Manhattan, Sam Shaw (WGN America)

Entrer dans les coulisses des deux bombes nucléaires qui ont éclatées sur le Japon et qui ont terminé la Seconde Guerre mondiale. Telle était la promesse ambitieuse et alléchante de Manhattan, mais la série n’a pas dépassé sa deuxième saison, probablement pour de bonnes raisons. Il faut dire que l’on s’attendait à une plongée historique et scientifique, mais ce n’est pas vraiment ce qui intéressait Sam Shaw. La série qu’il a créée est saupoudrée de concepts scientifiques, néanmoins la véracité historique compte moins que les histoires personnelles. Ce n’est pas un problème en soi naturellement, sauf quand le personnel prend le pas sur tout le reste, alors même qu’il ne s’agit que de pure fiction. L’invention de la bombe nucléaire ne devient alors qu’un prétexte à des histoires d’amour et de conflit personnel et c’est bien dommage.

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Manhattan commence alors que le projet du même nom est bien lancé. Les laboratoires secrets de Los Alamos sont déjà sortis de terre et les recherches avancent à bon pas quand Charlie Isaacs, jeune scientifique prometteur, débarque dans le Nouveau-Mexique avec sa femme, Abby et leur jeune enfant. Charlie ne sait même pas sur quoi il va travailler, le projet est secret-défense et la paranoïa est à son comble, si bien que personne ne sait ce que l’on fabrique en plein désert, derrière les grillages solidement tenus par l’armée américaine. Comme le spectateur le sait déjà, le projet est de créer une bombe nucléaire plus puissante que tout ce qui a jamais été imaginé par l’homme. Une arme ultime qui pourrait rayer des villes entières et rendre l’idée même de guerre caduque, mais une arme… qui n’existe qu’en théorie. Le principe même de la fission nucléaire n’a été découvert par des Allemands que quelques années avant la guerre et le conflit mondial avait déjà commencé quand on a découvert le plutonium qui devait servir de base à ces bombes. Tout reste à inventer et Sam Shaw tenait un sujet en or, si son sujet était vraiment la bombe nucléaire néanmoins. En fait, Manhattan n’est qu’en apparence une série historique et même si la reconstitution est indéniablement de qualité, son respect des faits est très léger. Le personnage au cœur de l’intrigue de Frank Winter serait fortement inspiré de l’un des scientifiques du projet Alamo, mais dans l’ensemble et à l’exception de Robert Oppenheimer, le directeur de tout le projet, tous les personnages sont fictifs. Ce qui n’est en rien un problème, mais l’absence d’explications scientifiques l’est plus. On ne comprend jamais ce qui se passe, on ne sait pas pourquoi deux équipes sont en conflit, pourquoi les scientifiques bloquent sur un point et pourquoi ils sont débloqués. La série est frustrante par son manque d’informations. On n’attendait pas une thèse, naturellement, mais il y avait de quoi vulgariser et expliquer clairement le principe des deux bombes développées par les États-Unis était un minimum. Dans la deuxième saison, les questions morales et éthiques prennent le dessus, ce qui est une excellente chose, mais elles sont assez mal traitées et uniquement pour renforcer les oppositions entre personnages. Il y avait pourtant de quoi faire et on imagine bien que les scientifiques du projet avaient des remords, mais ce n’est pas vraiment le sujet.

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Le problème, c’est qu’à trop éviter les sujets scientifiques, Manhattan finit par ressembler à n’importe quelle autre série, dans n’importe quel autre contexte. Le décor reconstitué avec précision est très bien, mais au fond, on suit les pas de deux couples qui s’opposent souvent et on finit par se lasser un petit peu. La série créée par Sam Shaw collecte bien quelques bons moments, il y a des séquences plus réussies et la fin de la première saison est nettement plus convaincante, notamment. Malgré tout, on la regarde sans vraie passion et Manhattan ne restera pas dans les années. Ce qui est bien dommage, encore une fois, car son sujet était particulièrement bien trouvé et aurait mérité mieux.