Brooklyn Nine-Nine, Dan Goor et Michael Schur (FOX)

Ce ne sont pas les séries policières qui manquent, mais les sitcoms policières sont nettement plus rares. C’est le pari de Brooklyn Nine-Nine, série comique créée par la FOX qui se déroule au sein d’un commissariat de Brooklyn pour suivre le quotidien d’une bande de détectives et leurs enquêtes. C’est le principe de dizaines et dizaines d’autres œuvres de télévision, sauf qu’ici rien n’est très sérieux. Bien au contraire, les enquêteurs sont tous immatures et ils pensent tous à s’amuser ou bien à en faire le moins possible, selon les cas. C’est une bonne base, mais l’idée géniale de Dan Goor et Michael Schur est d’introduire un capitaine extrêmement sérieux, voire froid, pour encadrer cette bande de détectives. Un contraste parfaitement exploité qui est le clé de cette sitcom extrêmement drôle, mais qui peut aussi être véritablement touchante. Brooklyn Nine-Nine parvient en quatre saisons1 à créer des personnages qui dépassent les clichés faciles des premiers épisodes et c’est certainement sa plus belle réussite. L’air de rien, cette sitcom pas très sérieuse devient au fil des épisodes une grande série, à ne pas rater.

Brooklyn Nine-Nine, c’est le petit nom du commissariat fictif du 99e district de Brooklyn où se déroule l’essentiel de la série. Le pilote est consacré à découvrir ses détectives principaux et surtout Raymond Holt, son nouveau capitaine. Et dès ce premier épisode, Dan Goor et Michael Schur jouent sur les contrastes, l’une des marques de fabrique de leur série : le capitaine est extrêmement sérieux, méthodique et exigeant, tout l’inverse de Jake Peralta, l’un des détectives et aussi le personnage principal. La trentaine, mais au bas mot dix de moins dans sa tête, il ne prend pas son travail toujours très au sérieux et considère ses enquêtes de manière très ludique, à l’image de la compétition qu’il a lancé avec Amy, l’une de ses collègues. C’est à qui fermera le plus de dossier et résoudra le plus d’enquêtes et toute la vie du commissariat tourne autour de ce concours, au grand dam du nouveau capitaine. La série débute avec ces personnages assez simples, presque caricaturaux, mais dès le départ, il y a comme une harmonie parfaite, tous les acteurs semblent parfaitement à l’aise avec leur personnage et surtout, les interactions sont excellentes. Mieux, les scénaristes parviennent très vite à éloigner les clichés et à construire des personnages crédibles, avec une épaisseur psychologique qui ne cesse de se développer saison après saison. Le capitaine a beau être psychologiquement assez rigide et sérieux, il prend peu à peu du plaisir à participer aux pitreries de Jake, tandis que ce dernier se prend d’affection pour celui qui vient en quelque sorte un père adoptif. C’est le cas pour tous les personnages, que ce soit Boyle qui commence comme un fanboy de Jake qui ne vit que pour lui et qui devient rapidement un personnage nettement plus complexe. Ou encore Rosa, qui semble au départ totalement fermée aux émotions, mais qui s’éloigne vite de ce cliché au profit d’un personnage plus riche. Brooklyn Nine-Nine tient la distance essentiellement pour cette raison : ses créateurs ont réussi à dépasser l’idée de base assez facile, pour développer un univers riche qui dépasse la simple comédie.

Cela ne veut pas dire que la comédie est oubliée pour autant, c’est même tout le contraire. La série de Dan Goor et Michael Schur est souvent très drôle et elle joue sur de multiples formes d’humour. Il y a évidemment une composante de parodie, toutes les séries policières y passent avec des enquêtes résolues souvent sur un coup de génie un peu gros de Jake ou d’un autre personnage. Il y a les interactions entre des personnages en opposition totale, le jeu constant sur les interactions sociales difficiles avec le capitaine Holt ou encore avec Rosa. Il y a des personnages secondaires hilarants, que ce soit Hitchcock et Scully, les deux plus anciens détectives du commissariat qui ne font jamais rien, ou bien Gina, la secrétaire effrontée. L’humour dans Brooklyn Nine-Nine repose souvent sur des clichés qui sont retournés par le scénario. Le capitaine extrêmement sérieux et froid est aussi ouvertement homosexuel, alors que Jake et Boyle sont hétérosexuels, mais entretiennent une relation constamment ambiguë et qui semble même parfois explicite. Autre exemple avec le sergent Terry, interprété par un catcheur, qui joue au gros dur tout le temps, mais qui est en fait un papa poule à la fois pour ses filles chez lui, et pour tous les détectives du commissariat. La série de FOX semble construite sur des clichés pour mieux les détruire de l’intérieur et derrière l’humour constant se révèle petit à petit une œuvre nettement plus touchante que l’on pourrait le croire. On se prend d’affection pour ces personnages et c’est comme si on les connaissait personnellement, un tour de force pour cette sitcom qui doit beaucoup à son casting. Andy Samberg dans le rôle de Jake et Andre Braugher dans celui de Raymond Holt sont particulièrement excellents, parce qu’ils arrivent à tenir la distance avec des interprétations sur le fil, à la fois très caricaturale et crédible en même temps. Mais tous les acteurs sont très bien et apportent une touche importante à l’ensemble, à cet égard aussi, c’est une vraie réussite.

Le succès et la réputation de Brooklyn Nine-Nine ne sont pas exagérés : cette sitcom légère devient vite une excellente série, qui parvient à maintenir la distance en créant des personnages et des situations crédibles à partir de clichés. Le casting est excellent, l’écriture parfaite, c’est drôle d’un bout à l’autre, de plus en plus touchant au fur et à mesure que les saisons avancent : en bref, c’est une vraie réussite. Même si vous n’aimez pas trop les séries policières ou les sitcom, vous auriez tort de ne pas laisser une chance à Brooklyn Nine-Nine


  1. Cinq saisons ont été diffusées aux États-Unis, mais seules quatre étaient disponibles en France lors de la rédaction de ces lignes.