Servant, Tony Basgallop (Apple TV+)

La première saison de Servant pose ses caméras dans une maison cossue de Philadelphie et n’en sort jamais, si ce n’est pour aller sur le trottoir juste devant. C’est un quasi huis-clos que compose Tony Basgallop pour ces dix épisodes d’une demi-heure qui se construisent presque exclusivement sur le suspense et les mystères d’une intrigue dévoilée très progressivement. Si vous l’avez regardé au fur et à mesure de sa sortie originale, un épisode par semaine sur Apple TV+, vous aurez certainement trouvé le temps un petit peu long. Et même en regardant la saison d’un seul bloc, Servant souffre de quelques longueurs et aurait mérité un traitement plus ramassé. Néanmoins, le mystère est suffisamment touffu pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout, et ces débuts de série valent bien la peine d’être vus.

Le pilote met en scène une famille aisée, mais sinon tout à fait banale de Philadelphie. Une présentatrice sur la chaîne de télévision locale, un cuisinier qui élabore des recettes dans sa cuisine, un bambin de quelques semaines seulement et une nounou qui va venir aider la maman à reprendre son travail. Quoi de plus normal ? Servant surprend toutefois très vite quand Sean prend son bébé par le pied, lui tape la tête sur le berceau et le pose négligemment sur ses genoux. Tony Basgallop ne traite pas de maltraitance infantile toutefois, il s’agit en fait d’un poupon créé pour ressembler au mieux à Jericho, l’enfant perdu quelques semaines plus tôt. Sa mort a plongé Dorothy dans une critique catatonique, dont elle n’est sortie qu’avec cette poupée. Mais de là à engager une nounou ? Au grand désespoir de Sean, Leanne joue le jeu elle aussi et traite la réplique comme s’il s’agissait d’un enfant. On pourrait avoir là les bases d’un bon drame familial, sauf que Servant appartient à un tout autre genre et le pilote se termine sur le berceau, où un Jericho bien vivant pleure. À partir de cette idée de base, le scénario lève très progressivement le voile sur les mystères qui entourent la résurrection et son instigatrice présumée. Leanne est une jeune fille très pieuse qui détonne dans cette famille athée et Sean s’en méfie comme de la peste. Surtout qu’il a caché la mort de son enfant, un coup manigancé avec son beau-frère Julian. Quatre personnages principaux et une unité de lieu digne du théâtre, l’œuvre originale d’Apple TV+ ne repose pas sur des moyens importants pour se déployer. De fait, tout se met en place sur des questions qui s’accumulent jusqu’à la fin. Est-ce le bébé d’une autre famille substitué au poupon ? Pourquoi est-ce que Sean se met à avoir des échardes dans tout le corps et perd le goût ? Est-ce que Dorothy a vraiment oublié son enfant mort ? Que cherche Leanne exactement ? Par petites touches, le mystère s’épaissit jusqu’au final plein de révélations et de quelques explications — mais pas trop, la série doit en garder sous le coude pour une deuxième saison —, mais entre les deux, elle patine parfois un petit peu. Tony Basgallop aurait peut-être pu s’économiser un épisode ou deux qui n’apportent pas grand-chose, mais ils sont fort heureusement assez courts pour ne jamais ennuyer totalement. Et puis les deux derniers épisodes, chacun à leur manière, sont si pleins en émotions puis en révélations que l’on pardonne aisément ces petits passages à vide.

Servant devra forcément emprunter une voie assez différente pour persévérer dans les saisons suivantes. M. Night Shyalaman qui a travaillé sur la série pense avoir de quoi écrire six saisons de 10 épisodes en tout. On peut être sceptique, mais qu’importe la suite au fond, la série tient déjà la route comme un tout cohérent. Et son mystère autour de cette étrange fille qui débarque dans cette famille bizarre est suffisamment bien écrit et tenu pour que l’on puisse recommander les dix premiers épisodes. Est-ce que Tony Basgallop aura la bonne idée pour une suite ? En attendant de le savoir, les amateurs de suspense teinté de fantastique auraient tort de ne pas regarder Servant.