The Red Riding Trilogy : 1974, Julian Jarrold

The Red Riding Trilogy regroupe, comme son nom l’indique clairement, trois films nommés simplement 1974, 1980 et 1983. Trilogie policière ambitieuse sur neuf ans adaptée d’une tétralogie de David Peace (nommée logiquement The Red Riding Quartet), elle fut totalement absente lors de sa sortie en salles en novembre dernier. Il fallait vraiment le vouloir pour réussir à voir les trois films qui ne passaient que dans une poignée de salles, et encore avec une ou deux séances par jour au mieux. Autant dire mission impossible et j’avais raté ces films qui avaient pourtant reçu des critiques très positives. La sortie en DVD permet de pallier cette non-sortie française tout en confirmant que ces films auraient mérité une sortie digne de ce nom.

La trilogie s’ouvre avec 1974. Comme dans les séries policières, ce film a la lourde tâche d’exposer l’intrigue qui sera ensuite déroulée dans les deux films suivants. Julian Jarrold, réalisateur sur ce premier épisode, s’en sort très bien en créant une atmosphère oppressante et en instaurant une tension qui tient le film de manière remarquable. Captivant.

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La trilogie Red Riding se déroule dans le Yorkshire, au Nord de l’Angleterre. Eddie Dunford est un jeune journaliste débutant et plein encore de naïveté. Il est aussi ambitieux et entend bien faire sa place au sein de son journal et prendre la place du responsable de l’actualité criminelle. Cela tombe bien, on le charge de la mort d’une jeune fille torturée et violée avant d’être étranglée. Un crime barbare qui n’est pas isolé comme le constate notre jeune reporter. Plusieurs cas similaires dans le Yorkshire peuvent être reliés par un tueur commun. Mais en s’engageant sur cette enquête, Eddie ne sait pas dans quoi il se fourre. Il comprend vite que l’histoire dépasse la simple affaire criminelle et alors qu’il se révèle très efficace et approche de la vérité, il multiplie les rencontres désagréables avec la police du coin.

The Red Riding Trilogy est en effet, au-delà de l’enquête policière, une dénonciation de la corruption de la police et de la mafia du Yorkshire. Moins organisée qu’en Italie, certes, la mafia y est néanmoins active et se caractérise de manière très classique par le contrôle complet de la police et de la justice, bloquant ainsi toute échappatoire. 1974 tout particulièrement laisse passer au second plan l’intrigue purement policière pour mieux se consacrer à décrire les relations douteuses entre les plus hauts cadres de la police et un homme d’affaires pas très net. Eddie ne semble pas avoir conscience du danger qui le menace et il s’engage tête baissée alors qu’on lui offre des échappatoires. Le film évoque un conflit générationnel : sa génération qui n’a pas connu la guerre est jugée idéaliste et stupide. Même si le film n’est pas un film de société, on retrouve évidemment là l’influence des conflits de la fin des années 1960. Face à ces idéaux, la société corrompue filmée par Julian Jarrold fait froid dans le dos : la police torture impunément les gêneurs sur ordre des mafieux intouchables et extrêmement puissants.

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1974 est très efficace sur cette dénonciation, même si le film ne se fait jamais pamphlet, ne serait-ce qu’en raison de la différence temporelle. On ne peut néanmoins que s’indigner, impuissants, face à tout ce que subit ce jeune journaliste en quête de vérité à qui on enlève tout, ses amis, ses amours. La trilogie s’ouvre à peine que celui qui semble en constituer le héros subit les pires désagréments jusqu’à cette fin que je ne dévoilerai pas, mais qui est pour le moins ouverte et pleine de suspense. L’indignation du journaliste a beau être rejointe par celle du spectateur, le film ne fait rien pour la calmer et il instaure un climat extrêmement noir et déprimant. Rien, absolument rien ne sourit aux personnages à l’image de l’atmosphère pesante et froide du Yorkshire. Quand il ne pleut pas, les nuages sont bas et menaçants et les bars à l’atmosphère voilée par la cigarette sont glauques à souhait. Qu’on se le dise, la Red Riding Trilogy n’est pas une série réjouissante et gaie.

The Red Riding Trilogy a été tournée à l’origine pour la télévision britannique, en guise de feuilleton télévisé. Il s’agit donc de téléfilms sortis sur grand écran uniquement à l’international. Et de fait, on retrouve dans 1974 des principes propres aux téléfilms, à commencer par l’enquête en trois épisodes qui aurait d’ailleurs dû en faire quatre si les producteurs avaient eu les moyens d’adapter les quatre tomes de la tétralogie de David Peace. La fin ressemble fort à un cliff-hanger qui donne vraiment envie de voir la suite, tandis que la galerie de personnages et la complexité de l’intrigue sont autant d’éléments habituellement rares au cinéma et qui sont rendus possibles ici par la durée de l’ensemble. Néanmoins, The Red Riding Trilogy avait indéniablement sa place au cinéma : 1974 est plus ambitieux et mieux réalisé que bon nombre de films réguliers et il est largement au-dessus du lot de la moyenne des séries télévisées. La seule série qui se rapproche de cette trilogie, notamment en matière d’atmosphère, est Twin Peaks, série mythique réalisée par David Lynch1. Les acteurs ne sont pas en outre de parfaits inconnus débutants et que ce soit Andrew Garfield (déjà vu dans Boy-A entre autres) ou Sean Benn en mafieux sympa, ils sont tous excellents.

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1974 offre une entrée en matière riche et passionnante à la trilogie Red Riding ! Je n’ai pas encore vu les deux films suivants, mais cette première entrée dans le Yorkshire pluvieux et mafieux m’a vraiment captivé et la fin m’a coupé le souffle. J’ai hâte de voir ce que 1980 et 1983 réservent, mais rien que ce premier film justifie à lui seul l’existence de la série.

Peu d’avis sur la blogosphère, mais je dois signaler la critique très positive de Rob Gordon sans qui je n’aurais pu voir la trilogie (du moins par des voies légales) puisqu’il m’a permis de gagner un exemplaire du coffret DVD. On trouve aussi une critique de l’ensemble de la trilogie chez Laterna Magika et CinéManiaC.

  1. Je reconnais aisément néanmoins que j’ai vu vraiment très peu de séries policières, donc il est tout à fait probable que j’oublie une autre excellente série… []