Pourquoi l’iPod touch est un PDA (pour moi)

Suite à une discussion sur les forums de MacGeneration pour savoir si l’iPod touch était un PDA ou pas, j’ai voulu, après en avoir acheté un cet été et après l’avoir pas mal testé, donner une réponse un peu argumentée à cette question. Une réponse qui sera forcément personnelle puisqu’il semble que le point de désaccord principal tienne à la définition du PDA… D’ailleurs, commençons par là.

Qu’est-ce qu’un PDA ?

Si l’on commence par le classique Wikipedia, on apprend déjà que le terme PDA est l’acronyme de Personal Digital Assistant, que l’on pourrait traduire par Assistant personnel numérique, Wikipedia suggérant aussi ordinateur de poche comme traduction. D’après le bref historique, on apprend que les PDA sont issus des calculatrices dont ils n’étaient, au départ, que des évolutions. Cet article toujours donne trois utilisations courantes du PDA que sont le carnet d’adresse, l’agenda, et le bloc-note. Note intéressante pour ce propos, le terme même de « PDA » est apparu en 1992 de la bouche de l’actuel PDG d’Apple, John Sculley, alors qu’il présentait au CES de Las Vegas le Newton

Les articles de Wikipedia précisent que les PDA se présentent en général sous la forme d’un écran tactile permettant à l’utilisateur d’entrer des données, et/ou un clavier. On y apprend également qu’ils ont un processeur et de la mémoire, justifiant ainsi l’idée d’un ordinateur portable. Enfin, ils insistent sur leur capacité à se synchroniser, entre eux et/ou avec un vrai ordinateur, via diverses technologies le plus souvent sans fil.

Historiquement, quelques PDA ont marqué leur temps et leurs successeurs : on peut citer, chronologiquement, les Psion et leurs dérivés, le Newton d’Apple déjà mentionné, les Palm et leurs dérivés. Si les premiers datent du début des années 1990 (respectivement 19911 et 1992), les derniers ont commencé leur carrière en 1996, un ans avant le premier Blackberry, la même année que la sortie de Windows CE qui préfigurait Windows Mobile. Ainsi, tous les PDA que l’on connaît actuellement se sont formés dans ces années 1990.

Deux ancêtres : le Newton à gauche, le Psion Serie 3 à droite

Le point commun de tous ces appareils est leur capacité de collecter et gérer une série d’informations personnelles, qu’il s’agisse d’adresses et numéros de téléphones, de dates de rendez-vous, de notes ou tout autre information que l’utilisateur souhaite conserver. Fonctionnels de manière indépendante, ils peuvent aussi se synchroniser avec un ordinateur ou avec un autre appareil du même type.

Ainsi, si je devais tenter de donner une définition du PDA, je dirais : appareil mobile autonome mais synchronisable avec un ordinateur capable de gérer, c’est-à-dire lire et écrire, diverses données personnelles dont, obligatoirement, un carnet d’adresse et un agenda mais aussi d’autres données via des applications supplémentaires. C’est certainement une définition incomplète, mais ce sera la mienne.

Bon, et l’iPod touch alors ?

Au commencement était le blocage…2

Venons maintenant à l’iPod touch : présenté par Apple il y a un an de cela, en gros, soit quelques mois après la sortie de l’iPhone, nouveau téléphone de la marque à la pomme. La présentation de ce dernier, au printemps 2007, m’avait vraiment enthousiasmé car on nous avait présenté un appareil à l’interface jusque là inconnue. Je ne parle pas que de l’aspect purement visuel, mais aussi de l’ergonomie : à la fois multitouch et surtout doté d’une configuration interne musclée, l’iPhone semblait offrir à l’utilisateur une interface très fluide et simplifiée comme cette marque arrive à si bien les faire. En d’autres termes, venait enfin le PDA ultime à des années lumières de ce que la concurrence (soyons clairs et directs, la concurrence c’est Blackberry et Windows Mobile) offrait à la même époque.

Le PDA ? Cela ne semblait poser aucun problème en effet : Apple passe pour en être en grande partie l’inventeur avec le Newton, objet sans doute trop en avance sur son temps et qui n’a pas eu le succès qu’il aurait mérité, mais dont on comprend aujourd’hui le potentiel quand on le compare avec les Palms. L’iPhone fut ainsi très rapidement considéré comme le successeur du Newton, un Newton remis au goût du jour et surtout ajouté d’un téléphone portable. Rapidement ceci dit, des bémols légitimes furent avancés, le premier d’entre eux étant la volonté d’Apple de contrôler son nouveau joujou, en interdisant notamment le développement de logiciels supplémentaires. Là encore trop en avance sur son temps, j’en suis convaincu en tout cas, Apple a essayé de faire passer la pilule en mettant en avant les applications internet qui ne pouvaient cependant pas remplacer de vraies applications.

Quand l’iPod touch est sorti,le qualificatif de PDA a semblé encore plus usurpé que pour son grand frère au téléphone. En effet, l’utilisateur ne pouvait pas plus installer de nouvelles applications qu’il ne pouvait modifier les données contenues dans l’iPod touch. En clair, il s’agissait purement d’un nouvel iPod qui pouvait contenir un carnet d’adresse et un agenda — synchronisé via iTunes — mais en lecture seule. L’iPod touch présenté en septembre 2007 ne permettait donc pas de gérer ses données personnelles ; ce n’était pas un PDA.

Par la suite, Apple a corrigé le tir en publiant une mise à jour (payante…) permettant de lire et écrire carnet d’adresse et agenda. Mais il manquait toujours la possibilité de gérer d’autres données, liée à celle d’installer d’autres logiciels. Les applications web n’ont pas convaincu grand monde, malgré quelques bonnes idées mais il est vrai qu’elles ont tous les inconvénients de nécessiter une connexion Internet permanente (ce qui est normal avec un iPhone mais difficile avec un iPod touch) et surtout d’être moins souple qu’une application « normale ».

D’ailleurs, très rapidement, une équipe toujours plus importante de gens de par le monde se sont mis dans l’idée de développer des logiciels natifs pour les iPhone / iPod touch, avec le succès que l’on a connu pour ce SDK officieux et toutes les applications qui ont été créées avec lui.

iDieu présente l’iPhone lors de la Keynote…

Et la version 2.0 fut…3

Le succès des applications natives a sans doute convaincu Apple de changer d’orientation, et au printemps 2008 fut annoncé le SDK officiel qui allait permettre la création d’applications natives légalement. On nous l’a dit et redit depuis, ce SDK a eu un énorme succès, preuve de l’attente de la part des développeurs puis du grand public quand la version 2.0 fut disponible, en même temps que l’iPhone 3G. Pour les iPod touch, cette version fut disponible moyennant un nouveau passage au porte-monnaie (soupir).

Dès lors, je le dis sans l’ombre d’un doute, l’iPod touch est bien un PDA. Il me permet de gérer tous mes contacts, mon agenda, et tout ce que je souhaite lui faire gérer très facilement. Tout est synchronisé avec mon ordinateur, via le wifi, et souvent via MobileMe ce qui me permet en plus d’utiliser un système de Push bien pratique. Les applications pour i’Phone sont disponibles en masse via l’App Store, avec de nombreuses applications gratuites et payantes à bas prix. Grâce à elles, vous pouvez combler le manque principal, à mes yeux, dans les basiques de tout PDA, à savoir la gestion des tâches4. Les applications permettent aussi de gérer des notes très facilement et souvent avec une synchronisation à la clé (par exemple Evernote ou Younote — liens directs App Store). Enfin, et plus globalement, les applications permettent de gérer tout type de contenu grâce à des applications type base de donnée.

Plusieurs personnes réclament un explorateur et lecteur de fichiers pour faire de l’iPod touch un véritable PDA. Je doute sur le fait que ça soit indispensable, mais en effet, Apple n’offre pas de moyen simple de stocker des éléments, de les parcourir et de les lire. Des documents standards (audio et video pris en charge par l’iPod, PDF, les documents Office et les documents iWork) sont lisibles mais uniquement via l’application Mail. On peut donc s’envoyer un mail avec une pièce jointe, mais force est de constater que ça n’est pas pratique, surtout quand le nombre de fichiers concernés est important. Là encore cependant, l’App Store fournit tout ce qu’il faut : au moins quatre applications proposent en effet l’hébergement, via Wifi, de documents et la lecture de ceux-ci via une interface, directement sur l’iPod touch/iPhone. Si l’on n’a toujours pas accès aux documents et dossiers du système lui-même (et je me demande bien quel pourrait en être l’intérêt), on a ainsi une méthode efficace pour stocker et lire des documents.

Autre exemple de ce que permet une application et me semble utile pour un PDA : les applications de gestion de compte ou de dépenses se multiplient. J’aime particulièrement Balance qui est une application très simple mais gratuite me permettant d’enregistrer immédiatement toutes les dépenses que j’effectue, avant de les reporter dans mon tableur de compte à la maison.

J’ai eu deux « vrais » PDA avant d’avoir l’iPhone. Un Osaris, dérivé de Psion mais moins cher et un Handspring, dérivé de Palm mais moins cher. J’en ai fait des choses avec ces deux là, j’ai même appris à programmer pour le premier (enfin, disons que j’ai commencé à apprendre à programmer). Mais je n’ai fait, en tout et avec les deux cumulés, que le dixième du centième de ce que je fais quotidiennement avec mon iPod touch. Sans rire. Pour moi, ça en dit long sur l’aspect PDA de l’iPod touch…

En fait, bien plus qu’un PDA…5

S’il est évident, à mon sens, que l’iPod touch est bien un PDA, il est aussi bien plus que cela. Allons droit au but : à mes yeux, l’iPod touch représente, en miniature, l’ordinateur de demain, à savoir un terminal Internet. L’iPod touch, dans une moindre mesure que l’iPhone il est vrai, est d’abord un périphérique Internet. Safari permet, pour la première fois sur ce genre d’appareils, de vraiment naviguer sur Internet ; l’application Mail permet de relever ses mails mais aussi d’en écrire relativement facilement grâce au clavier virtuel que je trouve très performant ; et plus généralement, des tas d’applications utilisent abondamment Internet, que ce soit pour la géolocalisation, très utilisée, ou pour récupérer divers informations. Les multiples lecteurs RSS permettent de se tenir informé facilement de l’actualité. Tout cela peut paraître anecdotique, mais Chrome, le nouveau-venu dans la liste des navigateurs Internet signé Google le montre bien : l’avenir est aux applications Internet ! Il me semble que les iPod touch et iPhone ont, dans ce domaine de la mobilité, une avance sur la concurrence…

L’Internet apporte aussi un grand changement également pour la partie strictement musicale. En effet, si les iPod touch n’ont pas de radio intégrées, les applications de radio sont nombreuses, des plus classiques comme LiveRadio (lien direct) d’Orange qui se contentent de « streamer » des radios aux plus originales et intéressantes (à mon avis) comme Last.fm (idem) qui permet la création de stations de radio selon ses goûts. Par ailleurs, SimplifyMedia vous permet d’accéder n’importe où dans le monde, à la double condition d’avoir Internet et d’avoir laissé l’ordinateur allumé et connecté à Internet, à l’ensemble de votre musique. Ainsi, la limite mémoire des iPod touch n’est plus un problème ! Et je suis prêt à parier que ce genre de solutions va se développer dans l’avenir : Apple pourrait d’ailleurs très bien s’y mettre, puisque la fonction de partage de la librairie iTunes existe déjà.

Alors, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ?6

Humm, presque. L’iPod touch n’est pas parfait (mais qui le pourrait être ?) et a encore des défauts parfois gênants.

À mon avis, le plus gênant reste la gestion des applications par l’iPod touch. Bon, la récente mise à jour 2.1 a réglé un problème des plus irritant qui est que les mises à jours d’applications depuis l’iPod touch bouleversait l’ordre des applications. Mais reste le problème majeur à mon sens, qui est l’organisation par pages. Au début, c’était sympa, c’était joli, mais il n’y avait pas grand chose à y mettre, si ce n’est des adresses Internet. Mais avec l’App Store, les applications se sont multipliées rapidement (j’en ai actuellement 56, et pourtant je fais attention à supprimer celles que je ne veux pas garder) et l’organisation est vite devenue ingérable. Il faudrait au moins pouvoir les gérer depuis iTunes, parce que les déplacer de la première à la dernière page sur l’iPhone par exemple, relève vraiment du travail pénible, surtout si on doit répéter l’opération à de multiples reprises. Bon, maintenant que les applications ne bougent plus à chaque mise à jour, on ne le fait plus qu’une fois, c’est déjà ça de gagné. Il n’empêche qu’Apple devrait réfléchir, à mon sens, à une autre organisation, peut-être un Spotlight adapté au système iPhone…

Par ailleurs, toujours concernant les applications, je trouve certaines limites imposées à Apple via le SDK aux développeurs gênantes. Que la marque à la pomme souhaite éviter à nous, utilisateurs, des plantages ou instabilités, on ne peut qu’applaudir ! Mais si cela doit provoquer, in fine, des désagréments aux utilisateurs, alors je pense qu’il y a un problème. L’impossibilité de toucher aux applications intégrées, comme la partie iPod, pose parfois des problèmes, de même que l’impossibilité de tourner en tâche de fond (on aurait pu imaginer qu’une application ne tourne pas entièrement en tâche de fond mais seulement en partie, un petit bout). On attend toujours le système de Push notifications « promis »7 initialement par Apple pour la mise à jour 2.1 et manifestement absente (ou alors bien cachée) qui réglera, peut-être et partiellement, ce dernier problème.

Il manque aussi toujours le copier/coller qui aiderait bien ! Un développeur avait trouvé une idée géniale pour créer cette fonction tout en respectant les limitations du SDK. Malheureusement, il était question que la mise à jour 2.1 rende son idée impossible… Affaire à suivre donc.

Mais en fait, dès que j’essaie de dresser une liste des défauts de l’iPod touch, je m’arrête rapidement. Car s’il y en a, et si parfois je râle contre telle ou telle chose, les qualités de la bête sont telles qu’elles éclipsent totalement ses défauts. Et quand arrive le moment du bilan, il est toujours le même depuis que j’ai entre mes mains la bête : je n’en changerai pour rien au monde et dès que je peux m’offrir un forfait iPhone, je prends un iPhone et me débarrasse de mon téléphone actuel ! Car, finalement, l’iPhone est le seul appareil électronique à ma connaissance qui combine vraiment un lecteur multimédia, un PDA, un terminal Internet et un téléphone. C’est aussi simple que cela, mais c’est simplement génial.

(Image de couverture d’après Magritte)

  1. Date de sortie du Psion 3 : je sais qu’il y en a eu d’autres avant, comme l’Organizer mais c’est le premier avec le système EPOC. Avant, pouvait-on vraiment parler de PDA ? []
  2. D’après Jean []
  3. D’après Dieu []
  4. Je recommande à ce jour Things (lien direct App Store), mais je n’ai pas testé OmniFocus (idem), son principal concurrent. À noter que ces deux logiciels n’ont vraiment de sens que sur Mac puisqu’ils se synchronisent tous deux avec une application Mac OS. []
  5. D’après, euh… moi ? []
  6. D’après Pangloss []
  7. En fait, je ne crois pas que ce soit le cas, donc ça viendra mais iDieu seul sait quand… []