait tout son possible pour se concentrer sur l’affaire, en vain il semble.

Le vrai fil rouge du film, le titre l’indique explicitement, c’est le plaisir de chanter. Car on chante dans ce film, on chante du début à la fin et on chante de la musique lyrique avant de finir sur de la variété. Une grande partie du film se déroule ainsi à un cours de chant composé exclusivement de la veuve et d’espions. Tous et toutes essaient de la séduire, les morts s’amoncellent, bref on est en plein Barbouzes même si les dialogues, tout en restant souvent drôles, ne suivent pas. On chante et on s’aime. Un peu à la manière des Chansons d’amour de Christophe Honoré (un OCNI je vous dis…), l’amour est présent sous toutes ses formes et il est très charnel. Les corps dénudés se montrent face à la caméra sans l’habituelle pudeur du cinéma1.

Il est difficile de déterminer pourquoi ce film fonctionne. Pourtant, il ne semble rien avoir pour lui : pas de scénario, des personnages farfelus ou hauts en couleur complètement irréalistes, et un joyeux mélange foutraque de tout et de rien. Tous les genres y passent sur le mode de la référence plus que de la parodie, un peu à la manière d’un Tarantino2. Mais pourtant, tout tient, tout fonctionne, on s’amuse bien (la salle rigolait bien) et on sort content. La performance des acteurs, tous bons mais mention spéciale à Jeanne Balibar et Julien Baumgartner, tous deux excellents dans leurs rôles respectifs (d’une fille pas méchante mais très fine et d’un gigolo/giton selon les moments) y est sans doute pour beaucoup.

Un film à voir si vous aimez le mélange des genres et appréciez le grand n’importe quoi. Je trouve que cela fait du bien de temps en temps…

  1. D’ailleurs, il est étonnant que le film ne soit même pas doté d’un avertissement : comme quoi, la société change… []
  2. Ah, c’est donc un film post-moderne ! []