Star Wars, The Clone Wars : ou comment l’animation libère

Après une inscription sans histoire à la fac, j’ai décidé de renouveler mes séances cinématographiques parisiennes par un film léger, à savoir Star Wars, The Clone Wars. Il ne s’agit pas d’un nouvel épisode de Star Wars, George Lucas tenant sa promesse, jusque là, de ne pas faire d’autres films. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un film réalisé par George Lucas, même si celui, en tant que producteur exclusif, est bien sûr derrière le projet.

Alors, qu’est-ce ? Un film d’animation déjà, et surtout une introduction à une nouvelle série télévisée. Je dis nouvelle car il y en a déjà eu une, en 2003 que je n’ai, honteusement, jamais vu (je vais tâcher de réparer cette erreur insupportable dans les plus brefs délais d’ailleurs). L’histoire du film se déroule en pleine guerre des clones, comme son titre l’indique, et entre les épisodes 2 et 3 des films, avant qu’Anakin devienne méchant, et en plein milieu d’une guerre terrible. On suit dans ce film les aventures d’Anakin Skylwalker et de sa jeune novice, Ashoka mais aussi celles d’Obi-Wan Kenobi. On sent très bien la volonté de « coller » un maximum aux films, les personnages ayant un air, vague il est vrai, des acteurs des films.

Mais Star Wars : The Clone Wars n’est pas un épisode de plus dans la série Star Wars parce qu’une différence essentielle le sépare du reste : l’animation. Visuellement en effet, et c’est ce que l’on voit en premier, l’animation change beaucoup de chose, d’autant que l’on est loin, ici, de la beauté époustouflante d’un Wall-E ou du « réalisme » de la prélogie originale. l’animation est vieillotte, en tout cas simple mais c’est totalement voulu et assumé. Si cela a manifestement géné des critiques et des spectateurs, moi pas du tout. Les personnages sont comme taillés à la serpe dans du bois (les Inrocks évoquent poétiquement les statues de l’île de Pâques) : c’est ce qui explique que leur ressemblance avec les acteurs des films n’est que vague, mais ce choix m’a convenu parfaitement. Globalement, disons-le carrément, l’animation est pauvre et certainement pas au niveau de ce que l’on fait aujourd’hui. C’est, typiquement, une animation de dessins animés tels que ceux qui passent le matin à la télévision (pour ce que j’en sais en tout cas). Elle rappelle aussi les jeux auxquels je pouvaient jouer, donc des jeux plutôt anciens, tout en angles et en textures pauvres.

Mais cette animation change tout pour une raison bien précise, et sur ce point je rejoins totalement la critique des Inrockuptibles1. L’animation offre à ce film de la souplesse, et ce qu’il perd en réalisme graphique, il le gagne en modestie et finalement et paradoxalement en réalisme non pas sur la forme mais sur le fond. Je m’explique : les derniers films de la série, aussi satisfaisants fussent-ils pour l’ultra fan que je suis (disons le franchement, dès qu’il s’agit de Star Wars, je perd tout jugement critique raisonnable) étaient englués dans la technique. George Lucas, tel un gamin avec ses jouets, n’a pas su gérer les nouvelles technologies et s’est fait manipuler par elles, si j’ose dire. La technique l’a emporté principalement sur le jeu des acteurs : à force de ne les faire jouer que devant des écrans verts ou bleus, ces acteurs ont perdu tout sens du jeu et se sont mis à réciter des textes, un peu bêtement. Dans l’épisode trois, c’était flagrant : les acteurs récitaient un texte d’ailleurs totalement ridicule, ce qui rendaient les scènes ridicules, surtout les scènes d’amour. Je rejoins encore les Inrockuptibles qua

nd ils apportent l’exemple de Speed Racer pour expliciter leur point : dans ce film en effet, la technique est totalement soumise à un film rendu spectaculaire et génial par cette technique totalement domptée.

Avec l’animation donc, ce film modeste devient plus réaliste et plus léger. Plus réaliste car l’animation peu réaliste ne rend pas les actions des personnages absurdes. Les personnages sautent comme des sauterelles un peu partout, mais cela passe grâce à l’animation. Ce film est aussi beaucoup plus léger, et l’on retrouve bien ici ses origines de série grand public : allant à contre courant des films, très très noirs (surtout le dernier), Star Wars : The Cl

one Wars est en effet souvent drôle (on sourit en tout cas), surtout à cause de droïdes particulièrement imbéciles. Les personnages sont beaucoup plus légers, font des blagues, plaisantent, bref c’est la bonne ambiance alors que l’on est en pleine guerre. Tout comme le film, ils ne se prennent pas au sérieux et, comme le soulignent les Inrocks, cette légèreté apporte une « soudaine bouffée d’air frais ». D’autant que l’intrigue du film (ramener à Jabba le Hunt son fils kidnappé) incite à plus de légèreté.

Autre changement que j’ai remarqué immédiatement, la musique. Ici, plus de John Williams mais une musique qui revisite les classiques de John Williams (on retrouve les thèmes, mais pas les morceaux à l’identique) mais surtout une musique qui n’est plus exclusivement classique. Il y a du rock, parfois même du hard-rock. J’ai bien aimé pour ma part, cela participe du rythme du film et de son renouvellement… Puisque l’on est sur le son, j’ai vu le film en VF et cela ne gène pas du tout, contrairement aux films2.

Bon, il est temps de conclure. Que penser alors de ce Star Wars : The Clone Wars ? Je vais répondre en deux temps. Objectivement, ce film n’est pas terrible pour les plus de 10/12 ans. Graphiquement dépassé, l’intrigue bien légère n’intéressera pas grand monde et agacera les plus grands.

Mais pour les fans, je pense que ce film vaut la peine. Ne serait-ce que pour le plaisir énorme de revoir à l’écran « Il était une fois dans une galaxie très très lointaine… », quelque chose qu’on pensait ne jamais revoir sur grand écran. Ne serait-ce que parce qu’il s’agit de Star Wars, quand même ! Bon par contre, que les fans ne s’attendent pas à des révélations sur l’univers… Quand on y pense, ce film ressemble à s’y méprendre à un épisode de la future série : on pourrait très bien le rater et ne rien rater à l’ensemble. On n’apprend donc rien de bien important. Mais aussi parce que ce film d’animation a un côté frais et léger très plaisant, je trouve, après les deux derniers épisodes très noirs et lourds.

Un film à réserver aux fans donc, mais pas à ceux qui n’accepteraient pas des changements, parfois importants, par rapport aux trilogies initiales…

  1. Pour une fois que c’est le cas, je me dois de le souligner… []
  2. L’épisode 3, je l’avais vu d’abord en VF puis en VO : en VF, j’avais vraiment pas aimé tellement les dialogues étaient ridicules ; en VO, ils l’étaient aussi, mais c’est passé… []