Snowfall, John Singleton, Eric Amadio et Dave Andron (FX)

Snowfall s’intéresse à nouveau à l’univers de la drogue et à la mafia qui l’entoure, mais la série créée par FX opte pour un angle un petit peu plus original que la moyenne. L’intrigue se déroule dans les années 1980 à Los Angeles, juste au moment où le crack commence à envahir les rues les plus pauvres. Si les mafias sud-américaines sont bien présentes, elles sont davantage un décor pour la véritable histoire, celle d’un jeune afro-américain qui trouve comment devenir extrêmement riche grâce à cette nouvelle drogue. John Singleton, Eric Amadio et Dave Andron commencent très lentement, mais le rythme s’intensifie à partir de la deuxième saison et Snowfall s’améliore nettement. Sans être particulièrement brillante, cette série de FX est portée par des personnages bien écrits et d’excellents acteurs. Un divertissement solide.

Quand Snowfall commence, le crack n’existe pas encore et le monde de la drogue est séparé en deux univers complètement opaque. Chez les riches blancs de Los Angeles et aussi dans la communauté latino, la cocaïne venue d’Amérique du Sud coule à flot. Pour les afro-américains, cette drogue reste inaccessible par son prix et c’est la marijuana qui l’emporte. Deux mondes totalement indépendants, qui se croisent quand Franklin Saint tombe presque par hasard sur Avi, un Israélien qui fournit de la cocaïne dans toute la ville. Franklin, 19 ans et simple dealer d’herbe pour son oncle, y va au culot et repart avec un kilogramme de drogue, avec l’espoir de la vendre dans son quartier. Cette opposition de deux univers à travers de la prisme de la drogue est une idée originale pour lancer une série sur le sujet. Toute la première saison de Snowfall prend d’ailleurs son temps pour poser les enjeux et les personnages. Une démarche saine, mais qui s’étire un petit peu trop en longueur et qui trahit probablement davantage un manque de moyens. Comme en témoignent d’ailleurs les ellipses systématiques entre les épisodes : on termine sur la promesse d’une action quelconque, l’épisode suivant reprend quand elle est complètement terminée. Ce procédé évite les scènes ratées faute de budget, c’est une bonne chose sur ce plan, mais ces dix premiers épisodes sont un peu longuets et il ne se passe vraiment pas grand-chose. Prenez patience toutefois, le rythme s’accélère dès la deuxième saison, le budget a sans doute été un petit peu élargi et la série devient bien plus passionnante.

La bonne idée des scénaristes est de maintenir cette opposition des mondes et de traiter les questions sociales qui sont liées. Certes, Franklin devient assez rapidement un puissant baron de la drogue et sa famille est très vite extrêmement riche, mais Snowfall n’oublie pas ses origines modestes pour autant, ni la question centrale du racisme. La communauté afro-américaine est complètement dans une bulle, délaissée par la ville et par les forces de l’ordre. C’est ce qui permet au trafic de drogue de se mettre en place aussi vite quand le crack débarque, ce sous-produit de la cocaïne qui est vendu une misère et procure un effet aussi intense que bref. Pour le personnage principal de la série, c’est une opportunité financière et il se ment à lui-même et à qui veut bien l’entendre en disant agir pour le bien de sa communauté. Comme nous le savons avec le recul, c’est tout l’inverse qui se produit, le crack agit comme une épidémie qui s’empare et détruit complètement les plus pauvres. Snowfall aurait pu survoler le sujet pour la forme et se concentrer sur la drogue, mais les scénaristes optent pour une approche plus intéressante, en confrontant Franklin aux effets de sa drogue. Plusieurs personnages tombent ainsi dans l’addiction et finissent dans un sale état, y compris quelqu’un de très proche et cette confrontation est une très bonne idée. On aurait même aimé que la série reste davantage sur ce sujet, et accorde moins d’importance aux arcs narratifs secondaires, en particulier toute la partie cartel de la drogue qui n’apporte pas grand-chose. En revanche, l’implication de la CIA qui est au cœur du trafic alors même que le Président des États-Unis est censé mener sa guerre contre la drogue est un fait trop peu connu qui méritait d’être mis en lumière comme la création de FX l’a fait.

Après trois saisons, Snowfall s’est avérée être une très bonne série, pas très originale en soi même si ses choix précis la distinguent de la majorité des productions sur la drogue. Le casting est très bon, avec une mention spéciale pour le jeune Damson Idris qui est vraiment parfaitement à son aise dans le rôle de Franklin. À défaut d’atteindre l’excellence, ces trois premières saisons méritent le détour et on espère que la suite sera à la hauteur. La fin de la troisième saison laisse subsister quelques doutes, on ne comprend pas forcément l’orientation suivie par le scénario, mais c’est peut-être aussi l’occasion d’un renouvellement. Quoi qu’il en soit, Snowfall est suffisamment réussie pour être recommandée, même si vous avez déjà l’impression d’avoir tout vu toutes les séries imaginables sur l’univers de la drogue.