La Méthode Kominksy, Chuck Lorre (Netflix)

Avec La Méthode Kominsky, Chuck Lorre conserve le format traditionnel des sitcoms qui a fait son succès, mais il s’attaque à un sujet nettement plus sérieux. La mort et la vieillesse sont au cœur de la première saison de cette série portée par Netflix et si l’humour est toujours bien au rendez-vous, il est bien noir. Assez proche de Grace and Frankie par son sujet et son traitement sans détour, la série jongle constamment entre humour et émotion. Avec seulement huit épisodes de moins de trente minutes, il est bien difficile d’établir un jugement définitif, mais c’est prometteur et la première saison mérite d’être vue.

Ancien acteur qui a connu son heure de gloire bien des années avant, Sandy Kominsky est devenu un coach pour acteurs comme il en existe certainement des milliers d’autres à Los Angeles. Il a bien connu quelques élèves célèbres, mais la majorité sont des jeunes pleins d’espoir qui viennent à Hollywood et tournent dans des pubs pour des shampoings et encore, pour les plus chanceux. Ce n’est pas très glorieux, mais l’acteur est plein de fierté pour sa méthode et il se voit encore comme la grande star qu’il n’a peut-être jamais vraiment été. Norman Newlander est son agent, mais il ne travaille plus vraiment depuis bien des années et il profite de son agence et surtout de ses retombées financières. Quand il perd sa femme, c’est tout son univers qui s’effondre : il ne sait pas comment vivre seul, il se laisse aller au désespoir. Voilà les deux personnages principaux de La Méthode Kominksy et la première saison se construit autour de leurs tracas du quotidien. Juste avant sa mort, la femme de Norman demande à Sandy de s’occuper de son mari et c’est ce qu’il fait. Ils sont amis depuis si longtemps qu’ils sont presque de la même famille de toute manière, et puis ils n’ont plus qu’eux deux pour compter l’un sur l’autre. Chuck Lorre imagine quelques péripéties, mais la trame narrative reste assez légère, il s’agit surtout de suivre les deux personnages dans leur quotidien, à affronter le deuil et la solitude pour l’un, la maladie et les ennuis avec l’administration pour l’autre. Tout repose sur le talent des deux acteurs et ils sont tous les deux très bien. Mention spéciale à Michael Douglas qui n’hésite pas à casser son image de star hollywoodienne en mettant en avant les défauts qui viennent avec l’âge. La Méthode Kominksy n’évite aucun sujet et affronte directement les soucis urinaires, les absences ou encore le traitement souvent condescendant des autres. La série opte pour un humour vache et elle est souvent drôle, même si elle peut aussi être très touchante en même temps. C’est un équilibre très plaisant et les huit épisodes se regardent très facilement et d’une traite. Espérons que les scénaristes ont gardé des idées pour la suite, mais il y a probablement de quoi faire et on sera au rendez-vous.

La Méthode Kominsky n’a pas une histoire exceptionnelle à raconter, mais le quotidien de ces deux vieux hommes est bien suffisant pour remplir la première saison de cette série. Chuck Lorre imagine une sitcom qui se construit sur un humour noir qui n’hésite pas à porter sur les difficultés de l’âge. C’est parfois gonflé, c’est souvent drôle, mais c’est aussi parfois émouvant. Sans être la meilleure série de l’année, le divertissement est bien présent et ces huit premiers épisodes sont vraiment agréables.


La Méthode Kominsky, saison 2

(23 décembre 2019)

La dernière sitcom de Chuck Lorre se poursuit sur les mêmes bases et avec ce même objectif de dépeindre un couple de vieux hommes et leurs difficultés au quotidien. Dans cette nouvelle saison, La Méthode Kominsky n’essaie pas de renouveler artificiellement la série, on reste dans la lignée de la première saison, mais avec quelques nouveaux personnages et surtout des opportunités pour enrichir le duo principal. Et c’est une réussite : le scénario trouve suffisamment de nouvelles idées pour éviter la répétition, tandis que l’humour noir et souvent vache est bien préservé. La série imagine de nouveaux défis pour son duo. Norman rencontre une femme et envisage la possibilité d’aimer à nouveau, tout en ayant beaucoup de mal à pardonner à sa fille qui a enchaîné les cures de désintoxication. Quant à Sandy, c’est la vieillesse qu’il doit encore plus affronter, avec tous ses malheurs : maladie, difficultés au quotidien et sa fille qui le pousse à changer tout en enterrant une relation avec quelqu’un d’aussi vieux. La Méthode Kominsky brasse tous ces sujets et interroge toujours autant le vieil âge et les relations de ces deux hommes âgés dans la société moderne. C’est toujours très bien joué et parfaitement écrit, et le plus gros reproche que l’on pourrait faire est la longueur, encore bien courte. Chuck Lorre a sans doute de quoi faire et en espérant qu’il maintienne ce bon niveau, et on sera volontiers présents pour une troisième saison !


La Méthode Kominsky, saison 3

(19 juin 2021)

La troisième saison de La Méthode Kominsky reprend avec une surprise : l’enterrement de Norman Newlander. C’est une rustine suite au départ d’Alan Arkin, l’acteur ayant manifestement décidé que deux saisons de la série créée par Chuck Lorre suffisait amplement. Comme on pouvait s’en douter, son absence se fait cruellement sentir dans cette conclusion. Même si Sandy Kominsky est le héros attitré, la création de Netflix reposait sur un duo et il manque constamment quelqu’un dans ces six épisodes. Les scénaristes se sont adaptés comme ils ont pu, rappelant constamment la mémoire de l’agent et faisant plus de place aux personnages qui l’entouraient, principalement sa fille et son petit-fils. En faisant de Sandy l’exécuteur de son testament, Norman lui fait un dernier cadeau empoisonné et cela permet à la série de tenir le coup, même si son attention se porte avant tout sur Mindy et sa relation avec Martin, et surtout sur le retour de l’ex-femme de Sandy. L’humour noir corrosif qui a fait la marque de fabrique de La Méthode Kominsky est toujours bien là et il faut saluer l’interprétation impeccable de Kathleen Turner, l’actrice trouve tout naturellement sa place dans la série.

Pour toutes ces raisons, Chuck Lorre parvient à s’en sortir et il maintient la bonne qualité de sa série jusqu’au bout. On s’amuse encore bien et le format raccourci maintient l’ennui à bonne distance. Bref, le bilan reste positif, mais quel dommage malgré tout que La Méthode Kominsky ait perdu son duo iconique. Dans l’ensemble, ces trois saisons méritent amplement le détour si vous aimez l’humour noir et les vieux acteurs.