Pourquoi j’ai pas mangé mon père, Jamel Debbouze

Très librement inspiré du roman de Roy Lewis, Pourquoi j’ai pas mangé mon père est le premier passage à la réalisation pour Jamel Debbouze. L’acteur reste malgré tout devant les caméras, même si celles-ci restent virtuelles dans ce film d’animation mené en motion capture. Un projet extrêmement ambitieux — c’était la première fois qu’on utilisait cette technologie en France —, pour un meilleur résultat qu’on pouvait le craindre. Sur le plan technique, on reste très loin de ce que peut faire un Pixar aujourd’hui, même si les performances des acteurs sont bien retranscrites. Et sur le fond, Jamel Debbouze imagine une histoire pas très originale, mais plutôt bien menée. À l’arrivée, Pourquoi j’ai pas mangé mon père est un film d’animation plutôt mignon et parfois très drôle, surtout quand le fantôme de Louis de Funès apparaît à l’écran.

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Même si Jamel Debbouze s’est inspiré d’un roman pour imaginer le scénario du long-métrage, on pense beaucoup aux classiques de Disney et en particulier à l’un d’entre eux. La mise en place de l’histoire rappelle fortement Le Roi Lion avec ce fils de roi rejeté par sa communauté, mais qui revient une fois arrivé à l’âge adulte. Pourquoi j’ai pas mangé mon père trouve toutefois sa propre voie, en prenant des singes comme sujet principal, mais surtout en évoquant un bouleversement dans cette société fermée et stable. Le personnage principal, Édouard, est rejeté à la naissance en raison de sa petite taille. Il est jeté de l’arbre où les singes vivent et laissé pour mort, mais il a survécu et il a été recueilli par Ian, un singe simplet qui vit à l’écart des autres. Son frère devient l’héritier du trône et l’intrigue se met en place quand tous deux sont grands, et alors que le roi meurt. Pourtant, Jamel Debbouze ne s’intéresse pas tellement à la question de la couronne et de la légitimité du frère désigné à la naissance comme l’héritier, alors qu’il est né après son jumeau. Non, le vrai sujet qui l’intéresse, c’est plutôt la découverte de son personnage principal : rejeté par les siens, Édouard tombe de l’arbre, ce qui est synonyme de mort parmi ses semblables. Mais il découvre en fait un univers riche et pas nécessairement hostile, ce qui entraîne une série de bouleversements pour ce personnage et pour toute la communauté des simiens.

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On le voit venir assez vite, Pourquoi j’ai pas mangé mon père réimagine la naissance de l’humanité, mais sur un mode beaucoup plus léger que Stanley Kubrick dans 2001 : l’odyssée de l’espace. Ici, la découverte se fait sur le mode de l’accident : le personnage apprivoise le feu en récupérant une branche de bois enflammée par un éclair, il apprend à marcher sur ses deux pieds parce qu’il est trop petit pour atteindre des objets en hauteur et il « invente » ainsi progressivement tout ce qui constitue le propre de l’humanité. Sa rencontre avec une autre singe, nommée Lucy, doit évidemment nous mettre la puce à l’oreille : au fond, ce long-métrage revisite la naissance de l’humanité, rien de moins. Cela étant, Jamel Debbouze sait rester modeste et cette idée d’assister à la naissance de l’homme moderne n’est qu’un décor pour une œuvre moins ambitieuse. Le réalisateur, qui est aussi l’interprète principal, s’est manifestement inspiré de sa propre vie pour imaginer celle d’Édouard et il rejoue l’exclusion des banlieues dans ce long-métrage. Pourquoi j’ai pas mangé mon père évoque aussi la peur de la nouveauté, voire du progrès, qui n’est pas toujours vécu de façon positive, et le film brasse toutes ces thématiques de façon assez convaincante. Ce n’est pas jamais très original non plus, mais ce n’est pas l’objectif et il faut reconnaître que l’écriture est souvent très claire, et le récit fluide.

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À défaut de pouvoir jouer sur la technique, Pourquoi j’ai pas mangé mon père profite surtout de la personnalité de son créateur. L’animation n’est pas au niveau de celle de ses concurrents et même si la motion capture ajoute une touche d’originalité et permet de rester fidèle sur les mouvements des personnages, il y aurait beaucoup à redire sur les décors et les poils des animaux. Mais qu’importe, Jamel Debbouze a d’autres idées à faire valoir et il impose sa personnalité en même temps que son scénario. Si vous n’aimez pas l’acteur, vous n’aimerez pas ce film qui lui consacre une grosse part, mais à l’inverse, c’est aussi ce qui lui permet de se distinguer de la masse. Tout comme ce personnage inspiré par Louis de Funès avec beaucoup de justesse et qui provoque bon nombre de fous rires : c’est une excellente idée ! Pourquoi j’ai pas mangé mon père n’est pas un chef-d’œuvre, mais ce divertissement parvient à convaincre par son ton décalé et par la personnalité de son créateur.