Penny Dreadful, John Logan (Showtime)

Au XIXe siècle, en Grande-Bretagne, on s’arrachait des romans vendus sous la forme de feuilletons : ces « penny dreadful » étaient de la littérature bon marché et d’une qualité littéraire toute relative, mais qui plaisait énormément par ses thématiques horrifiques et extraordinaires. John Logan n’a pas choisi le nom de sa série au hasard : Penny Dreadful s’inspire des thématiques de ces écrits et raconte une histoire pleine de vampires, de démons et autres loups garous. L’intrigue se déroule aussi, pour la même raison, dans le Londres des années 1890, mais le scénariste ne s’est pas contenté de faire un hommage au genre. La première saison de cette série étonnante concentre quelques figures mythiques de la littérature anglo-saxonne fantastique de cette époque. De Frankenstein à Dorian Gray, en passant par le chasseur de vampires Van Helsing, Penny Dreadful opère un joyeux mélange. La série pourrait frôler avec l’indigestion, mais elle est sauvée par son ambiance très réussie et par des personnages bien écrits qui donnent envie d’en voir plus.

Penny dreadful timothy dalton

Comme toutes les séries, Penny Dreadful se construit autour de quelques personnages principaux. Ici, John Logan imagine un groupe assez improbable autour de Sir Malcom Murray, un riche noble et aussi aventurier qui a multiplié les voyages en Afrique à la recherche de la source du Nil. Alors que sa fille a disparu dans d’étranges circonstances, il réunit autour de lui plusieurs personnes susceptibles de l’aider. Il y a tout d’abord Vanessa Ives, la fille de la famille voisine qui a été longtemps la meilleure amie de Mina, la fille disparue. Vanessa a des dons de voyance qui font avancer l’action, mais dès le premier épisode, ce personnage trouble semble cacher quelques secrets. Ensemble, ils recrutent Ethan Chandler, un Américain qui semble fuir son pays et qui est un excellent tireur… ce qui n’est pas superflu pour affronter les dangers au programme. Il manque encore le docteur, un certain Victor Frankenstein qui fait preuve d’une étrange fascination pour les cadavres. Ajoutons à cela l’homme à tout faire ramené d’Afrique et l’équipe est au complet. Avec ces personnages, John Logan invente une intrigue sous la forme d’une enquête quasiment policière autour de la disparition de Mina. Ils suivent des pistes, découvrent des créatures surnaturelles partout où ils passent et finissent, peu à peu par se rapprocher de la jeune fille. Toutefois, cette intrigue principale fonctionne comme un fil rouge, mais ce n’est pas le principal : le récit n’est pas toujours passionnant et son issue ne laisse guère de place au doute. Par ailleurs, à trop vouloir brasser les mythes de l’époque, on s’y perd parfois un peu. Penny Dreadful met en scène les vampires imaginés par le Dracula de Bram Stocker, mais aussi le docteur Frankenstein tel que l’a décrit Mary Shelley, ou encore le Dorian Gray d’Oscar Wilde. L’idée est amusante, mais la série frise aussi par moments l’incohérence, voire l’indigestion.

Penny dreadful eva green

Penny Dreadful a néanmoins d’autres arguments à faire valoir, à commencer par une ambiance remarquablement poisseuse, comme il se devait. Le Londres de la fin du XIXe siècle a été recréé en studio avec beaucoup de soin et, de manière générale, les décors sont incontestablement un point fort de cette série. Un vieux théâtre de boulevard, un bar sombre et mal famé, une maison victorienne… l’action se déroule toujours dans des décors conçus avec un soin infini pour les détails, et cela se voit. Plutôt que de compter sur l’ordinateur, les producteurs ont préféré faire confiance aux techniques anciennes et des pièces entières ont été créées en studio, pour un résultat très convaincant. Penny Dreadful ne sait pas seulement reproduire les rues sales de Londres, la série montre également fidèlement le quotidien de cette époque et même si elle n’a pas vocation à être une série historique — bien au contraire… —, elle offre malgré tout une reconstitution d’un très bon niveau. On apprécie aussi le climat oppressant généré par John Logan dès les premières scènes, avec cette photographie la plupart du temps très sombre. Ce climat est une vraie réussite, de même que les acteurs qui sont tous très convaincants. Timothy Dalton est resté très discret depuis son interprétation éphémère de James Bond, mais l’acteur gagnerait à être plus souvent devant les caméras, il est très convaincant dans son rôle de noble un peu hautain et pourchasseur de créatures nocturnes démoniaques. La plus grande réussite de la série toutefois, c’est Eva Green qui interprète à merveille le rôle de Vanessa Ives, un personnage fragile et très fort à la fois, mais surtout un personnage mystérieux avec ses pouvoirs surnaturels qui font un étrange ménage avec sa conviction religieuse. Elle est le personnage le plus impressionnant et l’une des scènes de Penny Dreadful, lors d’une discussion avec l’au-delà, justifie à elle seule de voir la série. Et même si on ne sait pas toujours pourquoi ils sont là, tous les autres personnages piochés dans d’autres univers romanesques, de Frankenstein à Dorian, sont tous passionnants. On apprécie notamment ce dernier, très bien incarné par le juvénile Reeve Carney.

Penny dreadful reeve carney

Penny Dreadful est une série surprenante et finalement très convaincante. Le format très court de sa première saison — huit épisodes d’un peu moins de 60 minutes — évite la lassitude et offre une bonne entrée en matière. On sent le soin porté par John Logan aux décors, mais aussi à ses personnages très variés. Même si on peut trouver que mêler ainsi tous les grands récits fantastiques de l’époque est un peu facile et indigeste, il faut reconnaître que le mariage se fait bien, et qu’il est même assez amusant. Après cette introduction un peu courte, on a envie de voir la suite et Penny Dreadful est une réussite, ne serait-ce que pour cette raison. Après une première enquête, les scénaristes ont sous la main largement de quoi faire pour imaginer des saisons originales et portées par une ambiance toujours aussi prenante… souhaitons que ce soit le cas !


Penny Dreadful, saison 2

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(19 juillet 2015)

La première saison de Penny Dreadful était sympathique, la deuxième est excellente. La série a pris de l’ampleur avec cette suite bien plus cohérente et forte. L’intrigue se concentre autour d’un conflit diabolique que l’on suit avec beaucoup de plaisir. Le personnage de Vanessa Ives, interprété par Eva Green, est plus riche et intéressant encore et les autres personnages ne sont pas en reste. Showtime a d’ores et déjà renouvelé Penny Dreadful pour une troisième saison et autant dire que l’on a hâte de voir ce que cela donnera, d’autant que ces dix épisodes supplémentaires se terminent sur une situation très complexe pour la majorité des personnages…


Penny Dreadful, saison 3

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(10 juillet 2016)

Pensée dès le départ comme une trilogie, Penny Dreadful se termine logiquement avec cette troisième saison, plus courte que la précédente. John Logan ne laisse rien entendre, mais on se pose malgré tout la question : a-t-il vraiment eu toute latitude pour conclure sa série ? Non pas que cette saison soit vraiment mauvaise, mais sa conclusion est un petit peu précipitée, comme s’il manquait un ou deux épisodes au moins. Certains personnages clés changent de positions et le font trop rapidement, on n’y croit pas vraiment et c’est bien dommage. C’est surtout flagrant dans le dernier épisode, la bataille entre le bien et le mal qui se prépare depuis le départ est un petit peu bâclée, et la série se termine sur une note légèrement décevante.

Penny Dreadful reste dans l’ensemble une excellente surprise et une vraie réussite. Son point de départ est totalement improbable, mais John Logan a réussi à en faire quelque chose. Et si la première saison était un petit peu brouillonne, la suite gagne en cohérence alors que l’intrigue se concentre sur le personnage de Vanessa Ives et Dracula dans cette saison. Le paradoxe, c’est que le nombre de mythes ne cesse d’augmenter au fil des saisons, avec un passage aux États-Unis dans la dernière pour intégrer quelques éléments du côté des Apache. Le mythe de Dracula prend toute sa place, Penny Dreadful pioche aussi chez Robert Louis Stevenson pour récupérer le docteur Jekyll.

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Comment est-ce que tout cela tient la route ? Difficile à dire, mais c’est le cas et la série est très plaisante d’un bout à l’autre. Ce n’est jamais très sérieux, mais John Logan a pris son délire très au sérieux, ce qui est l’essentiel. À l’arrivée, Penny Dreadful mérite le détour si vous aimez le fantastique !