The Big Bang Theory, Chuck Lorre et Bill Prady (CBS)

Elle n’est peut-être pas (encore ?) aussi culte que Friends, mais The Big Bang Theory est aussi une série qui a connu un énorme succès et qui en connaît toujours autant. Cette sitcom reprend tout ce qui a fait le succès du genre en filmant une bande de potes au quotidien dans un petit nombre de décors et avec des rires enregistrés en direct, mais Chuck Lorre et Bill Prady sont allés puiser dans un autre domaine. Après les couples new-yorkais, place à la Californie et à la science : la série évolue autour de deux colocataires et deux scientifiques brillants qui travaillent pour une université dans la banlieue de Los Angeles. Au départ concentrée essentiellement sur toute la gamme de clichés autour des geeks, la série prend peu à peu de l’ampleur et The Big Bang Theory parvient finalement à dépasser les caricatures pour créer de vrais personnages. Au fil des neuf saisons sorties à ce jour, CBS offre une tranche de vie toujours très drôle, mais aussi souvent touchante, ce qui est beaucoup plus difficile à obtenir. Une sitcom brillante, à ne surtout pas rater !

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Chuck Lorre et Bill Prady ouvrent leur série sur une rencontre déterminante. Alors que Sheldon Cooper et Leonard Hofstadter, deux physiciens de l’université de Caltech, Pasadena, vivent en colocation depuis quelques années, une nouvelle voisine vient briser leur routine bien établie. Penny, pleine d’espoir de percer en tant qu’actrice et serveuse faute de mieux, est le parfait archétype de la blonde mignonne et Leonard tombe immédiatement sous son charme… ce qui est loin d’être réciproque au départ. Il faut dire que les deux héros de The Big Bang Theory font un petit peu peur. Ils sont tous deux brillants, leurs quotients intellectuels atteignent des sommets et ils sont fans de la même culture, entre Star Trek et les comics… bref, ce sont des caricatures de geeks et les problèmes psychologiques de Sheldon n’aident pas. Brillant sur la plan intellectuel, il est totalement incapable de comprendre ses semblables et encore moins de fonctionner normalement en société. La colocation est régie par un contrat de colocataires extrêmement complet et méticuleux où tout est organisé, même les heures de passage aux toilettes. Sheldon a sa place attitrée sur le canapé et ses petites habitudes et Penny vient tout bouleverser. Les premiers épisodes fonctionnent énormément sur cette opposition entre deux geeks asociaux et cette fille qui n’a qu’à claquer des doigts pour obtenir n’importe quoi et qui est naturellement bien plus apte à la vie en société. The Big Bang Theory joue à fond sur le thème de l’opposition et les scénaristes ne manquent pas d’inventivité pour opposer les contraires et faire rire. On est dans la caricature, évidemment, mais il faut reconnaître que la galerie de personnages est particulièrement réussie. Outre Leonard et Sheldon, la bande se compose au début de deux autres scientifiques de l’université : Howard qui ne peut pas s’empêcher de draguer avec une lourdeur rare toutes les filles qu’il croise et Raj, un Indien qui ne peut pas parler quand une fille se trouve dans la même pièce que lui. Chuck Lorre et Bill Prady chargent lourdement la barque, mais ils le font bien et c’est extrêmement drôle, surtout si vous êtes vous-même un petit peu geek sur les bords…

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La grande force de The Big Bang Theory néanmoins, c’est de ne pas en rester à ces caricatures parfois grossières. Très vite, les scénaristes introduisent d’autres pistes, en particulier avec des histoires d’amour. Il y a Leonard et Penny dès le départ, mais la question de la vie en couple est au cœur de la série et même s’il y a quelques clichés, les saisons progressent vite vers un petit peu plus que cela. Tout le monde y a droit, Howard le tombeur, Raj et son incapacité à parler aux femmes et même Sheldon qui n’éprouve pourtant au départ qu’un désintérêt poli, au mieux, pour la gent féminine. Inutile d’essayer de résumer les ramifications de l’intrigue riche, on s’en doute, sur autant d’épisodes, mais Chuck Lorre et Bill Prady parviennent à dépasser les caricatures pour créer de vrais personnages. C’était le plus difficile à obtenir, d’autant plus quand on commence avec des personnages autant dans le cliché, mais la série y parvient totalement. Et petit à petit, l’air de rien, on passe du rire à l’émotion : les réactions enregistrées traduisent bien cette évolution, mais le spectateur lui-même se prend vite d’affection pour les personnages. Sheldon est le meilleur exemple et il faut saluer le talent d’acteur de Jim Parsons, tout simplement parfait dans son rôle. Au départ, le personnage est aussi drôle qu’agaçant et chaque épisode dévoile une nouvelle manie, une nouvelle peur ou un nouveau défaut. Établir la liste complète serait bien fastidieux, mais on s’amuse de cet être si intelligent et si pénible à la fois, mais aussi si drôle. Pourtant, le personnage gagne en épaisseur et l’acteur parvient très bien à dépasser la caricature qu’il a d’abord créée pour offrir un jeu plus riche et plus intéressant. Il finit par se prendre d’affection pour Penny, il accepte les avances d’une fille et petit à petit, il apprend à vivre en société… sans jamais tomber dans la normalité. The Big Bang Theory s’éloigne peut-être des clichés, mais la série n’oublie jamais ses origines et les superhéros, Star Trek et la physique sous toutes ses formes restent au cœur de l’intrigue jusqu’au bout. De la même manière, tous les personnages deviennent plus intéressants que leurs caricatures initiales, mais leur psychologie est maintenue jusqu’au bout. Les deux créateurs de la série ont trouvé le bon équilibre entre les deux et ils s’y tiennent pendant au moins neuf saisons et plus de 200 épisodes… c’est une très belle performance !

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Il y aurait encore tant à dire sur cette série qui est extrêmement riche, on s’en doute après tant d’années. Les acteurs sont tous excellents, les dialogues sont très bien écrits et l’humour dosé à la perfection. Même si vous passez à côté de quelques références culturelles, The Big Bang Theory reste très drôle et la série se regarde très bien d’un bloc, sans jamais lasser. C’est bon signe et c’est bien encore une fois la preuve de sa réussite. Chuck Lorre et Bill Prady ont réussi à proposer une sitcom geek et surtout à dépasser les clichés des débuts pour créer des personnages crédibles et attachants, sans abandonner pour autant l’humour et la caricature. C’est très drôle et c’est parfois touchant : belle performance pour cette série qui diffuse actuellement sa dixième saison !