Misfits, Howard Overman (Channel 4)

Misfits appartient à cette catégorie d’œuvres qui ne peuvent vraiment pas se contenter d’un synopsis. Sur le papier, cette série créée par Howard Overman est une énième variation autour de super-héros dans une bande de jeunes, une histoire qui semble taillée pour viser un public souvent courtisé au cinéma et à la télévision. Bref, rien de très intéressant, sauf que l’on peut faire confiance à la chaîne britannique Channel 41 pour ne pas se contenter de créer une série plan-plan et déjà vue mille fois ailleurs. Misfits parle bien de personnes ordinaires qui héritent de pouvoirs exceptionnels, mais on parle de jeunes condamnés à des travaux d’intérêt général et surtout de pouvoirs ridicules. Le tout forme une comédie à l’humour noir acéré et deux premières saisons vraiment exceptionnelles. Vous pouvez éviter tout ce qui suit, mais la série vaut le détour pour ces quatorze premiers épisodes.

Le pilote permet d’établir rapidement les faits. Une bande de cinq jeunes condamnés à des travaux d’intérêt général dans une ville grise quelconque de Grande-Bretagne commencent à servir leur peine quand un terrible orage éclate. Non seulement il provoque une chute de grêlons immenses, mais il projette en plus les personnages sur plusieurs mètres. Et bien vite, ils réalisent qu’ils ont hérité d’un don au passage, un pouvoir exceptionnel qui devrait en faire de super-héros. Curtis peut remonter le temps, Simon peut devenir invisible, Kelly peut entendre les pensées des personnes aux alentours et Alisha peut provoquer un désir sexuel chez n’importe qui, par un simple contact de la peau. Seul Nathan ne semble pas concerné, même si on découvre au passage d’une saison à l’autre qu’il a, lui aussi, un pouvoir. Le plus important, c’est que ces quatre jeunes héritent de capacités qu’ils ne désirent pas vraiment, qu’ils ne maîtrisent pas toujours et qui sont très souvent nuisibles. Le pire est Alisha, qui ne peut avoir aucune relation sexuelle normale, puisque tous les garçons qu’elle touche entrent dans une sorte de transe qui équivaut à un viol. Mais Kelly n’est pas plus heureuse avec son pouvoir qui lui fait entendre ce qu’elle voudrait ignorer. Quant à Curtis, son pouvoir est pratique… sauf qu’il n’a aucun contrôle sur lui. Il ne peut pas revenir en arrière quand il le souhaite, et il est obligé de repartir dans le passé dans certaines circonstances, même s’il ne le souhaite pas. Les héros de Misfits restent largement handicapés sur le plan social et ce ne sont pas ces pouvoirs qui vont les aider. Au contraire même, ils viennent souvent les gêner, ce que le scénario ne manque pas de souligner.

À partir de cette idée très simple, Howard Overman construit en deux saisons de sept épisodes chacune une série menée à bon train, toujours très drôle et souvent gonflée. Pendant qu’ils purgent leur peine, les cinq personnages vivent des aventures folles et ils tuent leur superviseur dès le premier épisode. Misfits imagine ensuite comment ils se débarrassent du corps et plusieurs péripéties découlent de cela, puis il y a une enquête à éviter et encore d’autres problèmes qui s’accumulent. Néanmoins, toutes ces intrigues ne sont que des excuses pour permettre aux scénaristes d’exploiter les personnages et leurs interactions. La bande rassemblée par la série est atypique, c’est le moins que l’on puisse dire, mais elle fonctionne à la perfection. Les acteurs sont tous excellents, ils sont à plein dans leur personnage, avec des accents forts pour certains, une gêne naturelle pour untel, ou au contraire un je-m’en-foutisme radical pour un autre. Clairement, Nathan sort du lot dès le pilote et reste la vraie star de la série jusqu’au bout, éclipsant quelque peu ses camarades. Son personnage est un vrai emmerdeur, il n’arrête pas de parler et de faire n’importe quoi. Il se vante constamment de ses prouesses sexuelles et n’a jamais honte de rien, quitte à se mettre toujours dans les pires situations. C’est un vrai gamin et c’est pour cette raison que c’est aussi un personnage très attachant, que l’on apprend vite à connaître et à apprécier. Malheureusement, Robert Sheehan, le jeune acteur qui l’interprète, a décidé à la fin de la deuxième saison de vouloir se consacrer à une carrière au cinéma et il quitte la série. Un coup dur pour Misfits, qui ne s’en est sans doute jamais vraiment relevé. En tout cas, les producteurs ont essayé de le remplacer à partir de la saison 3 avec Rudy, un personnage aussi effronté, mais le compte n’y est pas. Il en fait des caisses pour essayer de copier Nathan, ce qui ne révèle que mieux son absence, et la série perd totalement son intérêt.

C’est une déception de n’avoir que deux saisons et seulement quatorze épisodes, inutile de le nier. Néanmoins, Misfits réussit à séduire sur cette durée courte et la série de Howard Overman crée une si forte impression qu’on la recommande absolument. Mieux vaut s’arrêter à la fin de la deuxième saison, le casting n’arrête pas de changer par la suite et manifestement, la recette miracle a été perdue. Qu’importe, elle a fonctionné avant et Misfits est une comédie noire comme les Britanniques savent si bien en faire qui vaut bien la peine d’être vue. Ne passez pas à côté.


  1. Ou plutôt, pour être précis, sa filiale E4.