Disjointed, David Javerbaum et Chuck Lorre (Netflix)

La sitcom n’a plus vraiment le vent en poupe, mais cela n’a pas refroidi pour autant Netflix, qui a commandé d’emblée deux saisons à David Javerbaum et Chuck Lorre. Bien connu pour son travail sur The Big Bang Theory, ce dernier ne modifie pas la formule en profondeur sur Disjointed : prenez un groupe basé sur des caricatures et faites les évoluer dans un environnement relativement fermé, le tout avec des rires enregistrés qui viennent ponctuer chaque blague. Dans les grandes lignes, vous avez résumé cette nouvelle série, qui choisit de se distinguer essentiellement par le choix du sujet. Comme son nom le laisse entendre, Disjointed se déroule dans l’univers du joint, puisque l’on suit le quotidien des employés et de quelques clients fidèles d’une boutique de vente de marijuana en Californie. L’idée est intéressante, mais la première saison peine à sortir des clichés et elle laisse avec un goût d’inachevé.

Disjointed ne perd pas de temps à introduire une situation complexe : dès le premier épisode on découvre tous les personnages et leur situation. L’intrigue se déroule presque exclusivement dans la boutique de Ruth, une ancienne hippie reconvertie en vendeuse de marijuana et de produits dérivés depuis que leur vente est légale en Californie. À ses côtés, son fils Travis qui est venu l’aider après avoir terminé ses études en école de commerce. Ils ont quelques employés : Pete qui cultive l’herbe, Olivia et Jenny qui la vendent et Carter qui assure la sécurité. Et puis on découvre aussi trois clients réguliers : Dank et Dabby, un couple toujours drogué et complètement fou, ainsi que Maria, une mère de famille qui décide de se relaxer avec quelques joints pour la première fois de sa vie. Le casting et le décor sont posés, il ne reste plus qu’à David Javerbaum et Chuck Lorre de multiplier les situations drôles et les vannes. La première saison est très courte : dix épisodes de moins de trente minutes, on ne voit pas le temps passer. Sur cette durée, les deux créateurs multiplient les idées, avec plus ou moins de succès. Certains moments sont très drôles et Disjointed parvient à arracher quelques rires francs, souvent sans sortir des clichés malheureusement. Dank et Dabby sont particulièrement réussis, ce couple lourdingue et attachant fonctionne bien et ils offrent quelques bons moments dans la série. En revanche, les clichés un peu racistes sur Jenny, l’employée asiatique qui ment à ses parents, sont vite lassants. Plus intéressant, chaque épisode est l’objet d’expérimentations visuelles notamment autour du personnage de Carter, un ancien soldat qui souffre toujours de troubles post-traumatiques après son temps en Irak. Tout n’est pas forcément réussi, mais on apprécie cette liberté formelle et le traitement de ce personnage ne reste pas constamment dans la caricature, ce qui est appréciable. On y retombe vite néanmoins, en particulier dans les interactions entre Travis et sa mère, ou bien avec le voisin dans le centre commercial, un prof de Tae Kwon Do un peu raté et farouchement opposé à la légalisation de la drogue.

Kathy Bates est très bien dans son rôle de madone du joint et Disjointed offre de bons moments, mais cela ne suffit pas vraiment. La première saison est divertissante, sans plus, et il faudrait vraiment creuser les personnages pour que la série gagne un petit peu en épaisseur et s’éloigne du simple cliché déjà vu et revu. Peut-être que la deuxième saison, déjà programmée, offrira aux personnages un petit peu d’épaisseur psychologique. D’ici là, la série diffusée sur Netflix passe vite et elle divertit entre deux autres séries plus intéressantes.