Star Wars, Épisode IX : L’Ascension de Skywalker, J.J. Abrams

Dans ma critique de ‌Star Wars, Épisode VIII : Les Derniers Jedi, j’écrivais : « On est toujours dans un univers familier, il y a toujours des personnages familiers, mais la saga se débarrasse de son passé pour évoluer vers autre chose. On ne peut que s’en réjouir. ». Nous nous en réjouissions peut-être, mais il y en a un qui devait trépigner sur son siège de producteur exécutif. J.J. Abrams est de retour sur la plus célèbre saga de l’histoire du cinéma pour offrir une fin à la trilogie qui offrira aussi une conclusion globale au récit. Et pour la clé de voute de cette série de neuf films imaginée dans les années 1970 par George Lucas, le réalisateur n’a manifestement pas beaucoup apprécié les voies nouvelles ouvertes par Rian Johnson sur l’épisode précédent. ‌Star Wars, Épisode IX : L’Ascension de Skywalker revient dans la droite lignée de l’Épisode VII, sur le mode de l’hommage à la trilogie originale, à la limite de la répétition. Mais ce que l’on pouvait encore excuser pour le retour de la saga après une quinzaine d’années n’est plus acceptable à ce stade. J.J. Abrams se contente de moderniser le travail de George Lucas avec des effets spéciaux plus réalistes et plus d’ambition technique, mais il raconte toujours la même histoire et semble incapable de trouver de nouvelles pistes, plus pertinentes aujourd’hui. À réserver aux fans, qui seront soulagés que la saga trouve enfin un point final1.

Attention, spoilers en vue.

‌Star Wars, Épisode IX : L’Ascension de Skywalker reprend un an environ après les évènements de l’épisode précédent. J.J. Abrams respecte scrupuleusement les conventions, avec le résumé de l’intrigue qui défile en grosses lettres jaunes, puis la transition sur un fond spatial et l’arrivée soudaine de vaisseaux, mais il ne commence pas immédiatement son histoire principale. C’est tout un symbole même : au lieu d’enchaîner, il se permet un flashback, denrée rare dans la saga, qui nous ramène à la fin de ‌Star Wars, Épisode VII : Le Réveil de la Force, « son » Star Wars. Comme s’il voulait annihiler tout le travail réalisé par son prédécesseur, comme si cette trilogie s’était réduite à deux films. C’est même une obsession du réalisateur, qui le fait savoir par un ensemble de choix qui annulent ceux Ryan Johnson. Le casque de Kylo Ren brisé dans le volet précédent ? Il est reconstruit dans celui-ci. La filiation de Rey qui était centrale dans le 7 et éliminée rapidement dans le 8 ? Elle revient au cœur du scénario, avec d’ailleurs une réponse vraiment peu inspirée. Quoi qu’il en soit, ce retour en arrière sert à introduire le grand méchant de ce neuvième épisode, une tête bien connue dans l’univers imaginé par George Lucas, puisque ce n’est rien de moins que Palpatine, l’Empereur de la trilogie originale, et le Sith masqué dans le Parlement de la prélogie. Un choix surprenant et qui n’est jamais justifié, on nous explique juste qu’il a survécu aux événements de l’Épisode VI2, ce qui est tout à fait possible, et qu’il tire les ficelles derrière le Premier Ordre depuis lors. Pourquoi pas, même si le scénario ne justifie jamais ses motivations et se contente de nous le présenter comme le plus grand méchant de tous les temps, qui a collecté tous les pouvoirs de tous les Sith et qui ne rêve que de détruire les Jedi. Le même discours qu’à son accession au pouvoir présentée dans l’Épisode III et ce retour du personnage trahit surtout la paresse de ce film, qui ne parvient vraiment pas à oublier le trio des années 1970 et 1980. On sait que J.J. Abrams est un fan, il a d’ailleurs bien eu l’occasion de le prouver avec son premier travail sur la saga, mais on découvre ici qu’il est bloqué et incapable d’imaginer la moindre innovation.

Vous me direz que l’Épisode VII le montrait déjà, avec un scénario qui était un calque quasiment parfait de l’Épisode IV. Vous auriez bien raison, et c’était un défaut en effet, mais qui pouvait se comprendre par le désir de passer le relai, en rendant un hommage à l’œuvre originale et en créant les bases pour une nouvelle fondation. Ryan Johnson avait suivi cette voie en cherchant à introduire des idées nouvelles, cette conclusion détruit totalement ses efforts en recopiant à nouveau l’esprit de la première trilogie. Il ne recopie pas tel que l’Épisode VI, qui était assez simple avec deux parties essentiellement et une longue bataille finale. Trop simple pour un blockbuster moderne et J.J. Abrams multiplie à la place les lieux et les intrigues secondaires. Il faut trouver la planète secrète où se cache Palpatine, et pour cela obtenir une sorte de boussole du mal qui indique sa direction, ce qui implique de retrouver d’abord un indice laissé à bord d’un vaisseau abandonné sur une planète désertique3… bref, vous avez compris l’idée. ‌Star Wars, Épisode IX : L’Ascension de Skywalker ne manque pas de rebondissements et on passe d’une planète à l’autre avec une facilité déconcertante, c’est le principe même du Space Opera après tout. Le problème, c’est ce sentiment de déjà-vu qui ne nous quitte jamais vraiment, cette impression d’avoir déjà tout vu dans un épisode précédent. La cantina de l’Épisode IV semble avoir été recréée à l’identique, la deuxième planète de la mort créée par l’Empire fait son retour, les éclairs de Palpatine n’ont pas changé, la force permet de changer l’opinion de quelques stormtroopers, il faut sauver un prisonnier d’un vaisseau ennemi… on est clairement en terrain connu, à tel point que cela en devient lassant. D’autant qu’on n’est plus dans l’hommage à ce stade, le réalisateur tient à rester aussi proche des films originaux que possible, et il ne fait pas dans la dentelle.

Le retour de Palpatine — en guise de vengeance pour la mort expéditive de Snore peut-être ? — ne vous avait pas suffi ? Que diriez-vous de revoir Luke Skywalker, pourtant éliminé dans l’Épisode VIII ? Cette suite ne lui offre pas une résurrection, mais comme c’est un Jedi, son esprit peut-être là (et attraper un sabre laser en vol, passons…). Sa sœur, Leia, n’avait pas été tuée par Ryan Johnson, mais il lui offrait une belle porte de sortie, qui n’a pas convaincu son successeur. Il l’a ramène de force dans cet épisode, alors même que Carrie Fisher est décédée avant le tournage, et pour un rôle assez inutile qui plus est. Mais ce n’est pas tout, Lando est là dans exactement le même rôle, en plus vieux, Chewbacca ne bouge pas, pas plus que C-3PO qui a un rôle déterminant dans l’histoire, sans oublier BB-8 et un petit drone de plus pour la route, il faut bien vendre des jouets. Passons, mais ne pouvait-on pas laisser ce pauvre Han Solo en paix ? Cette manière de toujours faire appel au passé est symptomatique du travail de J.J. Abrams et on n’en sort jamais, cela se retrouve partout et notamment sur le traitement de l’histoire. Pourquoi est-ce que tout le monde doit avoir une histoire d’amour4 ? Et pourquoi est-ce que des anciens Stormtroopers décident de descendre la totalité de la flotte ennemie, sans se soucier de leurs camarades qui vont mourir sans rien avoir demandé et qui auraient peut-être voulu se révolter, eux aussi ? On est dans les schémas de pensée les plus manichéens qui soient, sans aucune subtilité sur les rôles, et c’est vraiment décevant. Même la relation entre Rey et Kylo Ron, le point fort de cette nouvelle trilogie, en pâtit quelque peu ici. Daisy Ridley et Adam Driver sont toujours très bien dans leurs personnages et ils parviennent à sauver quelques scènes, mais le scénario ne les aide pas. On ne comprend pas comment on passe d’une projection par la pensée à cette magie étrange où les objets peuvent passer d’un personnage à l’autre. Et surtout, la fin pour les deux personnages est ridicule, pleine de clichés (la scène du bisou, franchement) et de facilités (il peut la sauver et pas l’inverse, mais pourquoi ?), et embourbée dans une nostalgie de plus en plus grossière. La dernière scène sur Tatooine ne relève plus de l’hommage, c’est du fan service paresseux et sans intérêt.

Quand la traditionnelle musique du Finale composée par George Williams5 retentit à la fin, on ressent d’abord du soulagement. Soulagement que ‌Star Wars, Épisode IX : L’Ascension de Skywalker se termine enfin, parce que la séquence de bataille entre deux flottes immenses et entre le maître des Siths et les derniers Jedi restants, on l’a déjà vue et on commençait à s’ennuyer. Soulagement que la saga originale imaginée par George Lucas trouve enfin sa conclusion surtout. Disney n’a pas voulu froisser les fans en restant proches de la trilogie mythique, on peut le comprendre, mais en refusant absolument toute innovation, cette saga s’est perdue dans la nostalgie passéiste et dépassée6. Est-ce que Colin Trevorrow, engagé au départ pour écrire et réaliser le film, aurait vraiment fait mieux ? Peut-être pas, mais J.J. Abrams est tellement bloqué par son admiration pour l’œuvre originale qu’il signe avec ‌Star Wars, Épisode IX : L’Ascension de Skywalker une relecture sans grand intérêt. Cette conclusion faite, le propriétaire de la licence pourra peut-être innover plus franchement à l’avenir et d’ailleurs, le prochain film prévu pour 2022 devrait être complètement différent. Tant mieux, la saga parallèle A Star Wars Story a déjà prouvé que cet univers n’avait pas dit son dernier mot, à condition de ne pas le tuer à trop respecter le passé.


  1. Sous réserve que Disney ne fasse pas un coup tordu… après tout, il y a suffisamment de pistes pour laisser envisager encore plusieurs trilogies à la suite si on le voulait. 
  2. Pour ceux qui n’auraient pas suivi les épisodes précédents, mais qui malgré tout ont vu ce film (mais pourquoi ?) et se demandent ce qui se passe : à la fin de la trilogie originale, Dark Vador sauve son fils en balançant l’Empereur dans l’espace. On supposait qu’il était mort à cette occasion, sans en avoir la preuve… et pour cause. 
  3. Encore une… 
  4. Hétérosexuelle, bien entendu. Alors certes, Disney a fait une énorme concession en glissant un discret bisou entre deux femmes. Si si, c’est à la toute fin et ne clignez pas des yeux, vous pourriez le rater. À ce niveau, il aurait été sans doute préférable de ne rien faire du tout, cela aurait été moins insultant. 
  5. Qui, au passage, ne s’est pas trop foulé sur la bande-originale. Il a déjà déclaré que ce sera sa dernière pour Star Wars et on peut comprendre qu’il soit lassé. Il avait trouvé quelques thèmes originaux et variations intéressantes pour cette saga, qu’il reprend et mélange avec les anciens pour cet ultime composition. Pas très original, mais toujours efficace, il faut bien l’admettre. 
  6. OK boomer.