What We Do in the Shadows, Jemaine Clement (FX)

Inspirée par un long-métrage du même nom, What We Do in the Shadows est une série qui cache bien son jeu. C’est un faux-documentaire comme il y en a eu tant, de The Office à Parks and Recreation pour citer les deux exemples les plus illustres. C’est aussi une histoire de vampires avec une bonne dose de parodie et des costumes et décors en carton pâte qui rappelle le cinéma d’avant les effets numériques. C’est surtout une comédie hilarante qui impose ses personnages et son univers si attachants avec une facilité déconcertante. En deux saisons, vingt épisodes d’une trentaine de minutes seulement, la série de FX a d’ores et déjà réussi son pari : ne passez pas à côté, vous ne le regretterez pas.

Dans cet univers bizarre, les vampires existent bel et bien. Tout comme les sorcières, les loups-garous, trolls et autres créatures issus de l’imaginaire fantastique. What We Do in the Shadows prend la forme d’un faux documentaire sur une colocation de quatre vampires de Staten Island. Trois sont arrivés d’Europe en même temps que les vagues de migration qui constituent les États-Unis modernes, le quatrième est un vampire du cru. Ce sont quatre caractères différents, dont le seul point commun est d’être des vampires, et encore : Nandor, Laszlo et Nadja sont des vampires assoiffés de sang humain comme on les imagine, alors que Colin Robinson est un vampire énergétique, qui épuise d’ennui ses victimes pour récupérer de l’énergie. Ils se chamaillent constamment et Guillermo, l’assistant humain de Nandor, se retrouve au milieu, à essayer d’effectuer toutes les tâches qu’on attend de lui et espérer, depuis dix ans déjà, que son maître finisse enfin par le transformer en vampire. Jemaine Clement a repris les grandes traditions des vampires pour imaginer les siens : ils craignent le soleil et les pieux, les signes religieux les terrifient et ils ne peuvent entrer dans aucun bâtiment sans y avoir été invité. Oh, et ils peuvent se transformer en chauve-souris dès qu’ils le souhaitent. Naturellement, ils ne se nourrissent que de sang humain, d’un humain vierge si possible, c’est bien meilleur comme chacun sait. Ce qui frappe quand les caméras des faux documentaristes se posent pour la première fois dans la grande maison au style gothique de la coloc de vampires, c’est l’épaisseur de l’univers. Le poids des années est parfaitement sensible, tout est précis et crédible et on a réellement l’impression de découvrir des vampires qui mènent leur petit train-train quotidien depuis des siècles.

Cette première impression ne quitte jamais la série créée par Jemaine Clement. What We Do in the Shadows repose sur un univers original remarquablement articulé et soigné. Chaque élément y a naturellement sa place, rien ne sonne faux et c’est la clé pour comprendre pourquoi les deux premières saisons fonctionnent si bien. Le fourmillement des bonnes idées comiques est une preuve de ce travail de recherche en amont. Chaque épisode est l’occasion d’explorer davantage vers univers et ses règles absurdes, mais cohérentes, avec ces vampires qui ne font rien de leur journée si ce n’est se chamailler, des créatures de la nuit aux lubies toutes plus ridicules les unes que les autres. Certes, ce sont des tueurs qui se nourrissent de sang humain, mais ils ont aussi un côté idiot attendrissant. L’humour passe par le décalage entre ces êtres qui ont vécu plusieurs siècles et qui ont du mal à comprendre le monde moderne, mais il y a toujours plusieurs niveaux de lecture. Tout comme les scénaristes exploitent plusieurs types d’humour, avec des gags visuels autant que des clins d’œil culturels — qui culminent avec l’excellente scène de jugement qui fait appel à tous les grands acteurs de vampires des dernières années. L’ensemble parvient presque miraculeusement à tenir la route sur deux saisons, sans jamais s’épuiser. On aurait pu le craindre, notamment après les dix premiers épisodes qui explorent de multiples voies, mais les créateurs de What We Do in the Shadows avaient d‘autres idées encore et elles sont toutes aussi excellentes dans les dix suivants. Une troisième saison a été commandée par FX et il ne fait pas de doute qu’elle devrait être aussi bonne, notamment parce que les cinq acteurs principaux ont largement prouvé leur talent et ils se complètent à merveille.

Comment ne pas s’enthousiasmer face à cette série de vampires qui parvient à renouveller le genre tout en rendant hommage aux vampires d’antan ? Réalisée sans aucun effet numérique et uniquement avec de multiples effets pratiques et de multiples costumes, What We Do in the Shadows est une création plus sophistiquée qu’elle ne pourrait en avoir l’air. Ce n’est pas qu’une parodie facile sur le mode du faux documentaire, ce n’est pas qu’une sitcom potache avec des vampires. C’est tout un monde qui est créé, c’est un humour inventif et qui fait toujours mouche… bref, c’est une excellente série, à voir sans hésiter !

Bat !