Valerian et la Cité des mille planètes, Luc Besson

Vingt ans après Le Cinquième Élément, Luc Besson revient à la science-fiction et plus particulièrement au space-opéra. Et pour l’occasion, le réalisateur français qui n’a jamais manqué d’ambition a vu grand : il adapte une bande-dessinée culte des années 1970 et il a mobilisé pour cela le plus gros budget pour un film français, et de loin, avec près de 200 millions d’euros dans la caisse. Valerian et la Cité des mille planètes est une énorme production à l’américaine et un film de science-fiction aussi riche que les plus grandes sagas du genre. C’est aussi une œuvre old-school pour rester gentil, vieillotte sinon, qui tombe carrément dans le kitsch niais dans certaines scènes et qui adapte peut-être trop littéralement une œuvre précurseur, certes, mais datée. Le résultat n’est pas catastrophique non plus, la dernière réalisation de Luc Besson est assez divertissante et parfois plaisante. Néanmoins, Valerian et la Cité des mille planètes reste bien loin des ténors du genre. 
Le problème avec les précurseurs qui ont tout inventé, c’est qu’ils finissent par se confondre avec les œuvres qu’ils ont inspiré. C’est injuste, mais c’est ainsi : quarante ans après le premier volet de la saga Star Wars qui a tout piqué à Valerian et Laureline, l’adaptation de la bande-dessinée au cinéma évoque de multiples références et ce n’est pas souvent à son avantage. On pense souvent au travail de George Lucas, notamment dans le design des vaisseaux et le choix de représenter un univers souvent sale et vieilli, plus réaliste. On pense encore davantage au Cinquième Élément, et pour cause : à l’époque, Luc Besson avait travaillé avec Jean-Claude Mézières, le dessinateur de la bande-dessinée et les aventures de Valerian étaient déjà une source d’inspiration pour le réalisateur. Inévitablement, Valerian et la Cité des mille planètes a un côté déjà-vu qui ne l’avantage pas vraiment, d’autant que ce que l’on avait vu ailleurs était souvent mieux. La scène d’ouverture qui part des années 1970 pour mener jusqu’en 2740 sur fond de David Bowie est bien menée et donne un ton léger bienvenu au film1, mais cette bonne impression est mise à mal dès la séquence suivante, où l’on voit la destruction d’une planète et de ses habitants. On se croirait dans un mauvais jeu vidéo des années 1990, tout est grossier et coloré n’importe comment, c’est extrêmement kitsch et la forme n’est pas le pire encore, le fond est d’une niaiserie sans nom. La scène n’est probablement pas très longue, mais on commence à s’impatienter après cinq secondes dans ce concentré du pire de la science-fiction. Fort heureusement, Luc Besson redresse la barre en introduisant son couple de héros et surtout un univers beaucoup plus sombre et réaliste. C’est bien mieux, mais on ne peut pas s’empêcher de penser à tel ou tel autre film qui l’a déjà fait, et encore une fois, souvent en mieux. C’est injuste, certes, mais on ne peut pas s’empêcher vraiment de comparer et le réalisateur ne permet pas d’oublier cette proximité en proposant un scénario intéressant, c’est même tout le contraire.
Valerian et la Cité des mille planètes s’inspire de L’Ambassadeur des Ombres, le sixième album sur papier. De ce fait, le long-métrage est forcément une simplification par rapport à l’œuvre sortie de l’imagination de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. En même temps, il y avait sûrement mieux à faire que l’histoire écrite par Luc Besson et qui est plus simpliste que simple. L’intrigue se construit autour de la planète détruit au début et d’un vaste complot assez ridicule avec un grand méchant que l’on identifie immédiatement et qui n’est pas crédible une minute — même Clive Owen ne semble pas y croire, c’est gênant. En parallèle, Valerian essaie de convaincre sa partenaire Laureline de l’épouser, une romance gâchée par cette obsession du mariage assez étrange en 2740 et surtout par des dialogues rarement crédibles. C’est Luc Besson lui-même qui a écrit le scénario et il aurait mieux fait de retenir la leçon de George Lucas : toutes les scènes amoureuses sont aussi mauvaises que les pires scènes de la prélogie Star Wars et les dialogues sont largement responsables, plus que les acteurs. Dane Deehan s’en sort même plutôt bien dans le rôle principal et le jeune acteur s’éloigne du cliché du bellâtre musclé que l’on retrouve habituellement, ce qui est bien trouvé. Le long-métrage est toutefois partiellement sauvé par son aptitude à oublier les intrigues principales. On pourrait dire que le scénario est brouillon, mais c’est dans les digressions que Valerian et la Cité des mille planètes s’en sort le mieux, étrangement. Il y a quelques moments comiques, certes pas très originaux, mais qui assurent le divertissement. Le passage dans le marché virtuel est intéressant et plutôt raccord avec nos technologies actuelles, ce qui change par rapport au côté ancien de l’ensemble. On sent que Luc Besson a voulu rester au plus près de l’original et ce n’était peut-être pas la meilleure idée. Les créatures manquent d’originalité et sortent toutes un petit peu du même moule. L’âge de l’original se ressent aussi sur le sexisme ambiant, à peine sauvé par la force de caractère de Laureline bien rendu par Cara Delevingne. Pour le reste, c’est une catastrophe et la séquence avec Rihanna est certainement un des pires moments du film, une cascade de clichés au goût rance dont on se serait bien passé.
Luc Besson est sans doute un fan des bande-dessinées, mais cela lui a joué des tours. Valerian et la Cité des mille planètes aurait bénéficié d’un dépoussiérage pour éviter l’enchaînement de scènes déjà vues mille fois et de séquences totalement kitsch. La bande originale composée par Alexandre Desplat ajoute encore en lourdeur et ce n’est pas l’intrigue banale et sans intérêt qui vient aider le film. Pour autant, tout n’est pas raté et les amateurs de space-opera découvriront avec plaisir un univers manifestement très riche et qui pourrait servir de base à une saga passionnante au cinéma. Le conditionnel est important : il y a du potentiel, mais Luc Besson est passé largement à côté et sa dernière réalisation n’est pas une catastrophe en partie parce qu’elle se perd parfois dans des digressions plus fun que le fil rouge. Si vous aimez le genre, Valerian et la Cité des mille planètes est un divertissement estival à voir et puis à oublier.

  1. Bonne idée, mais déjà vue aussi… cette fois dans Les Gardiens de la Galaxie. Pas facile d’être vraiment original !