Trying, Andy Wolton (Apple TV+)

Trying, c’est Nikki et Jason qui découvrent qu’ils ne peuvent pas avoir d’enfant naturellement. Ce couple de trentenaires londoniens a tout fait pour élargir leur famille, mais les médecins sont formels : il ont très peu de chance. Comme ils désirent vraiment avoir un enfant, ils songent à l’adoption et la série créée par Andy Wolton suit le véritable parcours du combattant qui s’annonce pour eux. En huit épisodes d’une demi-heure, la première saison de cette création Apple TV+ parvient à créer des personnages crédibles et solides, avec cet air si « british » que la fiction britannique peut adopter. Trying a des échos de Fleabag par son humour noir, mais la série trouve sa propre voie et elle évoque un sujet trop rare qui justifie amplement de la voir.

Même s’il y a une bonne galerie de personnages secondaires autour d’eux, tout repose dans Trying sur Jason et Nikki, le couple qui veut adopter. Pour que la série fonctionne, il fallait d’abord un duo qui fonctionne et Andy Wolton l’a assurément trouvé avec Rafe Spall et Esther Smith. Les deux acteurs composent un foyer à la fois très banal et atypique, une famille londonienne comme il en existe des milliers et en même temps un couple que l’on retient dès les premières scènes. Le scénario introduit rapidement les deux protagonistes et leurs défis face à leur désir d’enfants, avant de mettre en place l’intrigue principale autour de l’adoption. Comme tant de couples sans doute, ils commencent le processus avec espoir et découvrent vite que c’est un long chemin semé d’embûches qui a toutes les chances d’échouer. La commission qui va décider s’ils sont aptes ou non à adopter enquête sur leur vie et met tout à nu, des défauts physiques de l’un qui fume, jusqu’aux angoisses de l’autre qui doit prendre un médicament, en passant par leurs capacités de parent qu’il faut prouver alors même qu’ils n’ont pas d’enfants. Trying prend toute cette thématique très au sérieux, si bien qu’en dépit de son appartenance à la comédie, la création d’Apple TV+ est finalement plus sérieuse que drôle. Il y a bien quelques moments comiques, avec une bonne dose d’humour noir ou vachard, notamment vis-à-vis des parents et proches de Jason et Nikki. Mais la série n’a rien d’une sitcom légère, on est juste à la frontière avec le drame, ce qui n’est nullement un défaut. Au contraire, ce choix offre à cette première saison une profondeur inattendue, qui lui permet de se distinguer de la masse.

Est-ce que Trying conservera ce ton plus sérieux qu’escompté sur la deuxième saison, d’ores et déjà en préparation ? En attendant de le savoir, Andy Wolton parvient à trouver un bon équilibre entre humour noir et drame, et son récit est un bon témoignage des obstacles rencontrés par ceux qui souhaitent adopter. Le sujet n’est pas aussi courant et c’est important de montrer le parcours horriblement difficile et surtout si décourageant auquel se soumettent les couples, avec très peu de chances à l’arrivée. Trying le montre bien dans un contexte hétérosexuel, la série laisse seulement imaginer l’enfer que c’est pour les couples qui sortent de la norme1.


  1. Même si on peut se demander pourquoi montrer que le seul couple homosexuel représenté a pu adopter aussi facilement. On apprécie le choix d’intégrer cette diversité, mais leur apparente simplicité à adopter donne un message étrange.